Polybe
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L'ART DE COUPOSEft 389
divers morceaux qu'on peut en détacher (narrations, descriptions, portraits, dissertations), la clarté reste sa qualité dominante. Lee choses sont expliquées par lui avec précision. L'enchaînement <les faits est bien marqué. La marche du récit est nette et ferme. Cette clarté et cette netteté, cependant, sont plutôt. d'un professeur, qui analyse exactement toutes les parties d'un sujet, que d'un artiste qui fait voir les choses dont il parle. 11 raisonne sans cesse, et longuement, sur les faits. II est toujours prêt à se répandre en considérations épisodiques. De sorte que sa netteté même est souvent prolixe, dans l'ensemble de son exposition comme dans le détail de sa phrase. Ses narrations proprement dites se développent avec une ampleur fort instructive, mais elles sont rarement émouvantes, vives, pittoresques. Ses descriptions de pays sont consciencieuses, mais froides; et un peu vagues parfois, même quand il parle de visu; car la topographie do Polybo, comme celle de toute l'antiquité, est toujours une topographie d'amateur, une topographie par à peu près et « au jugé ». Ses portraits manquent étrangement de vie : ils tournent toujours à la dissertation; s'il veut parler de Philopémen ou d'Annibal, il raisonne sur leurs vertus et sur leurs défauts, qu'il catalogue et discute avec autant de froideur que de conscience. C'est peut-être dans les dissertations proprement dites que Polybe est le plus près d'être un bon écrivain. Non qu'il y parle une langue plus pure, ou que sa phrase y soit plus vivante et plus souple; il a toujours les mêmes défauts. Mais ces défauts mêmes sont plus tolérabies peut-être dans des considérations. De plus, il y porto certaines passions de polémique qui animent parfois son style, ou une bonhomie qui l'égaie. C'est dans des morceaux de ce genre qu'il a rencontré ses plus jolies comparaisons, celles des « mannequins de peintre » et des « décors de théâtre », que nous avons
Hiiloir* da la Litl. graeqa*. — T. V. 19
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tées plus haut, pour exprimer ce qui manque de vérité \ix personnages et aux descriptions de certains hislo ens.
Au total, Polybe n'a aucune des qualités essentielles un grand écrivain. Il manque d'imagination et de tnsibililé; il manque du sens des proportions; il parle ae mauvaise langue. S'il produit pourtant parfois sur m lecteur une aorte d'émotion littéraire qui n'est pas ms charme, cela tient aux qualités fondamentales de m esprit et de son caractère, que toute sa gaucherie écrivain ne peut toujours empêcher de transparaître lus l'épais badigeoniiagede sa phrase. On sent, malgré ut, qu'on a affaire à un homme de haute valeur, qui intéresse à de graves questions, qui s'y applique de utes les forces de son judicieux esprit, et qui. ayant, sur us sujets, d'utiles pensées à exprimer, le fait avec un rieux, une sincérité, une conscience et une conviction »nt on ne peut manquer d'être touché, en même temps l'on est intéressé par le fond des choses. Cela ne suflil is pour faire de Polybe un grand écrivain, tant s'en ut. I Mais cela suffit pour qu'il ait parfois de belles iges, belles au moins par l'inspiration générale el la nue. Et surtout, cela suflît pour qu'on lui doive de ne pas la tenir à son égard uniquement à ce point de vue de irt, qui ne permettrait pas de le placer à son rang dans
liste des grands historiens. Car, tout compte fait, Pobc est un très grand historien. Voilà ce qu'il faut dire lur être juste, et ce qu'il est aisé de faire voir en raplanl quelques-unes de ses vues historiques.
Et d'abord, c'était vraiment une intuition d'historien le cette idée qu'il exprime dans sa préface et qui îns-
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