CHAPITRE I". — PÉRIODE DE L'EMPIRE
Ircs. Privée de lous ces sentiments qui faisaient sa vie, elle n'était plus rico, qu'un bavardage puéril. Or le christianisme, au iv* siècle, en Orient surloul, était profondément imprégné de sentiments ascétiques, comme d'ailleurs l'était aussi la philosophie contemporaine; mais, de plus qu'elle, il répudiait tout le passe de l'hellénisme. Comment n'aurait-il pas bientôt laissé tomber et dépérir cette forme de culture intellectuelle, qu'il avait bien pu adopter un [instant, mais dont l'esprit même était en désaccord avec le sien ?
Après le iv* siècle, cet effet nécessaire se produit rapidement. L'enseignement des écoles semble avoir perdu sa substance même : il devient de plus en plus formel., mécanique, stérile; il n'a plus de relation directe avec la vie, il n'en est plus l'apprentissage normal. D'ailleurs il faut le reconnaître, les circonstances politiques contribuent aussi pour une large part à ce déclin des éludes. L'empire d'Orient s'enferme dans son formalisme étroit, dans son despotisme administratif et bureaucratique. Plus d'initiative, plus de débouches ouverts aux hommcsdetalentet d'énergie; tout est réglé, classé, hiérarchisé, prévu et prescrit. L'hellénisme, qui était par essence libcrlé, activité d'esprit, perd en peu de temps toute possibilité d'existence.
La littérature profane se précipite alors vers son décUn, dans une sorte de survie tout artificielle. La sophistique est de plus en plus creuse et misérable au V' siècle; elle disparait à une date indéterminée, comme une chose qui n'a plus sa raison d'être et qui s'éteint faute d'aliment. 11 est vrai qu'une poésie inattendue, celle de Nonnos et de son école, surgit alors ; mais Jl
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est trop visible qu'elle ne tient à rien, qu'elle ne n&ît point du sol, qu'elle est le produit éphi'imère d'une élaboration de lettrés. Elle aboutit tout naturellement à la poésie de cour du vi* siècle, à celle des Agathias et autres beaux-esprits du tempsde|Juslinien, pour aller se perdre au delà, sans interruption apparente, dans la versification bavarde des Byzaetins. Seule, la philosophie fait encore quelque figure au v* siècle, avec Proclos et l'école d'Athènes. C'est vraiment le dernier reste de rhelléoisme. Mais cette pliilosoptiie marne tourne de plus en plus au commentaire. Elle vit du passé, qu'elle ne renouvelle qu'en apparence, et qu'elle cosse' bientôt tout à fait de renouveler. Elle se prolonge ainsi à travers tout le VI" siècle, et au delà, — même après la fermeture officieDe de l'école d'Athènes en 329, — par les commentateurs attitrés d'Ari8tol« et do Platon, qui se passent de main on main la chaîne de la tradition. Puis, peu à peu, vers le vu* siècle, cet enseignement stérile cesse do trouver des disciples; les derniers tenants de l'hellénisnne ont disparu.
De son côté, la littérature chrétienne, qui aurait pu sembler appelée à de meilleures dcstiuées. n'a guère un sort plus brillant. Elle est entraînée, elle aussi, dans la décadence générale. N'ayant pas su se faire un art qui lui fût propre, elle voit décliner celui qu'elle a emprunté, à mesure que décline l'hellénisme lui-même. Auv» siècle, elle compte encore des historiens de quelque valeur relative, bien que dénués d'originalité, un Sotrate, un Sozomène, un Théodoret, et plusieurs autres; au VI* siècle, elle n'a plus, sauf Évagrios, que des' moinesclironiqueurset compilateurs, sans idées, sans critique, sans art, dont la série va se prolonger à travers le moyen-àge byzantin. L'iiomilétique, qui avait fait sa gloire au iv" siècle, tombe très vite, elle aussi, après (jbrysostonie ; sans cause apparente, par impuissance
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330 CHAPITRE I". — PÉRIODE DE L'EMPIRE de vivre ; les Antiocbus de Plolémaïs, les Sévèriaous de Gabala, les Théodote d'Ancyre, el beaucoup d'autres qu'il est inutile de nommer quant à présent, sont tous des inconnus pour la postérité. Latliéologie proprement dite montre, il est vrai, un peu plus de vitalité : Théodoret de Cyr et Cyrille d'Alexandrie, au v* siècle, sont encore des penseurs et des dialecticiens. Pourtant, la querelle du Nestorianisme est loin d'avoir, au point de vue littéraire, l'éclat qu'avait eu celle de TArianisme au siècle précédent. Et, après eux, la philosophie chrétienne va se perdre obscurément, à travers le mysticisme de quelques moines, dans la scolastique byzantine, qui commence au vui* siècle avec Jean de Damas.
On peut donc dire que, vers le vu* siècle, l'bellénisoie prend Qn, en tant que forme distincte de culture intelïcctueile et morale, pourvue de caractères propres. Et même, dès ta fin du vi* siècle, ce qui eu survit n'est presque rien. Voilà pourquoi il n'y a pas d'inconvénient à donner pour terme k cette bistoire, d'une manière générale, le règne de Justinien, tout en nous réservant d'indiquer brièvement ce que chaque genre devient au delà, et comment il se relie à ce qui peut se rencontrer d'analogue dans la littérature byzantine.
Ces directions générales permettront sans doute au lecteur de se reconnaître plus aisément dans le détail des faits qui vont suivre. Essayons à présent de les exposer dans leur ordre, en marquant de plus près, pour chaque période, les caractères qui viennent d'être indiqués ici sommairement. y