Voy. G. Millier, Fr. H. gr.. 111. p
3. Plut.. Vie de Dém., ch. m ; 'Evw/tfjffaio rÙTxpitfiv mî Ar,pe' oSivout Nxl Kiifpuvo; l^vifxElv.
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CÉCILICS 377
beplé d'cspril et une intelligence de l'histoire littéraire qui n'ùtaient pas communes dans le milieu où il vivait. Professeur en même temps que critique, Cécitius avait écrit sur diverses parties de la rhétorique, notamment un Traité des Figures {Hïpi <r/y\-t.imv), qui est plusieurs fuie cité par Quintilien et par les rhéteurs qui se sont occupas du même sujet ', Son livre Sur te Sublime (IIepîû<{r'/u:) donna plus tard naissance à l'ouvrage bien connu sur le même sujet, dont nous parlerons tout à l'heure. D'après les témoignages du faux Loogin, Cécilius s'y attachait trop à définir le sublimo.et no se préoccupait pas assez d'enseigner les moyens de l'atteindre. Avait-il vraiment tort en cela? Il est permis d'en douter. Il étudiait les sources, artificielles du sublime, c'est-à-dire le choix des mots, les figures (particulièrement les métaphores), la construction des phrases ; par contre, il négligeait ses sources naturelles, notammeot la passion, peut-être parce qu'il estimait sagement que ce n'était pas là matière à enseignement. Il citait de nombreux exemples, et, en les appréciant, faisait preuve d'un goût qui parait avoir été parfois un peu timide ou étroit; mais, après tout, son atticisme, rendu très sévère par le dédain qu'il professait pour les orateurs de la décadence asiatique, avait souvent raison contre ta fausse rhétorique et le bel esprit des Timéc et des Théopompe '. Au fond, la pensée générale de Cécilius, dans ce livre, semble avoir été de montrer à ses contemporains que la vraie grandeur, en matière de stylo, était toujours simple et raisonnable, qu'elle excluait tout ce qui était contourné, démesuré, paradoxal,, les néotogismes, les mots extraordinaires, les accumulations de mé-
1. QuiDt., IX. 3. elc. Walz, Rktt. gr., t. VUI, p. 463, 494, 55i. 5TI, S73, S76.
i. Pour tout ce qui est dit ici de ce traité, voLr Pb. Longin, Su-
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S78 GHAPITBE II. — D'AUGUSTE A DOMITIKK taphorcs. On ne peut nier que ce ne fût une leçon opportune et sensée.
Cécilius, do mémo que Denys, avait peut-être composé des ouvrages historiques. On l'a cru; mais îL faut avouer que les témoignages à cet égard sont insuffisants et pourraient bien se rapporter simplement à un ccril didactique Sur l'histoire (tlspi îcTopiaç) '.La question reste donc douteuse. En tout cas, ces ouvrages, s'ils ont existé, n'ont rien ajouté à la réputation de leur auteur. Celle-ci reposait uniquement sur le rôle qu'il avait joué comme critique. Ce fut un homme de goùl et d'esprit, qui cutson influence, et qui méritait de l'avoir par bien des qualités assez rares.
A cette litlérature critique il faut rattacher un ouvrage renommé, et vraiment remarquable, qui semble dater de la seconde moitié du premier siècle. C'est le Irailé Du Sublime, faussement attribué à Longin'.
Le nom de l'auteur nous est inconnu; mais certains indices permettent do conjecturer en quel temps il vivait. Une ciioso frappante, tout d'abord, c'est que, tout en aimant vivement les grands écrivains attiqucs, il n'a lui-même dans son stylo aucun scrupule d'iilticiste. Cela n'était guère possible qu'avant le siècle des Antonins. Sa manière d'écrire est très voisine de celle de Plutarque dans ses premiers ouvrages. D'autre part,
L C. Mùller, Fr. llist. gr.. ch. m, p. 310.
8. Cetta altrlbution, uniquement Tondée sur une conjecture d'un copiste, est inacceptable. Le style de l'auteur est très diETérent de celui du vrai Longin. Sur l'incertitude de t'atlriljution dans les niGs., voir lu notice do Spengel dans ses Rhel. grxci, t. I, p. Siil. On y trouve aussi nno bibliographie sufSsante, en ce qui concerna les manuscrits ot les éditions. Les principales sont celles de Robortelli. Bâle, !SS4 ; do Manuce, Venise, ISSS ; de Pearce, Londrea, 172*; de Toupius, Oiford, 1778; de Weiske, Oiford, 1830; (l'Ester. Paris, 1837 ; de Spcngal, dans ses Rhet. grxc., t. I, Lipsiie, I&S3, seconde édition, 1894.
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LE TBAITÈ DU bUBLlME 379
dans le dernier chapitre, il reprotluit et discute une opinion récemment exprimée par un philosophe ' : à savoir que l'éloquence a besoin de la liberté. On ne peut pas ne pas songer, en lisant ce passage, à la discussion que l'auteur du Dialogue des orateurs a placée en 78, sous Vcspasien . L'analogie des idées indique probablement que les deux auteurs ont puisé à une source commune, qui doit être un écrit d'un philosophe do ce temps : car c'est surtout sous le règne de Vespasien que l'éloge, au moins théorique et indirect, des institutions républicaines semble avoir été à la mo<le chez un certain nombres de philosophes '. D'ailleurs, les allusions à la sophistique naissante et la déOnition mémo de l'esprit contemporain, telle que la donne l'auteur, semblent convenir aussi à ce moment '. Et enfin, il faut ajouter que l'auteur pourrait bien avoir entendu les leçons de Théodore, et qu'il se .rattache encore au mouvement antiasiatique du règne d'Auguste *.
L'ouvrage même, dont un quart environ est perdu, a été inspiré par la lecture de l'écrit de Cécilius sur le même sujet (ch. 1). Celui qui l'a composé était, comme Cécilius, un critique de profession. Il fait allusion à plusieurs écrits qu'il a publiés (cb. 9), en particulier à un traité en deux livres. Sur l'arrangement des
2. Dans ie récit, tout légendaire d'aillfura, île Fhiloatrale (Vit d'ApoU., V, 33), les opinions prêtées à Eu|ihrate sont à noter. Il est incontestable que certaine philosophes afTeclaicnt aiors une granité liberté de paroles. On connaît lu rdle de Démélrius fSuet., Vespat. ,i3). Si Vespasicn exila les philosophes en 71, c'est évidemment qu'il sentait chez eux une opposilion sourde. Uioii, lsti, 13.
3. Ch. 9 : Tb «tpl xà( vo/,<rii( xsi>iaii«u{(tv «pi ô E^ iiilima xapu- (oniûtfiv oi vûv. Ch. 15 : j>( ffit\ vîi Ain *al ot %a6' ^,|ii< Siivoi ^r,taptç, latînEp ai TpiTidta'i, pUitovaiv ipivvùa;, etc. Cf. ch. !> et vh. (i.
(- Ch. III : ÔTnp & 8i6Supo;... ivâ)Lii (l'im partait ext à noter). Sur Théodore, voir plus haut, p. 'JUS. — Même chapiti'i*, vive critiqua des asiatiques Amphicrates, Uégésias, Mntris. Cf. ch. iv.
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380 CHAPITRE ir. — D'AUGUSTE A DOMITIEN
mots (ch. 39 et tO), el peut-ètro aussi à un autre Sur l'usage oratoire des passions (ch.H) •. Tout en rendant justice au mérite de Cécilius, il lui reproche de n'avoir pas fait un livre assez pratique (ch. 1). Son but à lui est de réunir des observations et des exemples qui puissent suggérer à des orateurs politiques, d'ailleurs bien doués, le sens de la grandeur et les mettre en garde contre les défauts voisins (ch. 1 et ch. 5).
Le mérite propre do l'ouvrage n'est pas dans l'originalité de la doctrine. L'auteur ne se fait même pas uac idée très nette de son sujet. Ce qu'il appelle tÔ û^;, c'est tantôt le sublime proprement dit, tantôt la simple élévation des pensées ou des sentiments, tantôt la force de l'expression, tantôt l'éclat des imagée, ou la puissance de l'effet dû à la composition -. Évidemment, il y aurait là, pour une critique plus exacte, bien des distinctions à faire, qu'il ne fait pas. En outre, le plah général de son traité ainsi que la plupart de ses idées sont empruntés à une rhétorique traditionnelle. Tout ce qu'il enseigne sur les figures, sur l'arrangement des mots, rappelle d'assez près ce qu'on pouvait lire dans beaucoup d'écrits antérieurs. C'est la mémo nomenclature, el ce sont les m;>mes théories.
Mais si cet inconnu n'est ni un esprit très puissant, ni un novateur, ce n'est pas non plus un rhéteur quelconque. 11 s'en faut de beaucoup. Et il a même une personnalité intéressante, qui se marque dans plusieurs traits caractéristiques.
En premier lieu, un esprit naturellement large et
t. II n'est pas sur que celte dernière phrase aoit aulhenlîque.
S. 11 est rurieux de voir qua Boileau cl La Harpe, qui croiesl tous deux comprendre parraîtemcnt la pensée de l'auteur, ne sont pas du tout d'accord sur le sens qu'il faut donner au mot tabtimt (Toy. La Harpp, Cours de Lille'-., ch. ii). Or, il semble bien qu'ils se trompent loua les deux.
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