‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 221 sur 514 · Fr. 3 et · texte numérisé non relu

Fr. 3 et

f. Le livre IV fui icrit en l'an 18 {IV, p. !06) ; les livres V et VI avftnt la mort de Gormanicus, 19 ap. J.-C. (V, fin, et TI. p. iW). Lt livre XVII fait allusion à la mort récente dn roi de Mauritanie, Juba. qui paraît avoir eu lieu en l'ao 10.

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strabon; sa géographie 38»

ressemblait sensiblement au premier : mais il en diffiM rail par le cadre et par la proportion des éléments dont il était fait. Dans ses Études historiques, Slrabon avait voulu faire connaître l'ensemble du monde par soh histoire, et il en avait surtout défini l'élat présent, 'en moDtrant comment il s'était transformé depuis > un siècle. Dans ses Études géographiques, il se proposait également de faire connaitre l'ensemble du monde, mais parla géographie, et il en déQnisaait aussi l'élat présent; mais en rappelant comment il se rattachait au passé.: S'adressanl toujours au même public, il devait emplo)'«r la même méthode : laisser de c6té tout oc qui n'intéFe»» sait que les spécialistes, négliger les détails miaimea; choisir et condenser, dans un exposé clair et rapide; ceque tous les hommes bien élevés avaient besoin de 'savoir, surtout ceux qui participaient aux affaires putd^ ques '. Il fallait pour cela se servir discrètement delà géographie mathématique, en lui empruntant senleJ ment quelques grandes notions préliminaires, qui pei" mettraient de définir la forme du monde et d'asseoirensuite sur un fondement solide les mensurations et Ibddéterminations de climats ; — puis, s'attacher à la géo^ graphie physique, décrire les continents et les mers,' le relief du sol et le cours des eaux, faire ressortir cei^uv diaque région avait de propre et les conditions qu'elle imposait à la vie des hommes ; — enfin (et ce devait éti^^ 1& te principal), dans le cadre ainsi tracé, distrîbuer'lei races humaines, expliquer d'où procédait leur état pré'' sent, rappeler à grands traits ee qu'elles avaient faît du sol qui leur appartenait, quelles villes elles avsrràt' fondées, quels grands travaux exécutés, quelles voîet^ de communication ouvertes, et même, en quelqi>os mois, comment elles s'étaient illustrées. La gôogra-

i.Géoar,i,p. i3.

390 CHAPITRb: II. — U'AUGUSTE A DOMITIEN

pliie ainsi conçue tendait à se rapprocher de l'histoire. C'était une géographie philosophique cl humaine, qui prenait pour point de départ l'univers et la terre, mais qui aboutissait à l'hoinine, comme à son terme naturel. Elle devait utiliser, chemin faisant, la science astrunomiquc et géodésique des Alexandrins, celle des Ératosthùne et des Ilipparque, les relations des voyageurs, des commerçants et des généraux, plus encore les récits des historiens, et en somme demander son unité et son achèvemcDt à la réflexion personnelle de l'auteur. Voilà quel fut en gros le dessein de Strahon, inspiré à la fois, ici encore, par la lecture de Polybc et par le spectacle do l'empire romain. On ne peut nier que ce dessein n'eût en lui-incmc de la grandeur. Essayons de montrer ce qui en a clé réalisé et aussi ce qui a manqué à l'exécution.

La Géographie de Strabon comprend dix-sept livres. L'auteur élahlit d'ahord sa méthode, en disant ce qu'il entend par l'histoire de la géographie, qu'il rattache à Homère, et en rappelant les notions générales dont ses lecteurs ne peuvent se passer (1. 1 et il); — puis, suivant l'ordre adopté déjà par Ératosthéne, il commence sa description du monde en faisant le tour de la Méditerranée par le Nord. 11 parcourt l'ibcrie (Espagne), qui remplit tout le livre III ; la Celtique (Gaule), la Bretagne avec lerné (Irlande) et Tluilé, les Alpes avec les régions adjacentes (livre IV); — l'Italie avec la Sicile (livres V et VI); — remontant alors vers le Nord, il décrit pins sommairement les pays barbares entre le Rhin et le Danube, ainsi que le Nord de la péninsule des Balkans, y compris l'Épire, la Thrace et la Macédoine (livre VII '); — cnlin il achève la description de l'Europe

' i. Tout le dernitT tiers environ de ce livre manqno dans let mss. On y BUp|>li!o en partie avec les ÉpHome (voir Bibliegr.) et quelijueE citations d'Etienne de Byiance et d'Atl»^n^e. .

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en s'ctendant assez longuement sur la Grèce et les îles qui en dépendent, dans les livres VIII, IX et X. — De l'Europe, il passe à l'Asie. Partant du Tanaïs, il traverse le Caucase, et décrit d'abord rapidement les régions et les peuples qu'il rencontre jusqu'au golfe Persique, à l'Est du Tigre (livre XI); — puis, revenant vers l'Ouest, il s'arrête coinplaisamment à l'Asie Mineure et aux îles adjacentes (livres XII, XIII, XIV); — il retourne alors à l'Est, pour exposer assez brièvement ce qu'il sait de l'Inde et de la Perse (livre XV); — et il achève la géographie de l'Asie, en décrivant sommairement l'Assyrie, la Mésopotamie^ la Syrie, laPItcnicie, la Palestine, l'Arabie et les régions voisines (livre XVI). — Reste la troisième 1 1 dernière partie du monde, l'AfriquCj y compris l'Kgypte, qui forme le sujet du liyreXVlI.

, Le simple exposé de ce plan et la proportion des parties qui le composent dénotent un esprit juste et maitre de son sujet. Strabon vise à offrir un ensemble complet, mais il proportionne lieureusement ses développements à l'intérêt que chaque région lui parait offrir à ses Jecteurs, et aussi au plus ou moins d'abondance de ses renseignements. La Méditerranée est pour lui le centre du monde. L'Italie, la Grèce, l'Asie Mineure sont les régions où il s'arrête le plus longtemps. Sans doute, au pointde vue moderne, nous sommes portés à lui reprocher de n'avoir donné ni h l'Kgyjite, ni à la Judée, ni & l'Orient en général, l'imporlance qui leur était due d'après leur rôle dans l'histoire totale de l'humanité. Mais n'oublions pas qu'un conteniiiorain d'Auguste et de Tibère ne pouvait pas voir ces choses comme nous les voyons. D'ailleurs, là même où Strabon est relativement bref, ses indications sont précises, exactes et intéressantes.

Il a mis à profit tout ce qui avait été écrit d'essentiel

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sur les sujets qu'il traitait, depuis Homère, qu'il aimei citer, jusqu'aux auteurs de son temps '.Toutefois, ce soul surtout les géographes et les historiens des trots derniers siècles qui lui sont familiers. Il doit à Kralosthèoe et à Hipparque toutes ses connaissances en gét^rsphic mathématique et astronomique : et, s'il les combat asseï fréquemment, c'est toujours avec leurs propres armes, en les opposant l'un à l'autre. Ératosthène lui a fourni, de plus, le cadre même de ses descriptions. Après les savants alexandrins, les auteurs qu'il a le plus étudiés sont Polybe (notamment pour son 34* livre aujourd'hui perdu, qui était entièrement géographique), Arlémidore, les historiens des guerres de Milhridate et des Parthes, Posidonios. Toutefois, en les mettant à profit, il s'est toujours réservé do lescontrâter, et il faut avouer qu'il les a quelquefois corrigés malheureusement. Ses déterminations de latitude, fondées sur l'observation des climats et des productions des divers pays, sont souvent beaucoup moins exactes que celles d 'Eratosthène, obtenues par l'étude des éclipses et l'emploi du gnomon. Mais on peut dire que cette inexactitude même, qui s'explique après tout par une erreur très naturelle, est l'indice d'un désir de vérité qui fait honneur à Strabon. Dans l'ensemble, ses informations sont à peu près les ineilleures qu'on put alors recueiUir.

La Géographie a donc une réelle valeur au point de vue scientifique, malgré ses lacunes et ses erreurs. Elle en a une aussi, et très sérieuse, au point de vue littéraire, sans qu'on puisse néanmoins la considérer vraiment coznme une œuvre d'art.

Son grand défaut, c'est que la personnalité de l'auteur n'y appâtait pas avec assez de force et d'intérêt, ai avec assez de variété. Cela tient d'abord à ce qu'il f

1. Sur les sources de la Géagrephie de Slrabon, TOir Marcel Danois, ouv. cité, toute la deuxième partie, p. 153*33!!.

STRABON i SA GÉOGRAPHIE 993

manque un parti pris bien arrêté. Des divers éléments dont il veut constituer un genre nouveau, aucun n'est vraiment prédominant. 11 fait de la géographie physique, mais trop peu à notre gré; de la géographie économique et commerciale, mais en passant ; de l'histoire, mais sans suite. L'idée constitutive et nécessaire de son ouvrage, c'était de montrer ce que )a terre, en chaque pays, avait donné à l'homme et ce que l'homme avait fait de la terre. Or cette idée, partout latente, n'apparaît nulle part avec éclat. Strabon, esprit juste, méthodique, mesuré, ne semble pas avoir eu la vigueur d'intelligence qu'il aurait fallu pour en prendre lui-même nettement conscience, ni par conséquent pour la dégager clairement.

Ce parti pris faisant défaut, l'œuvre devait manquer d'unité. Mais elle aurait pu racheter cet inconvénient par des qualités originales dans tedétail. Celles de Strabon n'ont rien de supérieur. Ni vivacité, ni couleur, ni grâce, ni éloquence, ni grandeur, ni charme d'imagination. Un exposé nourri, bien conduit, correct et clair, mais toujours sévère, parfois jusqu'à la sécheresse; peu de descriptions, et en revanche trop de nomenclatures. L'auteur ne se révèle guère que dans le choix des délaits, dans la méthode, et surtout dans les réflexions, toujours un peu courtes, mais justes et intéressantes, qui éclairent les parties principales de son œuvre. Ce qui n'est que pittoresque lui échappe. IL ne nous donne jamais l'impression vive des choses; il ne paraît sentir ni leur beauté, ni leur charme, ni même toujours leur oaractère propre: quand il le définit., c'est par réflexion; il analyse, il ne fait pas voir. Aussi son livre a beau nous intéresser par les renseignements dont il est plein, il ne réussit jamais à nous captiver. Nous y trouvons la matière d'uno œuvre littéraire, mais celte œuvre ellemême n'a pas été faite.

CHAPITltE II. — D'AUQUSTE A DOMITIEN

loutoas que le style do Slrabon ii'a rien non plus i^iiial. C'est la langue du temps, sans mauvais goût, < sans grâce, claire et saine dans les exposés, iiiérc dans les rollcxions, lourde, et quelquefois obs- , dans les discussions: d'ailleurs incolore et en quelsorte indiirércntc, nullement créée pour le sujet ni :atenienl adaptée à seslwsoîns, monotone et froiJe,

caractère, et par conséquent sans beauté. a réputation de Strabon, comme géographe, parait r été lente à s'établir, peut-être en raison de cette )licito même. Une telle œuvre dut peu plaire à un le qui goûtait la rhétorique d'un Pomponius Mêla et ectation d'un Pline l'ancien. Il est remarquable que i-ci, dans la partie de son Histoire naturelle qui est iacrce à la géographie, ne nomme pas Slrabon. Cette stîce fut bien réparée dans la suite. Cet ouvrage, offrait UD tableau si complet du monde i ipire, méritait de devenir classiqu< ^ffet.Pour les Grecs des derniers siècles, Strabon fut •■ géographe » par e.vcellence, h Yfu^piço;, comme lère était pour eux « le poète » et Démosthène h l'o-

ie. Cet ouvrage, :ide au début de 1 , et il le devint clés. Strabon fut I

la géographie de Strabon, on peut rattacher les œui très secondaires de quelques géographes conlempos, sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insisler. e bithynien Ménippe, de Perganic, contemporain du e Crinagoras et par conséquent d'Auguste ', avait posé un Périple de la Méditerranée (neiÎTr).o«;Tr,î HtxkxisTti-), qui ne nous est plusconnu que par quelcitations et par le remaniement abrégé qu'en fit ' siècle le géographe Marcien d'Horaclée ^

Anthol. Jacobs. II. )ît. Gonst. Porph., De Ihem. I. 2. Miv.KBOf

Élloiine de Byz., aui mots XiXiiTiSii», Tio(. 'ViXU. XaWU. Sur

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GÉOGRAPHES ET HISTORIENS SECONDAIRES 395 Isidore de Charax fut un des ingénieurs chargés par Agrippa d'clabUr ks mesures de dislances les plus in- Icressaoles à relever pour évaluer l'étendue de l'empire. Il s'occupa spécialement de rOricnl. >'ous avons de lui, sous le titre d'^/o;3« (/e Parihte (--^nB}!!!: -riocpOixoi, en latin Mansiones Parthics), une sorte d'iliDÔraire, do Mésopotamie en Aracliosie, qui n'est probablement qu'un fragment d'un ouvrage beaucoup plus étendu ■.

Ud écrit anonyme, d'époque byzantine, intitulé #«- Jîwe ou Périple de la Grande Mer (ït!iSwo[iA; v^tm nefLïîXow; r?,î ^aXr.i 8a>.âcc7);), paraît remonter à un original grec composé à Alexandrie dans les premiers temps de l'empire. C'est une description mutilée, mais intéressante, des eûtes de la Méditerranée. Elle se rattache très probablement, elle aussi, au mouvement de recherches géographiques dont l'établissement de l'empire fut l'occasion et donl Agrippa fut le promoteur -.

Avec ses qualités et ses défauts, l'œuvre de Strabon sufQt à définir l'idée de l'Iiistoirc, telle qu'elle a été comprise par les Grecs do ce temps. Nous pouvons donc passer plus rapidement sur les écrits d'un certain nombre d'historiens et d'érudits de moindre importance. Conlentons-noua de nommer : Uios, auteur d'une histoire de Phénicie, dont Joseph vante l'exactitude reconnue '; — Cliérémon, qui avait écrit des Aiyt>iCTiaxâ,

l'abr^gâ de Marclen, voir plus loin. ch. vu, auct. 6, et C. Mùllcr, G«o^. gr. min., t. I, p. 513.

1. Plinu, Uut. nat.. II, 2tî.246-. IV. B.-lOi, 121; V, W, iT. 1^7, m, I3Î. 135. liO. liO; Athi^Di^e, m. 93 d; Murcicn, Epil. pei-ipL Mtnii/pi, 2; Militer, Geogr. gr. min., I. tH.

î. U. Mûller, Geogr. gr. min., l. 4ï7.

3. C. Apion, I, W. Cf, Attliq. Juive, vni. 5. 3. Gr. t. lU. p. 495.

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CUAPITItE II. — D'AUGUSTE A DOMITIEN

dont ilnous resle d'intéressants fragments'; — Alhénodore de Tarse, le philosophe stoïcien, maître d'Auguste, auteur d'une histoire de sa ville natale ^; — Memuon, dont Pholius nous a conservé un assez long fragment sur l'histoire d'Iléraciée *; — enfin Ménandre d'Éphèse, qui traduisit du phénicien on grec les archives de Tyr et qui est souvent cité par Joseph *.

Mais,au-dessus d'eux, il faut placer un auteur d'histoire universelle, le Syrien Nicolas de Damas, qui nous introduit à la cour moitié juive, moitié grecque d'Hérode le grand '. Né en 6i av. J.-C, à Damas, il était ûts d'un certain Antipater, homme actif et disert, qui semble avoir fait fortune comme orateur, soit dans les écoles, soit dans les tribunaux. Par les soins de ce père riche, instruit et intelligent, il re^ut une éducalioo brillante dans les écoles grecques de son pays, et se distingua dès sa jeunesse, ainsi que ses frères, dans celte société frivoleaulanl que lettrée *.ll hésitait alors surla direction future de sa vie,ût des tragédies et des comédies, puis se décida pour la philosophie et embrassa les doctrines péripatéticiennes. Nous ne savons quelle ctrconstanccau juste le mit en rapport avec Hérode, devenu roi des Juifs en 4U par ta faveur du triumvir Antoine. Toujours est-il qu'il gagna bientôt sa confiance et finit par devenir son secrétaire, puis son confident '. Habile

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