CHAPITRE III
DEBUTS DE L.l RENAISSANCE HELLENIQUE AU SECOND SIÈCLE
I. ÉPiuTÈTE. — Manuscrits. Sur les mss, des Entreliens, voir l'édition de Schenki, Préface, p. xsiv et suiv. Tous nos rass. dérivent du ms. d'Oxford n* 25l,Bodleyanus ou S (Saibanlinia, autrefois ù I^ome dans la bibliothèque des Saibaoli); ce ms. semble dater du comir-encemeat du xii* siëcle ; il renferme des scoUes, qui ont été publiées à plusieurs reprises, en dernier lieu par Schenki, dans son édition des Enlreliens. — Pour le Manuel, le classement des inss. rest6 encore ù Taire. Voir Schenki, ouv. citéj p. 4îi. A défaut de scellés proprement dites, nous possédons un Commentaire continu de cet ouvrage, dû au philosophe platonicien Simplicius, qui vivait ou v'siècle. Voir, ci-après, l'indication des éditions. — La paraphrate attribuée à S. Nil, dont il sera question dans ce chapitre, se trouve dans S. fiili opéra, édld. Suarez, Rome, 1673 et dans l'édition de Schweigbaeuser, t. V, qui contient aussi l'autre paraphnat anonyme.
Éditions. Pour les éditions anciennes, voir Scbenkl, ouv. cité, p Lxii. Les plus connues sont celles de Trincavelli, Venise, 1533 ; de Jérôme Wolf, Bâle, 1360, avec traduction latine ; de J. Upton, Londres, 1741, accompagnée d'importants commentaires; de J. Schweigbaeuser, Epictetf» ^itoiophiae mtyaumentit, en 5 vol., Leipzig, 1799-1800, qui a marqué un progrès décisif; de Dubner, dans la Bibi. Didot, Paris, 1818, avec les
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Caraetires de Théopbrusle et les Pennées de Maro-Aurèle. — Le commentaire de Simplicius se trouve dan? plusieurs de ces édilioQS, notamment dans celles deSuhweigh^ieuser (t. IV, V) et de DQbner
La meilleure édition aujourd'hui est celle que !^chenkl a donnée dans la BMiotheca Tntbntriana, Leipzig, 180i. Elle conti'mt, outre une importante prétjce, les sco(ie< Bodleyeanes, les Sntrelims, les Fragments très coniplets, et le Manuel, mais sans le commentaire de Simplicius.
II. Dion Cbrtsobtoue. — tfjnuicrilj. Lesmss. des discours de Dion ont été étudiés et classés par H ins von Amim dans les Prolégomènes de son édition. Selon ses conclusions, qui semblent, définitives, tous nos manuscrits dérivent d'un archétype perdu, qu'on peut rapporter approximativement au vi» siècle. Réunis assez tard, les écrits de Dionyéluientdéjûdans nn grand désordre. Nos rass. actuels se divisent en deus classes. L'une, qui a pour représentants principauK, le Paiati'niull? (P), du XV* s , et le Vaticatvts 91 (H), du xni' s., ne nous a conservé que 31 discours sur 80. L'autre, qui sert à compléter aujourd'hui la première, semble malheureusement avoir été interpolée par Aréthns; elle est surtout représentée par le Poriiinui 2958 (B), duxv* s., VVrbinai \1ï (U), du xi' a,, et le Meermannianui, du xvi° s., qui seul comprend tous loa écrits conservés. Ces manuscrits sont loin d'offrir, pour l'établissement du texte d'un grand nombre de discours, une tradition certaine, d'autant plus que beaucoup de conférences de Dion, improvisées et recueillies par la sténographie, paraissent avoir été publiées dès l'origine assez inexactement.
ÈiUiont. L'édition princeps est celle de Venise, 1531. Lee plus connues ensuite sont : celle de Frédéric Morel, avec traduction latine, Paris, I60t ; celle de Reiske, publiée après sa la mort par sa veuve, Leipzig, nsV; celle d'Ii.nperius, Brunswicji, 1844, travail critique important, dont l'auteur avait mis en œuvre avec soin !es ressources donton disposait alors ; celle de Dindorf, dans la Biblioth. Teubner. Leipzig, 1837, reproduction de la précédente, mais accompagnée d'une étude, lous forme de préface critique, sur la langue de Dion. Toutes ces éditions sont aujourd'hui annulées par la grande édition critique de Hans vod Arnim, Dionis Pruiaeensis qux existant omnia, en deux vol. in-B*, Berlin, 1893-96, avec u:\ appareil critique complet. Les Lettre» de Dion en ont été exclues comme non authentiques; ces lettres, au nombre de cinq seulement, figu-
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DIBi.IOJRAPHIE 45fi
sont : le traité rifol Mou^xii! par Volkmann, Lipsite, 1836, etle mémo par Westphal, Breslaii, 1865; Philireki PytI.ki d^aloat tret rec. G. R. Paton, Berlin, (893 (bonne édition crtique conlenanl de E apud Delithos, de Pythlx oracutis, De defec'u oracti* ^uii). — Pour les Vies, citons la Vie de Démosthètte et la Via deCieéron, par Ch. Graux, Paria (881 et 188î;> Vie de FéricU*, par Alf. Jacob, Paris, (893.
Traductions françaisn. Après celle d'Amyot, qui appartient à l'histoire de notre littérature, il suffit de mentionner celles des Fies par Ricard, Paris, IT38, et par Pierron, Pari», (843 ; celles des (EuvrMmora/M par Ricard, Paris, 1783-1795, Pierron, Paris, 18», el Bélolaud, Paris, 1870.
SOHHAIBB.
L Benaissaaea de l'hellénisme à la io dn i*' aiécle, — II, Ëpanonlasement de la philosophie morale après Domillen. Ëpictéte; sa vie et son esseignement. Lee Entreliens et le Manuel. Son origU aalilé morale et littéraire. — III. Dion Chryaostome. Sa vie. Ses écrits perdus. Recaeil da aes Diicouri; classement. Sa prédication morale. Son talent. — IV. Plutarque. Sa vie et son rOle. — V.Ses écrits. Leur nombre et lear groupement. Leurs diverses formes et leurs qualités communes. — VI. Fond de la philosophie de Platarqae. Son Platonisme. Autres induences qu'il a subies. — TII. Plutarque théologien et apologiste. Sa philosophie rcitgieaw. — Till. Le moraliste. Théorie dn bien. Les maladies de l'Ame et leurs remèdes. Préceplea sur la Taiaille. l'amitié, la vie publique. — IX. Plutarque historien. Les Viei parallilei. — X. Autres philosophes. Favori nus.
La période que nous venons do parcourir nous a offert le spectacle de beaucoup de Icnlativcs littéraires médiocrement heureuses, sans unité de vues, sans directions dominâmes, sans résultais marquants. Pourtant, sous cette agitatioa mal réglée et peu féconde,
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PHILOSOPHIE MORALE APRÈS DOMITJEN 457 plus rien à entreprendre, puisqu'on esl gouverné, pacifié, dôTcndu et contrôlé; mais mouvement qui fait du moins illusion, qui amuse et occupe les yeux et les esprits, et qui se propage naturellement de la société à la littérature. Il s'y manifeste presque en même temps, dès la fin de ce premier si&cle, dans la philosophie et la rhétorique. Commençons par la philosophie, puisque c'est elle qui a produit d'abord les œuvres les plus remarquables.
Durant les règnes des premiers Césars , la philosophie, appliquée à la conduite de la vie, était devenue de plus en plus l'objet préféré vers lequel se tournaient les ànies éprises d'idéal. 11 était naturel qu'après la chute de Domitien, ce fût elle qui profitât d'abord des temps meilleurs. Sous les premiers empereurs, depuis Tibère jusqu'à Néron, et plus tard encore, sous Vespasien et sous Domitien, elle avait été presque toujours surveillée el suspecte, quelquefois persécutée. Dans cette période militante, elle s'était durement essayée, et elle avait pris conscience de sa valeur. Les dénonciations, l'exil, les supplices l'avaionl aguerrie et exaltée. Les hommes supérieurs s'étaient fait dans ces épreuves une personnalité forte, qui ne demandait qu'une occasion favorable pour se révéler dans des œuvres remarquables. Dès que le silence ne fut plus imposé, ces œuvres se produisirent.
Celui qu'il tant mettre ici en première ligne, comme le représentant le plus original de celte vertu endurcie au feu, c'est un homme qui n'a rien écrit, Kpictèle. Car sa parole a été si forte, si sincère, si spontanée, qu'elle est restée vivante dans les simples notes d'un disciple.
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468 CHAP. III. — RENAISSANCE AU II' SIÊ::i.E Et, dans ces notes, elle révèle, avec un éclat un peu crû, une des formes les plus étonnantes qu'ail jamais prises l'énergie humaine. De toutes les productions littéraires do ce temps, c'est peut être celle qui s'éloigne le plus de la pure tradition grecque. Et pourtant, elle plonge au plus profond do l'hellénisme par ses racines; mais elle en a infusé la sève dans une sorte de dogmatisme dur, qui n'a presque plus rien de national.
Né au plus tard vers l'an 30 après J.-C. à Ilicrapolis en Phrygie, Épictètc, nous ne savons trop comment, fut amené k Rome comme esclave et y vécut en cette qualité pendant toute sa jeunesse, sous le règne de Néroa'. Il y eut pour maître un certain ÉpaphrudiLe, qui fui peut-être, sans qu'on puisse l'anîrraer, le même que le célèbre alîranchi de Néron, mis k mort par Domilîcn. Nous ignorons s'il eut particulièrement à se plaindre de sa dureté : il n'est aucunement prouvé qu'il ail été estropié par lui, comme le rapporte une anecdote célèbre ^. Selon Suidas, il devint boiteux dés sa jeunesse par l'elTet d'un rhumalisme, ce qui est à coup sur plus simple et plus vraisemhleJiIe ^ Épaphroditc, d'après ce qu'en dît Épictète lui-même, semble avoir été un médiocre personnage, plutùt qu'un homme cruel *. En tout cas, il lit instruire son esclave, ou lui permit de s'instruire. Car ce fut sous le règne de Néron, que le jeune Epiclctc,
1. Nous n'avons eur la via et la personne d'Ëpictète que des limoignages épars, qui ont étâ râauia parSchenkl dans aoo édition des Epicleti dititrtationea, p. XIV-XXIII. Voir, en lele da même volume, l'étude sur la vie d'Ëpictète. Nous nona en écartons snrtout quant à la chronologie, Los principaux renseignements proviennent des Enlit'-itn» d'Arrian ; mais celai-cï ne semble pas avoir écrit une Biographie d'Éplctéte, comme on l'a crn longtemps, diprès une phrase mal interprétée de Si:nplicius, Pi-ifaee du Commntaire lur le l^anuel.