‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 249 sur 514 · Celse dans Orjgènc, C. Cehum, I. IIL p · texte numérisé non relu

Celse dans Orjgènc, C. Cehum, I. IIL p

3. Cf. Simpiiciu?, tn Enchirid., ch. ix, XwXbt tx vi<ï V iilx;. i. Enlnlieru, l. 19, 19 et 26, 11.

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épigtéte; sa vie <59

encore esclave, put suivre les leçons du noble stoïcien Musonius Rufus, dont nous avons parlé précédemment. Musonius, avec sa manière originale, mélangée de rudesse et d'affection, prit un ascendant prompt et décisif sur cette nature ardente. Le stoïcisme devint pour Épiclèle la formule même de la vie. Nous ne pouvons dire quand il fut affranchi ni à quel moment il commença lui-mémo à enseigner. Il est probable toutefois qu'il vécut à Rome sous Ycspasien et Titus, et au début du règne de Doraitien '. Quand celui-ci fit rendre un sénatus-coDSulle qui expulsait les philosophes de Home et de l'Italie (9i ap. J.-C ), Épictèle se retira en Épire ^ Nicopolis *. C'est là qu'il semble avoir vécu désormais, sous Domiticn, Nerva, Trajan et dans les premières années du règne d'Adrien, jusque vers 125 environ ^ Bieo qu'il y menât l'existence d'un pauvre et qu'il n'eût point de famille, il fut loin d'y demeurer ignoré. Re nombreux disciples l'entouraient, des visiteurs s'arrêtaient pour le voir; sa réputation s'étendait au loin, et son mérite frappait tous ceux qui l'approchaient. Parmi ces disciples, se trouva, dans les dernières années du règne de Trajan probablement, le jeune Bithynien Arrien, de Nicomédic, à qui nous devons les Entreliens et le Afanuel, où revit la physionomie d'Kpictètc ; celui-ci, quand Arrien le connut, était vieux, mais il restait singulièrement jeune par la vivacité do l'esprit et l'énergie de la volonté.

I. SiinpUciua [Comment, «ur le Manuel, ch, i\) dous parle de sa maiaoD à Rome.

!. /k.-Gelle, XV. II. Simplicius. oav. cil4. même chap.

3. Schcnkl le Tait vivre jusque vers 140. Mais il Taut alors raciiht la date de sa DaisBance et admellre qu'il tréqueala Musonius sons Vespasiea seulement; or. boa nombre des souvenirs d'ÉpIc* lète. rappelas dans les Entretient, se rapporlenl manifestement an temps de XAron. D'ailleurs, la chronologie de la vie d'Arrien s'opposa également &''eette hjrpothèse. (Voir plus loin, cb. v.)

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épigtète; les ENTnsnEys et le manuel 461

Un peu plus tard, Arrien, voyant combien ces leçons d'Epictèle étaient goûtées et admirées, voulut les coqdenser en un tout petit volume, qui en contiendrait toute la substance en quelques pages. II composa lo Manuel ('E)7£ipî§ioy), livre pratique par excellence, où chacun devait pouvoir trouver immédiatement le secours nécessaire dans le besoin, la réflexion salutaire et décisive dans le doute ou dans la tentation ■. £t, celte fois encore, se mettant au dessus de toute vanité d'auteur, il voulut laisser entendre la parole même du maître, siiicÈre et vivante. Grâce à cette simplicité intelligente du disciple, on peut dire qu'Epiclèto a sa place, non seulement dans l'histoire de la philosophie, mois aussi dans celle de la littérature, puisqu'il a mis, autant que personne, son empreinte originale sur un certain nombre d'idées qui intéressent toute l'humanité.

Si nous nous demandons quelles sont ces idées, une remarque préliminaire s'impose. Ëpicttste n'invente rien : il ûc modifie pas la doctrine stoïcienne en son fond, i! se contente d'en faire, à sa manière, l'application incessante aux choses de la vie quotidienne. Mais c'est

traire i% lûv 'ExinTn^ov Xi^tav, désigoant ainsi l'unique recueil qu'il eai composé. La qui^stion a ûlâ embrouillée par le tomoit'nage ds Photius, Bibl., S8; mais il «Bt manireete |iour moi que le passage est altéré par traDsposiUon. Je le corrigerais ainsi : Ifptr^ St taX ttipa- Tôï jiiv StaTpi6ûv 'Enixt^Tou to-J Ma.mii.Vi i<ia. fo-fttv ^itXia ÔKil' îBeiI !î a-JTÔï xol t«p« TP"'i'«' » ounu tic r.iitTipBv àf iMto yvtâviv [tiïviiiaiû* Toû 3*Jio3 '£:[ixni;o-j fltSlis SûEcxa]. Photîus citerait alors tout simplement une autre édition du même recueil, qui portait uu litre difTérent et était divisée autrement, édition qu'il a prise pour na autre ouvrage. Voir, pour les diverses opinions sur cette question, Asm, Quxstionti Epictelta, et l'éJUion de Sclienkl. Préface, p. XI.

1. Ta xiip<w;xTa xai àva-rxsiiJTii-ta ir fûnao^is, tx\ xivT.tixûtats tûv l'Jïùï imîjEôjiîvo; iit TÛV 'EniïtV.iou liSfuï. Paroles d'Arrien luimême dans sa lettre de dédicace i Massalenus (Simplicius, Fi-iface da Commentaire).

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èpi<;tète; sa DOCTHir^E et sa méthode 4Q3 donné tout entier h cette simple affirmation, avec une passion aussi exclusive, aussi constante, et un parli-pris aussi inflexible.

Qu'elle ail besoin elle-même d'èlrc prouvée, c'est ce qu'Epiclète ne semble pas m6me soupçonner, tant sa foi en sa doctrine est absolue. A vrai dire, tout ce qui est doute, objection, conception divergente des choses et de la nalure humaine, ne l'effleure même pas. Nul peutêtre n'a eu moins que lui la faculté d'entrer dans les sentiments des autres. Il est radicalement étranger à ce jeu des idées oii s'était complu si souvent l'esprit grec, et qui donnait tant de grâce et de liberté aux discussions d'un Socrate ou d'un Platon.

C'est là sa force : car la foi est communicalive. Quand il alÏÏrmc que le bonlieur est dans la liberté, et que la liberté s'acr[iiicrt en rompant tous les attachements humains, il est sur de son fait. Il en est sûr, parce qu'il l'a éprouvé lui-même. Et, comme il en est sûr. Il te dit si souvent, sous tant de formes, et avec tant d'autorité, que ceux même qui ont une autre idée de l'homme se sentent émus et ébranlés. D'ailleurs, ne doutant pas' de ses principes, il ne les met jamais en discussion : ce serait perdre son temps. Sa tâche est tout autre. Lagrando aiïairc de lu pinlosophic à ses yeux, c'est de rendre ces principes présents à tous nos actes, à tous nos sentiments, à tous les me:ius événements de chaque jour. Il s'agit d'en faire l'application à chaque circonstance, surtout aux circonstances imprévues, et de ta faire assez prompte pour résister même aux Impressions brusques, aux désirs soudains, aux craintes instinctives, en un mot à tous ces mouvements rapides qui emportent l'àme, avant qu'elle ait pu sd mettre en garde.

C'càl à cela qu'il emploie toutes ses ressources d'esprll, qui sont grandes : sa dialectique vive cl près antc, sa clairvoyance, sa malice aiguisée, son ironie hardie

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ÉPICTÊTE; SA DOCTRINE ET SA MÉTHODE 465 tre eux d'union intime. Sans doute, l'homme so propose de se rendre semblable à Dieu; mais cet idéal divin, il le trouve en lui-même; ce n'est en somme que sa raison ou sa conscience. Une telle religion, à coup sûr, est haute et fièrc; elle ne saurait avoir beaucoup d'élan ai parler bien vivement au cœur. Que faudrait-il, pour y mêler cet élément d'amour? Une chose essentielle, à savoir qu'une plus large notion de l'humanité s'y ht sentir. Or. si le stoïcisme professe la fraternité, s'il invite l'homme à aimer l'homme, c'est en lui présentant cet objet d'affection trop en dehors des conditions vraies de la vie. L'homme qu'il donne à aimer, c'est le sage, c'est un être idéal, c'est en définitive la raison impersonnelle, ce n'est pas l'homme réel, avec ses faiblesses, ses passions bonnes et mauvaises. Celui-là, il le traite de fou et il le malmène, sous prétexte de le guérir. Kpictèlc, à cet égard, est un vrai stoïcien, un ascète intransigeant, qui comprend à peine, ou ne comprend pas, les affections de famille, le charme de l'amitié, le plaisir de l'étude, le rayonnement de la beauté, tout ce qui fait le prix de la vie pour l'immense majorité des hommes. 11 n'est pas possible qu'une philosophie, si résolument ennemie des sentiments les plus naturels, ne laisse pas une impression de sécheresse dans toutes les âmes libres et vraiment humaines.

Voilà sans doute pourquoi le Manuel, où elle est si fortement condensée, n'a qu'une beauté partielle et incomplète. Tel qu'il est, pourtant, on ne peut nier que ce oe suit un des rares livres qui sont de tous les temps et

xipanfjTfi tx oD-J |ioi liSs[LivT,v xal âqiopiui; np)>; ts *<ia^f,aai ti'i tA« R»CsivdvTuv i(tBvt6v. Cette itapani-jv c'est ta volonté éclairée, la npatiptaii, qui suffit à l'homme. On Balt avec quelle violence Pascal, dans son Entretien aoec M. de Sacy, a reproché à Épictéle SOU orgueil : c'est que la doctrlnn du sloiciame supprime abBilumett la gT&ee, ce que Pascal ne pent lui pardonner,

Hiil. da la LiM. graoqa*. — T. V. 30

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do tous les pays. Même en y faisant très grande la part de l'exagération et de l'esprit de système, il demeure encore, comme il a toujours été., une source de force morale cl de haute inspiration, par la part de vérité qu'il contient dans ses formules brèves et dans ses images saisissantes.

Les ouvrages d'Épictète ont été beaucoup lus au s^ cond et au troisième siècle i. Au quatrième, les païens les opposaient volontiers aux docteurs chréliens, qui furent ainsi amenés à les déprécier. Vers ce temps, les Entretiens perdirent peu à peu de leur popularité; mais le Manuel garda la sienne. Il fut commenic au cinquième siècle par le philosophe Simplicius, dont l'œuvre est venue jusqu'à nous, et il était fort en honneur encore, au sixième, parmi les derniers néoplatoniciens d'Alexandrie *. De son côté, le christianisme, dès qu'il ne fut plus contesté, le reprit à son compte. Nous possédons deux Paraphrases du Manuel, l'une accommodée à l'usage des moines, qui est attribuée à S. Nil, et une autre, anonyme, également chrétienne, à peu près du même temps.

Cette sagesse, sèche et oue, tranchait singulièrement avec le goût qui régnait alors dans le monde hellénique. Nous verrons plus loin que c'était le temps où grandissait dans la Grèce d'Asie la nouvelle sophistique, c'est-à-dire la forme d'éloquence ia plus éprise de suc-

1. Sur l'histoire des ouvrages d'Épictète et leur influecice d»DS l'antiquité, vcir fiidifion de SchenkI, Prtf.. p. XIll. Ajouter le témoignage d'Origène, C. Cette. VI, S : "Eon -roOv [Bdv... tôv 'Emïtr.isï xa\ inô tûï lu^ivroiv xal poicfiï irp i; Tb »(itliïa6«i J^ivTtov 9au|iiitoi«*»i'i stcrflopiivuv T^c Ànb Tiâv ïi^wv aùioù pE^Tiiivtdic.

2. Photius, 242 (p. 339Bekker) : 'EXi^e iiiv & BioaUio; -zk seUi àm Tûv 'EntzTiJTS-j <tx'>>->^i (extrait de U Vie cThidore par Damascins),

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DION DK PRUSE; SA VIE 467

eès, la plus soucieuse de plaire, qui se soil jamais produite. Si un Kpictète, par sa valeur individuelle, avait assez de force pour réagir contre cet engouement du jour, pour s'attacher à la vérité seule, et pour la faire aimer dans toute sa rudesse par ceux qui l'approchaient, c'était là une exception. En général, la philosophie morale devait tendre à se manifester sous des dehors plus aimables, plus élégants, à se parer même des ornements h la mode: Cl c'est en effet ce qui eut lieu. Tandis qu'Kpictète l'enseignait sous sa forme la plus austère dans son cloitro de NicopoHs, un rhéteur devenu philosophe, Dion Chrysostomc, la promenait de ville en ville devant des auditoires nombreux, dont il enlevait les applaudissements '.

Xé vers l'an 40 après J.-C. à Prusc en Bilhynie, Dion appartenait à une des premières familles de sa ville natale. Depuis plusieurs générations, cette famille avait compté des orateurs et des hommes d'affaires, qui avaient 6té en crédit à Rome auprès des empereurs '. Klle avait acquis ainsi une fortune considérable, représentée par des domaines en Bithynie ; mais, à plusieurs reprises, elle l'avait diminuée ou compromise par des largesses excessives \ Le pôro de Dion, Pasicratès, était un des citoyens marquants de Pruse, revêtu des plus hautes

I. Les principales sources de la biographie de Dion sont : Philostrale, Y. tlet Sopk.. I, ch. tii : Synosioa, Dion; Pholius. Bibl.. Ït9: Saidas, Aîiov h navixpÔTOu;. — Parmi les modernes, voir l'étade de II. de Valois, Dionh vila (ch*,p. I du second livre des Bmendaliones, reprodait en tête de l'édilion do Dion de L. Dindorf, Bibtioth. Teubner), et Empertus, Deeitlio Dion'a. Brunstvicli, IStO. B«ancoup de points en sont contestables. C'est ce qui m'oblige à n'élendre un peu sur CRtIo biographie et & renvoyer aux tâmoignages mêmes do Dion, dont on n'a pas tenu compte avec assez do Min. L'œuvre à consulter aujoard'hui est le livre si consciencieux de Hana von Arnim, Leben iinil Werke de» Dio von Pruta. Berlin, ts».

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468 CHAP. III. — RENAISSANCE AU 11° SIÈCLE charges de la cité et comblé d'honneurs '. Dans ce milieu, le jeune Dion dut grandir avec la pensée de jouer un rôle dans le monde par la parole, et il n'est pas douteux qu'il s'y prépara de son mieux. Doué d'une éloquence naturelle, que l'éducation eut bientôt développée, il obtint de grands succès oratoires dans toute la première partie de sa vie, qui nous est à peine connue, c'csl-à-dirc sous les règnes de Vespasien, de Titus, et pendant les premières années de Domitien. Sans doute, sa réputation avait dû se faire d'abord en Bilhynic, dès la fin du règne de Néron; mais, comme tous les maiirea d'éloquence du temps, lorsqu'il se sentit sur de lui, il alla chercher la renommée de ville en ville. Nous le voyons à Rhodes S à Ilium novum '; lui-même atteste qu'il vsi allé en Egypte *. Nous poUvons donc être sûrs qu'il voyagea beaucoup en ce temps, et il est certain qu'il Cl alors un assez long séjour à Rome. Dans l'intervalle <le ses voyages, il revenait dans sa ville natale et y apportait l'éclat grandissant de sa renommée *. II eut alors des disciples, parmi lesquels le plus illustre fut le gaulois Favorinus, dont nous parlerons plus loin.

C'est vers ce temps, probablement sous Vespasien ou Titus, qu'il se maria et perdit son père. Le soin de ses affaires à régler et ses nouvelles affections de famille

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