‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 257 sur 514 · DION DE PRUSE; DISCOURS MORAUX · texte numérisé non relu

DION DE PRUSE; DISCOURS MORAUX

et il s'adresse à un auditoire familier. Cela donne à sa parole une grâce plus naïve, qui plail et qui attache.

Mais ce qui a fait la renommée de Dion, ce sont incontestablement les discours ou écrits de prédication morale, qui forment le troisième groupe '. Tous appartiennent à la dernière partie de sa vie, c'est-à-dire au règne de Trajan; et ils relèvent tous d'une même pensée, celle d'une sorte de mission, pour l'accomplissement de laquelle Dion a voulu mettre les ressources et les habitudes de la sophistique contemporaine au service de la philosophie pratique ^.

Ce qu'il prêche n'a rien en soi d'original. Il emprunte ses idées au syncrétisme philosophique du temps. Sa morale est principalement stoïcienne ^ mais non exclusivement; elle a subi l'influeitce manifeste de l'Académie, du Lycée, et des Pythagoriciens. Sa théologie est plutôt platonicienne, mais elle l'est sans parti pris; elle fait aussi des emprunts aux doctrines pythagoriciennes età la mythologie populaire. C'est qu'au fond, Dion n'est pas un philosophe à proprement parler, c'est-à-dire un homme qui se soucie de se former un ensemble d'idées liées sur les vérités essentielles *. C'est tout simplement

i. Citons les principaai. Ce sont les d" 1, !. 3, 1 (Ilipi paviltisOi S (AiEvxô: [iC«oO- S (ntpl tupawiSa;), 7 (ECCoIxi:), li ('OXu|tnxi(), 13 (Uif\ fupiO. 32 (nphi 'AliUvîprtO. 33 (Tifioixbc iipûi«), 3S ('Ev K«- Uiian Tfi; «pu-ria;!, 3G (BopuiraiviiixiO. SO (Tûv h Kilixii «ipi t\lMkpla(). 11 faut y ajouter ua certain nombre de morceaux qui figurent dans lo recueil aouB des titres géuéraux [IIlpV iovitixt. Iltpl lû*iv;> etc.). et qui Semblant extraits de discoars analogues, aujoard'hni perdns.

!. Voir sur la prédication de Dion le chapitre de G. Martlia ialitolé ; La prédication morale popuiatre, dans ses Uoralitta <oti> CEmpire romain, ouv. cité plus haut. — Pour l'appréfiation de Dion, conaoller E. Wober, De D'urne Chryiotlomo, Leipziger Sludieo, S, 1887 et H. von Arnim, ouv. cité, cli. v.

3. Sjnesios, Dio : 'O S' ojv àiiai loixt... (ivasSut tt^ vto5; Go-a lic

i- Sjnesios, nâroe pass. : "Eotxi SiupT.iunri [ùv -ti^viiaï; Iv f ds^s-

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478 GHAP. m. ~ RENAISSANCE AU II' SIÈCLE

une âme généreuse, très éprise de belle morale et de belle religion. 11 lui semble grand et bon de dégagerses contemporains de l'égoïsmc, de la frivolité, des passions sensuelles, et de les élever vers un idéal de dignit6: il aime à leur montrer les illusions qui les rapetissent et qui les troublent^ à leur faire voir combien la vie serait meilleure, si elle était plus simple, occupée des choses qui ont vraiment du prix, éclairée par la réRexJon, apaisée parl'humanité,embellie par l'idéode Dieu. Voilàdans quel esprit il reproche aux Alexandrins leur passion elTrËnée pour les jeux et leur turbulence parfois cruelle ': aux gens de Tarse, le laisser-ailer deleurs mœurs, leui mauvaise tenue, leurs cliansons licencieuses ^; aux habitants de Célènes, leur vanité et le prix qu'ils attachent à la richesse ' : aux Ciliciens, leur aveuglement, qui les empêche de voir que l'homme a en lui-même le moyen de se rendre libre, en réprimant ses désirs * Sa pensée est encore la même, lorsqu'il retrace, dans son Euboîque^, le tableau de la vie simple et naivc de deux pauvres chasseurs, isolés dans les montagnes de l'Eubée et vivant là, ignorés et contents de peu, sans hesoinset sans convoitises. Dans VOh/mpique ', c'est de religion qu'il traite, car il fait exposer par Phidias lui-même, dans une apologie fictive, sa conception de Dieu; mais cette religion est pleine de morale, puisqu'il découvTe et montre dans ce Zeus idéal les plus nobles vertus de l'humanité. Le Borysthénitique lui-même ', malgré la fantaisie très iihre du mythe cosmologique que Dion prétend avoir raconté àses naïfs auditeurs de Borysthéais,

i. Or. 3Î, Upo; ■Al!;av!;iti;.

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