‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 260 sur 514 · DION DE PRUSE ; SON ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

DION DE PRUSE ; SON ÉLOQUENCE

jouement, de rudesse et de malice, comme au début de son discours aux Alexandrius :

Vous plairalt-il. Alexandrins, d'Stre quelques instants eérieuK et atteDlifs, puisque aussi bien vous passez votre temps à vous amuser et que jamHÎs vous ne faites attention à rien? uni, amusements, joie, rire, tout celn abonde chez vous ; vous âtes vous-mêmes les hommes du rire et de la joie, et vous avez à votre service une foule de gens qui vous procurent encore de l'un et de l'autre; mais la sérieux, voilà, je le vola bien, ce qui manque sur votre place. Pourtant, il y a des orateurs qui s'extasient sur votre sagesse et votre habileté; innombrables comme vous l'êtes, disent-ils, vous avez tous à la fois l'idée qu'il faut, et vous dites sur-le-champ ce qui vous vient ô l'esprit. Moi, je vous louerais plutfit, si vous parliez lentement, si vous saviez prendre sur vous de vous taire, et surtout ai vous pensiez juste ■.

C'était en amusant ainsi son public qu'il lui faisait entendre des vérités. Mais c'était aussi, il faut le dire à son honneur, par son courage. Ce courage, qui lui faisait aFTronlcr les huées toujours possibles d'un public capricieux, il le puisait dans le sentiment du bien qu'il pouvait faire et de la mission divine qu'il s'attribuait. Socrate, dans VApologie que Platon lui avait prêtée, disait aux Athéniens qu'ils devaient à une faveur des dieux d'avoir possédé dans leur ville un homme disposé à s'oublier lui-même pour s'occuperuniqucment d'eux*. Cette parole, qui l'avait frappé, Dion la répétait à peu près aux Alexandrins, en se l'appliquant à lui-même ', et nous avons tout lieu de croire qu'elle traduisait bien sa pensée. Non qu'il eût constamment présente à l'esprit cette idée d'une mission, à proprement parler, et qu'il

t. Or. 3ï. npôt 'Aiiîavïprtî.

t. PlatOD, Apologie, eh. xviii.

3. Or. Î3 (p. 404, Teubner) : ■Efù |ilv y«p oûx in' i|iautoC [loi îoxû spociioSiii ToCio, ill'ÛTto !ai[ioïiow Tivbt ïviÔ[iii;, etc. Cf. i07 : fliôt t' ônp Itt,v, Sappii^ai (isi napiffxiv- et la suite.

Hi»t. da la Litt. grasqua. — T. V. 31

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48S CHAP. III.— BENAISSANCE AU II" SIÈCLE en fit tous les jours la raiaon déterininanle de sa conduite; mais, quand il rélléchissait, quand il descendait en lui-même, c'était par elle qu'il se raffermissait. Kpictète, dans un entretien que rapporte Arrtcn, avait bien défmi le cynique idéal comme une sorte d'envoyé de Dieu'. Cette conception était dans la philosophie du temps ; nul n'a dû se la rendre plus familière que Uion, parce que nul alors n'a plus fait pour la réaliser.

11 serait trop long de pousser ici en détail celte analyse, de montrer ce qu'il y avait d'ailleurs d'incomplet dans le rêve moral de Dion et ce qui s'y mêlait parfois de cliiinère*. Quelques mots sur son style sufOronI à compléter l'élude sommaire que nous voulons faire de lui.

Le slylc de Dion a charmé ses contemporains cl il n'a cessé d'être admiré tant qu'il y a eu une sophistique'. Si cet engouement nous parait aujourd'hui excessif, ce n'est pas une raison pour méconnaître des mérites très réels. Sans doule, il y a, dans ce style, de la manière ; c'est celui d'un homme qui s'est étudié une partie de sa vie à. faire valoir des choses insigniGantes, cl qui, transformé en philosophe, continue à abuser de son esprit, par habitude. Ses comparaisons notamment, dont Philoslrate s'émerveille *, et qui sont en effet presque toujours fines et amusantes, non seulement deviennent monotones par leur abondance, mais trahissent leur origine sophistique soit par leur ingéniosité excessive, soit par la complaisance avec laquelle l'orateur les dé-

(. Enlreliem. lll, 32.

2. Voir en particulier, à co point de vue. l'Euboïque, qui est le roman pastoral du stoïcisme dans sa première partie, et qui offre, dans la seconde, des vues de rérormc sociale très pen pratiques.

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