Pour tonl ce traitement, même ouvrage, ch. xix-xxiii
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618 CHAP. III. — RENAISSANCE AU II* SIÈCLE tracer les routes à suivre, c'est d'éclairer les obscurités ou les difticultés de la vie par des préceptes, des conseils, des réflexions, c'est de pourvoir les hommes d'une provision de bonnes idées, dont ils feront usage selon leurs besoins. La plus grande partie des ouvrages moraux de Plutarque n'est remplie que de cela.
Nature éminemment sociable, ce qu'il a en vue par dessus tout, qu'il le dise ou non, c'est le développement de la sociabilité. Il est bien moins tourné que les Stoïciens vers le perfectionnement de l'individu, bien moins exclusivement préoccupé de son indépendance. Les conseils qu'il donne, loin de tendre à détacher l'homme de ses affections naturelles, visent au contraire à les lui rendre plus chères, en y mettant toujours plus d'intelligence, plus de sagesse, plus d'idéal. C'est dans cet esprit qu'il disserte sur la famille, sur l'amitié, sur la vie civile et publique.
Ce que Plutarque disait et pensait de la famille, nous pouvons en juger encore par ses Préceptes sur le mariage, par son écrit Sur l'a/feclion fraternelle, et par la plus'grande partie de la Consolation à sa femme. Sans apportera proprement parler des vues nouvelles surdes sujets si anciens, il a su rassembler dans ces écrits, avec grdce et délicatesse, toute la substance et en quelque sorte toute la fleur de la sagesse antique, en y mêlant quelque chose de bon et d'aimant qui lui est propre. Mais surtout, pénétré, comme il l'est, du sentiment que la nature humaine a besoin de se communiquer, il fait sentir excellemment, non seulement le charme des affections intimes, mais ce qu'elles peuvent avoir de bienfaisant, lorsqu'elles sont éclairées, lorsqu'elles élèvent ceux qu'elles unissent vers un idéal commun, lorsqu'elles deviennent un moyen de développer la vie morale. Nulle part peut-être on ne comprend mieux que chez lui pourquoi et comment la famille, quand elledonne àl'hommc
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plutarqije; ses œuvres morales 519
tout co qu'elle peut donner, lui élargit le cœur et le rend vraiment apte à la société.
Son écrit principal sur l'amitié est perdu '. Il nous reste une courte esquisse de dissertation Sur le grand nombre des amis (rispl 7ro>.uçiXia,î), où il montre pourquoi la nature même de l'amitié répugne à la pluralité des amis, et un traité plus développé Sur les moyens de distinguer tami du /laltetir (Yl&i Sn xm 5i«xpiveteTQV Mkttxa -«»■; (pilou). Tout en avouant qu'il y est trop ingénieux, trop occupé & combiner de petits stratagèmes pour dépister les fausses complaisances, qu'il ne voit pas les choses d'assez haut ni assez simplement, il faut reconnaître que de ces deux ouvrages ressort une conception très pure et très noble de la valeur de l'amitié. Ce qu'on aimerait à savoir, c'est si l'auteur, à côté de l'amitié proprement dite, depuis longtemps défmie, étudiée, prânée par ses prédécesseurs en philosophie, et toujours rare en somme, n'avait pas fait aussi une place dans sa morale à ces formes de camaraderie, de sociabilité, de bienveillance mondaine par lesquelles les hommes se rapprochent les uns des autres. Dans un écrit de nature différente, il a de justes et délicates paroles sur les égards qu'un collègue doit à son collègue *, et l'on voit, par les Propos de table et par plusieurs de ses dialogues, combien il a goûté le charme et senti le profit des entretiens. Il eût été digne do lui de tirer de là une théorie, afm d'élargir la notion un peu étroite que la philosophie, trop préoccupée d'idéal, avait donnée de l'amitié. S'il ne l'a pas fait explicitement dans des pages que nous n'avons plus, on peut
1. Le IIipl filia; dont Stobée nous a conservé quelques extraits. La plupart sont rapportés, il est vrai, par lui à une Lettre gur l'amilii, qui était peut-étreUistIncle du traité. Voir Catiil. de Lamprias, n» 82. Hpô! BiBwvôv jtepl çiKa;.
!. Précepte* politique*. XX,
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dire du moins qu'il y tend, d'une manlire plus ou moins consciente, par l'ensemble de ses écrits.
Développant ainsi ses facultés de cœur et d'esprit dans la famille et dans la société, comment l'homme, tel que le veut Plutarque, se refuserait-il à la cilé ? Sur ce point, il n'a jamais eu d'hésitation. Sans la moindre ambition personnelle et très heureux dans sa petite ville, il n'admet pas qu'on fasse de la philosophie pour soi et qu'on se désintéresse des choses publiques. Il enseigne que le philosophe doit être libéral de ses conseils et s'attacher, s'il en a l'occasion, à ceux qui ont le pouvoir '. Et, d'autre part, il n'hésite pas à dire aux princes et aux hommes puissants, qu'ils doivent appeler à eux les philosophes, car ils ne peuvent se passer de phi losophie '. Lorsqu'un jeune homme qui se destine à la vie publique le consulte, il le pourvoit de bons conseils (IloïiTutà icafiaYyéJifMtTx) ; et lorsqu'un vieillard de ses amis songe à quitter ses charges, il lui montre amicalement que l'ùge n'ompéche pas de rendre bien des services (Et icpi(;SuTip(!) îroliTîun'ov).
Dans ces ouvrages, Plutarque ne fait pas de politique théorique, ,et, en les écrivant, il n'a rien apporté de neuf à la science sociale. Ce qui est intéressant, c'est de voir comment ce moraliste, si plein de sens, exerce, dans un ordre d'idées qui semble étranger à sa vie ordinaire, ses qualités de tacl, de clairvoyance pratique, de modération active. Il a une intuition très juste des diflicultés de ta vie publique, à la fois de celles qui sont de tous les temps, et de celles qui étaicnl spéciales aux Grecs de son siècle ; ses Préceptes politiques sont pleins de prévision, d'aver
nous n'avons plus qu'un abrégé formé d'exlrails.
2. Ilpô; r|Yi[i6v« «jtaiEeuîov, i:im|>le franini'iit d'un i^crit dont le vrai titre devait Otro ; Que la philosophie est indiipensable à ceux qui ont le pouvoir.
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plutarque; ses œuvres morales 531 tissements utiles, d'expérience réfléchie, et on y sent, dans les passages qui s'y prêtent, un patriotisme quelque peu désabusé, mais profond. Dans le secret de son cœur, Plutarque aime la vie publique, ou il croit l'aimer. 11 ne peut s'empêcher d'y voir un beau déploiement de facultés diverses, des services à rendre, de la renommée à gagner. Et puis, cela est conforme à la tradition grecque. Nul sujet ne lui fournit plus d'occasions d'appuyer ses conseils d'exemples et de souvenirs, nul n'évoque plus naturellement et à tout propos ce passé qu'il aime, ces hommes d'autrefois qu'il admire, toute cette vivante matière historique qu'il porte en luimême, dans sa mémoire et dans son cœur. Et il se peut bien que, malgré son sens juste, il voie quelquefois les choses du présent à travers l'illusion de ce passé, qu'il les grossisse et les embellisse; mais qu'importe? le mérite de ses conseils à nos yeux n'est-Il pas surtout de nous représenter un curieux étal d'esprit, qui le caractérise el qui Qous touche ?
On peut associer à ces traités de morale les quelques ouvrages de critique littéraire que l'iutarque a composés. Car si plusieurs d'entre eux sont surtout des livres d'érudition, on no peut méconnailre cependant que l'esthétique de Plutarque, en général, est étroitement dominée par des vues morales. II avait commenté plusieurs poètes : Homère d'abord, dans ses 'Ojiïiptxaî fu^Axai, en plusieurs livres ', dont il nous resie seulement quelques fragments; "pu'iR Ivs Travaux et ies Jours A'Ués'iode, en mêlant les notes du curieux aux observations du moraliste, comme on peut en juger par les citations qu'en font Tzetzès et Proclos. Il annota aussi, mais surtout à un point de vue scientifique, les Pronostics d'Aralos cl
1. AulU'Gellc, II, S : ... Secundo librorum quos do Iloiiiero coin-
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les Thériaques de Nicandre ; quelques débris de cea commenlaires sont encore mCdés aux scoliesde ces deux pofemes. Mais ses principales œuvres de critique littéraire étaient la Comparaison entre Aristophane et Ménandre dont il nous reste un abrégé, l'écrit Sur la malignité (CBérodote, que nous possédons en entier, et le traité Sur la manière de faire lire les poètes aux jeunes gens, également conservé '.
La Comparaison entre Aristophane et M^nandre révèle un sentiment juste des mérites de Ménandre, mais une complète inintelligence du théâtre d'Aristophane. Non seulement la moralité délicate dePlutarque est choquée de la licence grossière de l'ancienne comédie, mais eu outre la critique qu'il en fait au point de vue littéraire montre que la nature propre de cette forme dramatique lui échappait entièrement. L'hellénisme de Plutarque, comme celui de ses contemporains, laissait tomber peu à peu tout ce qui dans les œuvres nationales était trop particulier, trop spécial à un lieu et à un temps, pour n'en garder que ce qui était universel et humain.
Il n'est pas fort surprenant qu'un homme d'esprit et de cœur, mais si peu capable de sortir de lui-même pour juger les choses d'autrefois, ait écrit la dissertation Sur la malignité d'Hérodote '.. Le grand historien, très
1. L'écrit Sur ta musique, dont une notable partie consiste en eitratts d'anciens auteurs spéciaux, notamment d'Aristoxéne, est considéré par plusieurs critiques, et entre autres par Westphal (dans la préface de son édition de ce traité), comme un ouvrage de la jeunesse de Plutarque. Volkmann (ouv. cité, £• partie, p. 175) me semltle avoir établi solidement qu'il n'est pas de lui,
%. L'authenticité do cal écrit a été très sérieusement contestée. Voir surtout Baehr, dans son édilion d'Hérodote, t. IV, %> édil., p. iSI, et Dochner, Qiixstionei Flularclus, III, p. 3!. Volkmann reste dans le doute en inclinant vers la négation (ouv. cité. II, p. 3it). Mais il faut avouer qu'aucune raison décisive n'a été produite. Au contraire, Hotzaprel (Philol., t. XLII) a fortement motivé ses conclusions en faveur de l'authenticité; elles ont été admises par
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plutabque; sa critique littéraire 5S3 avi36 et 1res clairvoyant, avait vu los hommes des guer> re» méiltques tels qu'ils étaient, avec leur grandeur et leurs petitesses ; il avait noté, en narrateur sincère, bien des intrigues mesquines, bien des jalousies, bien des calculs égoïstes, et il avait par là servi admirablement la vérité. Au temps de Plutarquc, ces hauts faits nationaux étaient depuis longtemps idéalisés ; toute une série d'historiens et d'orateurs y avaient travaillé pendant des siècles, et nul n'était plus attaché que notre moraliste à cette gloire de la patrie. Les doutes d'Hérodote lui ont paru injurieux, ses remarques sincères lui ont fait l'effet de calomnies. Ktant ce qu'il était, il devait penser ainsi.
C'est bien le même homme que nous retrouvons dans le traité Sur la manière de faire lire les poètes aux jeunes gens. Attaché par une admiration pieuse à tous les grands poètes de la Grèce, il ne peut pourtant se dissimuler que bien des choses qu'ils ont dites sont de nature à blesser le sens moral des jeunes gens de son temps. S'il avait l'esprit historique, cette contradiction ne l'arrêterait pas un instant. Il sentirait, et il dirait tout simplement, qu'au temps d'Homère les idées morales et religieuses étaient encore dans l'enfance, et qu'il faut par conséquent faire bien comprendre aux jeunes gêna que ses peintures se rapportent & une humanité primitive, sur laquelle les hommes du temps de Trajan n'avaient plus à se régler. Mais, comme celte idée lui est entièrement étrangère, comme il persiste à vouloir chercher dans les vieux poètes des exemples de conduite et des préceptes d'une valeur absolue, il est en présence de difficultés inextricables; et il n'en sort pas, car cela est impossible;
A. HauTette dans son Bérodole hiitorien det gafrre» médique» (faris, 1S91); son chapitre sur la disscrtution de Ptutarque (1. I, cb. tv, p. 9S et sniv.) me parait metiro parfaltoiiif^nt en tumicre le point de vue du moraliste et ses erreurs.
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524 CHAP. ni. — RENAISSANCE AU II" SIÈCLE mais il se donne à lui-même l'illusion d'en sortir- su moyen d'interprétations, de palliatifs, de faux-fuyants, qui paraissaient quelque peu puérils à un moderne.
Plutarque a donc porté dans la critique littéraire, il faut le reconnaître, des vues qui sont non seulement étrangfîres, mais contraires, h. la nature de ce genre. Sa vraie vocation était de moraliser, et nous allons voir qu'il moralise encore, même lorsqu'il écrit l'histoire.
Toute l'œuvre de Plutarque, comme historien, consiste dans ses Vies parallèles, les quelques recueils de notes érudites dont nous avons parlé plus haut n'étant réellement que des matériaux^ non mis en valeur. Ces biographies ont une renommée ancienne et solide. Et pourtant il ne semble point, à les examiner en critique, qu'elles s'imposent à l'admiration par des mérites toutà-fait'supérieurs. Les qualités qui en ont fait et qui en assurent le succès sont des qualités moyennes, mélangées d'ailleurs d'assez graves défauts. Maïs ces qualités sont de celles qui séduisent, qui se font aimer, qui empêchent de remarquer ce qui manque. Il vaut la peine de s'y arrêter ici quelques instants.
La biographie était un genre anciennement cultivé en Grèce; on a pu en noter plusieurs espèces au cours de cette histoire. On avait écrit des vies de poètes, d'orateurs, de musicicns,de philosophes, des vies de capitaines illustres et d'hommes d'État ; tantôt brièvement, sous forme de notices, en vue de conserver le souvenir des faits essentiels qui concernaient ces personnages; tantôt avec plus d'ampleur et d'un ton plus oratoire, en jugeant les actions, en développant les desseins, à la manière des historiens de profession. Lorsque Plutarque entreprit
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d'écrire lui aussi des biographies, il ne lui vintduncpaB à l'esprit qu'il eût à créer quelque chose de nouveau. L'histoire l'attirait^ parce qu'il était curieux, parce qu'il se plaisait à raconter; d'autre part, les œuvres de peu d'étendue convenaient mieux à son humeur que les longues compositions; il choisit probablement la biographie comme la forme la plus courte del'histoire. Mais, comme il arrive aux hommes de mérite, en s'appropriant celte forme, il la marqua do sa personnalité; et, bientôt, il acquit le sentiment de ce qu'elle avait pris d'original entre ses mains. Ce lui fut une raison de plus de s'y alta* cher. Elle te charmait par elle-même, et elle lui procurait le plaisir do ae sentir en quelque mesure créateur. Nous possédons encore cinquante des biographies qu'il composa ainsi ; et nous savons qu'il en avait écrit d'autres *. Quarante-six sont accouplées deux à deux - et forment la collection des Vies parallèles; les quatre autres, à savoir celles d'Aratos, d'Artaxercès, d'Othon et de Galba, sont isolées. D'une manière générale, les Vies parallèles, dédiées toutes à Sossius Sénécion, semblent avoirété rédigées par Plutarque sans interruption notable, dans la dernière partie de sa vie '. Elles appartiennent par conséquent à la même période que la plupart de ses œuvres morales, et elles dénotent en effet les mêmes préoccupations*. 11 parait probable à priori que les vies isolées
1. Biographies perdacs do Léonidas, d'Épamtnondas, de M<^tel- Iqs, lies deuK Scipions, d'Hercule.
2. Saut un groupe de quatre, comprenant les biographies d'Agis et de Ctâomène, mises en parallèle avec celles de Tibériua et de Caias Graccbus.
3. Démottk.. ch. ii. 11 résulte de cb passage qu'il ûtait âgé lorsqu'il écrivait cette biographie, qui taisait partie du S* couple.
4. Renvoie des biographies aux Uoralia : Camillt, 19 ; Piriclès, S, 39; Dion. 2; Lytandre. 12; Sylla. 17; Brutu». 25; Aomtifui, 15. Tous ces renvois, saul le dernier qui vise les Aitia, sont conçus en termes vagues, mais ils prouvent au moius que Plutarque ne s'ab-
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526 GHAP. III. — RENAISSANCE AU 11° SIÈCLE ont dù précéder les viea accouplées : uoe fuis que Plutarque eût établi sa méthode, il semble s'y être complu sans réserve; od comprendrait mal pourquoi il l'aurait alors abandonnée. D'ailleurs, les vies de Galba et d'Othon, où le parallélisme n'existe pas encore, sont moins des biograpbies vérilables que des chapitres d'bisloiro; l'auteur raconte les règnes de ces empereurs plutôt que leurs vies, et une bonne partie de ce qui concerne Othon se trouve dans le récit relatif à Galba. Il y a donc lîeu de croire qu'elles ont été écrites avant que Plutarquc eill conçu la méthode qu'il appliqua un peu plus tard aux Vies parallèles. Celles d'Aratos et d'Artaxercès, bien qu'isolées, sont au contraire de véritables biographies, où se révèle déjà la manière définitive de l'auteur. Peutêtre marquent-elles ses débuts dans le genre biograpliique proprement dit.
Dans quel ordre les Vies parallèles ont-elles été composées et publiées ' ? Plutarque nous fournit lui-même quelques renseignements à ce sujet; et ces renseignements, quoique très insuffisants, permettent d'abord d'établir que cet ordre n'est aucunement conforme à celui des manuscrits. Ils nous donnent ensuite une idée générale des sentiments qui l'ont guidé dans son entreprise. « 11 m'est arrivé, dit-il, de me mettre à écrire des biographies pour complaire à d'autres; puis je me suis at-
sorbait pas dans un seul genre, et qu'en composant ses biographies il avait en muin uu en projet des écrits très ditTérents,
1. L'âtu'le capitale sur cotlc question est l'excellente dissertation de MicJiaelis, De ordiae vilarum parallelarum Plutarchl, Berlin, ISIS. Si la discussion n'y est pas poussâe à fond, les principes essentiels y ont été du mains dégagés nettement et les principaux résultats mis en lumière. L'auteur a montré qu'un certain nombre des passages pur lesquels le lecteur est renvoyé d'une biographie à une autre ne sont pas de Plutarque: il a établi du mémo coup, et très simplement, quels sont 1rs renvois auxquels on peut se fler. Voir aussi Muhl, PlulanhiniheSludUn, Augsbourg, <885, et Schenkl, Jahib. f. d. AU., XII, 1, iSO sqq.
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plutabque; les vies parallèles 527 Lachéà ce genre, et j'y ai pris demeure pour mon propre plaisir, l'histoire étant pour moi comme un miroir, devant lequel je m'essayais à embellir ma vie en la conformant aux grands exemples *. » Ainsi Plutarque. au début, n'6crit que sur les instances de ses amis, suivant une babitude qui lui était familière et qu'attestent presque toutes SOS œuvres morales. Puis, il se complait à ce qu'il fait, il sent qu'il en lire profit, et il continue alors pour sa propre satisfaction, avec une intention de moraliste, qui devient prédominante. Il travaille dans cet esprit plus ou moins longtemps, s'attacliaitt à choisir les biographies qui oifraient do grands exemples. Plus tard, il s'avise qu'on peut profiter aussi du spectacle des grandes fautes: et il se décide à écrire les vies de quelques hommes qui ont été insignes dans le mal : il commence par Démélrius Poliorcète et Antoine *. Enfin, quand il a épuisé tout le domaine de l'histoire proprement dite, il ne craint pas de remonter jusqu'aux temps mythologiques, et il compose quelques biographies & demi fabuleuses '. Voilà ce qu'il nous apprend de plus important sur l'ordre général qu'il suivit dans l'exécution de son dessein : en outre, il nous donne, qk ot là, des indications de détail, d'oil il résulte que toutes ses Vies parallèles furent publiées par couple, chaque couple formant un tout avec la comparaison ((jijy)t;îH7i;) qui y était jointe *. Il nous fait même connaître le rang de quelques-uns de ces couples dans la série '. C'est d'après ces indications,
I. Timoléon, dôbul. Cf. PêrkUn. ch. i et ii !. Dimitr., ch. i.