‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 268 sur 514 · Voy. surtout eh. lxvii et lxviii · texte numérisé non relu

Voy. surtout eh. lxvii et lxviii

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plutarque; ses écrits religieux 511

de plus en plus d'accord avec la science et la conscience. Mais, en même temps, elle veut en conserver tout l'essentiel, la divination, la pluralité et la liiérarchie des dieux, leur intervention surnaturelle dans les choses humaines. Cri^dulil6 cl rationalisme s'y mélangent donc étrangement. D'ailleurs, elle ne forme pas un système arrêté, complet, bien lié dans ses parties : c'est plulùt nn assemblage d'idées réellement divergentes, qui s'unissent malgré elles dans un dessein général de progrès sage et de conciliation. Une telle doctrine dépassait évidemment la portée de la foule; elle ne pouvait convenir ni aux ignorants, ni aux impatients;- elle était surtout trop prudente el trop réllécliie pour le nombre toujour.s croissant de ceux qui couraient au mysticisme. Aussi ne marque-t-ellc dans le paganisme qu'une étape, avant l'avènement du néoplatonisme. Ce qu'on doit dire à sa louange, c'est qu'aux esprits modérés qui l'ont reçue et goùlée, elle a dû donner une satisfaction intime, en leur laissant croire que l'bellénismc était encore capable de s'élargir, sans se détruire lui-même, et de suf- Gre par conséquent aux besoins de l'humanité.

On pourrait joindre à ces ouvrages de théologie un certain nombre d'écrits relatifs aux sciences naturelles ' : car la nature, pour Plutarque, étant l'œuvre de llieu, est à la fois la manifestation de sa puissance et celle de sa pensée. Mais ces traités n'ont pas un rapport assez direct à l'histoire littéraire, pour qu'il soit à propos de les étudier ici. Passons donc directement aux cruvres proprement morales.

t. Surtout la traité Bur le Froid primilif. dndié à Favorious, Sur le vitage qu'on voit dam la lane, Sar l'alilité ilti ff.u et de l'eau, etc. Les Queflions naturelles sont un ouvrage siins valeur, qui ne pful être attribué à Plutarque-

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Personne n'a plus écrit que Plutarque sur des sujets de morale. Moraliste, ill'est partout et toujours, dans tous les sens du mol. Tantôt il définit le bien, tantôt il l'enseigne, tantôt il le raconte sous forme d'exemples. Nous avons un cerlain nombre d'écrits où il explique sa théorie de la vertu (De la vertu morale. Que la vertu peut être enseignée, De la vertu et du vice). Nous en avons d'autres, où il se montre, comme on l'a dit, « médecin de l'àmc » ', signalant les défauts, indiquant les remèdes, avertissant ceux qui ne voient pas leur mal, encourageant les faibles, consolant les malheureux et apaisant les cœurs troublés (i'ur /a gttérison de la colère, Sur le fiavardage. Sur l'indiscrétion, Sur la mauvaise honte. Sur l'envie. Sur le désir des richesses. Sur la manière de se louer soi-même sans offenser les autres. Sur les progrès dans la vertu. Sur la paix de l'âme. Sur l'exil. Consolation à sa femme) *. Enfin un dernier groupe noua laisse voir ses vues sur la famille et la société {Dialogue sur l'amour. Préceptes sttr le mariage. Vertus des femmes. Sur l'affection des frères. Sur le grand nombre des amis. Sur le profit qu'on peut tirer de ses ennemis. Sur les moyens de distinguer le flatteur de i'amt^ ; Si les

t. Ch. Lévéque, Un médecin de l'dme chet le» Greci, Revue des Dcus-Mondes, 186], p. T!5, à propos du livre cité de M. Gréard.

S. La COTiiolation à Apolloniot ne semble pas pouvoir lui âlre attribuée. Ajouter les écrits perdus Sur la calomnie, Sur la Iranquillilé d'esprit. Contre le plaiiir. Sur la colère. Contre les richestei. Les deux dissertations Incomplètes que nous possédons Sar tuiage dt la viande touchent aussi à la morale, ta seconde surtout, puisque l'autour s'y éleva contre les traitements cruels qu'on inQigeaît aux

3. Ajouter tes écrits perdus Sur fantitié (nipt çililac). Sur la tendretse det parent» (nipl f i)oaTepTiac) et Sur la néeeetilé d'imtrttirt tnime lei femme* ('On xoA YuvaTxa KaiSi.vtiov).

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vieillards doivent prendre part aux affaires publiques. Préceptes politiques. Que le philosophe doit s'adresser surtout à ceux qui ont le pouvoir, A wii prince ignorant '. Si nous avions le dessein de faire connaître en détail les idées morales de l'iutarque, il serait indispensable d'étudier chacun de ces écrits successivement. Mais cette étude a été fort bien faite ailleurs - et ne pourrait en aucun cas trouver sa place ici. Dire en quelques mots ce qu'a été Plutarque dans chacun des offices principaux du moraliste, voilà tout ce que nous devons nous proposer.

Le premier sans doute, à considérer les choses abstraitement, c'est de déiinir la vertu. Ce n'élaît pourtant pas le plus important au temps de Plularque, et c'est celui où il se montre le moins original. Sa théorie moralo est platohiciennc et aristotélique. Avec Platon, il tient fermement à cette idée capitale, que le vice est ignorance, que la vertu peut et doit être enseignée : ce qui est d'ailleurs bien conforme à la tendance didactique de sa propre nature. .\vec Aristote, il la fait consister en un juste milieu, obéissant encore en cela à ses instincts personnels de modération. Toutefois, cet aristotélisnie est plus extérieur que profond ; il sert à établir la définition générale de la vertu, plutôt qu'il ne détermine dans le détail les conseils du moraliste. La tendance dominante de Plutarque sera d'affranchir l'esprit de la matière, de l'élever du monde sensible au monde des idées, ce qui est proprement platonicien. Quant au stoïcisme, il ne pouvait pas ne pas lui faire des emprunts de détail, puis-

1. En outre, on écrit perdn dont il nous reste un fragment (TIipl tLavafxint ") tïiiiiDxpoiTia; xsl i)Lii'apx''i)- Quant au Traita de l'fciucalion de* enfants, c'est une tenvre où l'on ne retrouve ni la manière de penser, ni le stylo de Plutarque, et qui, par conséquent, doit âtre défini livement rejetéo de la. collection. Voirie c laire de Wyltenbach dans son édition.

S, Ouvrages déjà cités de Gréard et de Volkmann. Hittoira ds la LÎU. gteoqua. — T. V.

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qu'il n'y avail alors aucun point de la morale sur lequel quelqu'un des grands Stoïciens n'eût dit des choses excellentes; mais le principe même de la secte, Plutarque le rejette formellement, toutes les fois qu'il en a l'occasion. Les Stoïciens visaient à supprimer les passions; il déclare, lui, que cela est impossible, et que ce serait d'ailleurs un grand mal. Les passions sont des forces: qu'elles viennent à s'éteindre, l'àmc sera inerte et comme morte; bien loin de les détruire, l'homme éclairé doit uniquement viser à les mettre au service de la raison. Dans un temps oii les meilleures natures inclinaient à l'ascétisme, entre Kpiclèteet Marc-Aurèle, on remarquera combien cette vieille morale hellénique, si résolument reprise par Plutarque, était humaine, en même temps que conforme à toute la tradition nationale.

Cette modération indulgente, nous la retrouvons chez lui dans la critique des vices et des défauts. Jamais il ne s'est attaqué à aucune des passions qu'on peut appeler viles ou furieuses, à l'amour sensuel, à l'ambition ardente, à la haine. Il est vrai qu'il n'en a guère eu l'occasion : ses écrits sont en général des consultations ; ceux qui sont en proie à de telles passions n'ont pas coutume de consulter les moralistes. C'est à des défauts moyens, à des vices ou h des passions presque honorables, qu'il a seulement affaire. Mais sous ees défauts de société, d'autres que lui n'ont pas manqué de retrouver des violences sourdes et des germes redoutables, l'éternel égoïsmc, la fureur des sens, la soif Je jouir, en un n)ot l 'arrière-fond de la bestialité humaine. Il y a des moralistes qui vont à cela tout droit, parce qu'il leur semble, non sans raison peut-être, que tout vient de là, Plutarque, lui, n'a pas cette clairvoyance aiguë et impitoyable, non plus que ce besoin opiniâtre de descendre au plus bas. Ce n'est pas un scrutateur de consciences troubles. D'ordinaire, il s'en tient & ce qu'on voit, à ce

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plutarohe; ses œuvres morales 515 qui se manifeste par la parole ou par l'action. Tout au pins pénètre-t-il jusqu'à ce qu'on pourrait appeler les premiers dessous de l'âme. Là est le lieu de ses observations ; il y a de l'optimisme et de la bonté dans sa critique, toute sincère qu'elle est d'ailleurs.

Dans ces limites, ses qualités d'observateur sont remarquables. Son expérience de l'bomme est grande : il a vécu plus que personnedansle présent et dans lepassé, dans la société de son temps et dans l'histoire; tout ce qu'il a vu e.st éclairé par tout ce qu'il alu,et réciproquement; d'ailleurs, il ne cesse de comparer et de classer, et il retient tout. Il en résulte que chaque cas particulier entre pour lui dans une certaine catégorie déjà notée et comme illustrée; et ce groupement spontané, immédiut, accu.se les caractères communs, révèle les rapports, fait ressortir les- conséquences. Ses anecdotes, ses exemples, ses citations n'ont pas seulement une valeur littéraire . Tout cela fait partie de sa méthode morale . L'observation chez lui est plutôt historique que psychologique, en ce sens qu'au lieu de rattacher le défaut étudié à ses causes intimes, et celles-ci à d'autres, il est enclin à le rapporter d'abord aux faits analogues qu'il a pu voir ou qu'il a entendu raconter, aux passages d'auteurs qui en ont traité. Ainsi sa critique ne descend pas fort avant dans les choses, mais elle les voit sous une forme très concrète, qui la préserve des subtilités.

A défaut do perspicacité supérieure, il a du moins un bon sens vif et sûr, qui ne se trompe guère et qui juge nettement. Il voit clairet il réfléchit. Ces petits vices qu'il veut corriger, bavardage, indiscrétion, fausse honte, penchant à la colère, il les connaît dans leurs habitudes, il en sait les occasions ordinaires, qu'il détaille une par une très clairement. On est mis en garde et pratiquement instruit. Point de portraits satiriques : les portraits font valoir le talent de l'auteur, mais ne

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516 CHAP. III. — RENAISSANCE AU II" SIÈCLE corrigent guère le lecteur; un portrait est une conception originale, une synthèse personnelle, qui ne ressemble complètement à aucun de ccu?l auxquels l'auteur a pu songer, et où par conséquent chacun d'eux a toujours le droit de ne pas se reconnaître. D'ailleurs Plutarque n'a pas le genre d'imagination créatrice qui est nécessaire au portrait. Il analyse et raisonne, il détache chaque trait, chaque idée, il procède didactiquemont, il ne concentre pas SCS elFets. Sa manière est plutôt, si l'on peut ainsi parler, « indicative » que descriptive. Il note ce qu'il veut faire remarquer, mais il ne le met pas en relief. Cette notation analytique, claire, réfléchie, quelquefois fine, ne vise pas à faire penser au delà de ce qu'elle (lit; elle se contente do dire tout ce qui est utile au lecteur de bonne volonté, disposé h. en faire son profit.

Au reste, décrire le mal n'est pas la chose à quoi Plutarque s'applique le plus. Comme il s'en tient à ce qui est bien visible, il a le droit en général de le supposer connu, et dès lors la description chez lui peut n'être qu'incidente et secondaire. Sa tâche propre, c'est de guérir; et rien ne caractérise mieux, en lui le moraliste, que l'arl très délicat d'organiser une cure morale.

Son grand principe, c'est que les guérisons ne peuvent s'obtenir que lentement. Il n'est pas de ceux qui brusquent les choses, ni qui prétendent faire violence à la nature. Le vice est une habitude mauyaiso, qui ne peut être déracinée que par une autre habitude contraire. C'est celle-ci qu'ils'agit do faire naître'. Ilva de soi que la première do toutes les conditions est la bonne volonté du malade; mais il faut en outre de l'adresse, de la prévoyance, tout un plan de réformes, et c'est là ce qui appartient au médecin,

i. Sur te bavardage. 19: Où ykpïatn.

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Le moraliste s'applique d'abord à faire trouver à celui qu'il conseille une occasion prochaine et facile de prendre l'avantage sur le défaut qu'il veut corriger. Une bonne action est le commencement d'une bonne habitude, et rien ne donne plus de courage qu'un premier succès. Dès que cette habitude tend à naître, il faut la développer. Au bon conseiller d'inventer toute une série d'exercices moraux, variés et gradués, qui auront justement cet eiïel. Cotte invention, l'Iutarque Y excelle. Le bavard ^s'imposera d'abord, dans une réunion, de ne parler qu'après tous les autres; surtout, il s'interdira absolument à lui-même de répondre à la place d'un autre qu'on interroge. Voilà des occasions précises, bien définies, fréquentes. Ensuite, déjà un peu plus habitué à s'observer, il devra surveiller ses réponses, ne dire que ce qu'il faut, élaguer les digressions. II se défiera de certains sujets favoris, qui l'attirent: un bavard, ami de Plutarquc, ne pouvait s'empêcher de raconter à tout propos labataillc de Leuclres, qu'il avait lue dans Éphore; chacun a sa bataille deLeuctres, qu'il doit éviter par dessus tout. Ënlin, si le bavard ne vient pas ainsi à bout de son vice, il lui reste un dernier moyen, qui est de répandre son trop-plein sur le papier : il se soulagera en écrivant, et ce sera une véritable purgation morale '. Comme on le voit, le traitement est méthodique et complet. Pour l'appliquer à la colère, à l'indiscrétion, à la mauvaise honte, Plutarque n'a qu'à modifier la nature des exercices ; le plan et le genre des inventions restent les mêmes. Il y a, dans une telle méthode, de l'esprit, de l'ingéniosité, du sens pratique, et aussi de la bonté, c'est-à-dire quelques-unes de ses meilleures qualités.

Une dernière partie de la tâche du moraliste, c'est de

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