‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 306 sur 514 · LUCIEN; LE PAMPHLET · texte numérisé non relu

LUCIEN; LE PAMPHLET

sonnelle des éléments déjà existants. Que ce genre d'ailleurs soit secondaire, qu'il ait même quelque chose en Boi d'un peu artificiel, cela est assez évident. La satire toute simple vaudra toujours mieux pour moraliser^ la comédie franche pour étaler le ridicule. Mais quand, pour une cause ou pour une autre, ni la satire ni la comédie ne sont de saison, cette sorte de dialogue amusant, léger, qui court partout, qui se lit vile, qui peut devenir, selon les temps et les occasions, conférence, libelle ou rcuilletoo, a bien son mérite propre. Et c'est ainsi que Lucien, sans être un Aristophane, a mis au tnondequelque chose qui s'est fait une place à côté du drame comique et qui l'a gardée.

Au reste, il ne convient pas de l'enfermer par un éloge exclusif dans un genre où lui-mémo n'a pas voulu s'enfermer. En dehors de la forme dialoguée^ il est aussi, entre les anciens, le représentant par excellence du pamphlet et du récit fantastique. Ses brillantes qualités s'y sont manifestées avec non moins d'éclat.

Le pamphlet, chez lui, n'a pas de forme propre. C'est tan. tôt un récit moqueur, tantôt une argumentation, tantôt une instruction ironique. Dans la Mort de Perégrinus, dans V Alexandre, l'auteur a l'air de composer une simple relation; il dit, ou est censé dire, ce qu'il a vu et entendu; mais sa narration est, en fait, la plus mordante des diatribes. Dans ta lettre à V Ignorant qui collectionne des livres, dans la riposte à Timarqite, il raisonne ; mais son raisonnement est une invective acerbe. Dans les observations Sur la manière d'écrire Chistoire, dans la lettre Sur ceux qui se font salarier, dans le Maître de rhétorique, il prend le rôle d'un conseiller qui donne des avis; mais ces avis se transforment, tandis qu'il les formule, en satire impitoyable. Si la littérature grecque n'avait subi des pertes qui nous empêcheront à tout jamais de la

jM,Googlc

eii GII VP. IV.— SOPHISTIQUE SOUS LES ANTONINS

bien connaître, on y trouverait, cela est certain, des modèles do toutes ces sortes de railleries. Les paniphtets n'y avaient pas manqué; mais te pamphlet, de sa nature, est œuvre éphémère; et cela explique que les meilleurs aient disparu. Lucien, lui, a profité d'une chance heureuse; peut-être nous paraîtrait-il moins original en ce genre, s'il n'y était presque isolé. Quoi qu'il en soit, reconnaissons qu'il y a excellé. Si sa fantaisie y est moins vivo que dans les dialogues, elle s'y trouve pourtant mélangée partout à la verve satirique, aux observations piquantes , aux vues ingénieuses, à l'argumentation pressante, et c'est ce mélange qui semble bien avoir été le trait distinctif de sa manière. Rien de plus varié que le tissu de ces amusantes compositions. Que la trame en soit narrative ou dialectique, il y fait serpenter toute une broderie merveilleuse d'anecdotes, de bons mois, de citations, de souvenirs classiques, qui, sans effacer le dessin principal, l'égaient en mille manières. D'autres ont eu autant que lui le don de l'Ironie, quelques-uns l'ont surpassé parla force de l'argumentation ; personne peut-être ne l'a égalé par cette variété éblouissante, au milieu de laquelle il se joue avec tant de grâce et de prestesse.

Le récit fantastique, dont il nous a laissé un modèle exquis dans son Histoire vra-e, semble lui appartenir plus en propre. L'original qu'il a si joliment su contrefaire, c'étaient les narrations paradoxales des voyageurs, depuis celles d'Ulysse dans l'Odyssée jusqu'à celles d'Iamboulos relatives à la Grande Mer. Mais pour déclarer dès la première ligne qu'on allait mentir, et pour amuser ensuite son lecteur pendant deux livres avec ces mensonges avoués, il fallait vraiment tout son esprit. D'autant qu'il n'y a là aucune thèse, aucune satire continue. Rien qu'une série prodigieuse d'inventions, plaisantes ou burlesques, qui se succèdent avec la plus

jt,Googlc

Page 1