L'HISTOIRE AU SECOND SIÈCLE
ceux qui ne pouvaient convenabtcmenl figurer dans ce groupe.
Notre intention n'est pas de les opposer aux prccûdents; il n'y a, entre les uns cL les autres, ni contraste, ni même séparation absolue. Toutefois, si ceux dont nous avons à parler ont fait en général moins de bruit dans le monde, s'ils ont été moins applaudis et moins adulés, on peut dire, en revanche, que leur œuvre, à presque tous, a été plus sérieuse, \vcc eux, nous revenons à un genre d'étude qui touche plus aux choses et aux idées. Nous pourrons tlonc plus aisément nous y rendre compte de ce que l'hellénisme contenait encore de sérieux. Et, comme d'autre part, nous arrivons au temps oîi le chrislianisme, sortant de robscurilé, se manifestait par des œuvres littéraires, ce sera l'occasion de le mellro en face de cet hellénisme vicilkssanl.
L'histoire, comme on l'a vu, n'avait manifesté dans les deux derniers siècles aucune tendance vraiment élevée. Tantôt entre les mains des philosophes, tantôt entre celles des rhéteurs de profession, elle comprenait sa tâche: soit comme une copieuse notation de faits à retenir, soit comme une matière de beaux récits, émaillés d'éloquents discours. On ne peut nier qu'au temps des Antonins, à côté des tentatives ridicules des sophistes, il ne se produise en elle une sorte de renouvellement intérieur, dû à une meilleure conception du genre lui-même. Arrien et Appien en sont les représentants. Fonctionnaires impériaux l'un et l'autre, mûris par les emplois militaires ou civils, par la pratique des hommes et la connaissance des affaires, ils se font
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Alll.I^N : SA VIE CCI
Arrien, avec son mérite modeste, mais sérieux, est un (les hommes qui représentent. le mieux les qualités moyennes de la bonne société grecque de l'empire '. Il les a eues toutes, sans supériorité éclatante, au degré voulu pour se tirer de la foule très honorablement.
>'é k Nicomédie, en Bithynie, vers la fm du premier siècle, il appartenait à une famille considérée; son père semble avoir été déjà citoyen romain. De cette source lui vinrent les vertus traditionnelles de la bourgeoisie provinciale : moralité, piété simple, dignité, une ambition sage, une intelligence droite. 11 hérita probablement de son père le sacerdoce à vîe do Dôméter et Coré dans sa ville natale '. Le fait capital de son éducation et de sa jeunesse fut le séjour qu'il lit auprès d'Épictète, à Nicopolis d'Épire, sous Trajan. Les souvenirs qu'il en a conservés dans ses Entretiens d'Épictète prouvent que ce commerce fut assez long. Il s'y révèle comme le plus docileet le plus attentif des disciples. Rien chez Épictète qui ne soit excellent, rien qui ne mérite d'être admiré et imité. On doit admettre qu'il resta auprès de lui jusqu'au jour où le sage lui fut enlevé par la mort ; en outre, les années qui suivirent furent encore pleines de lui, car les Entreliens et le Manuel, composés après qu'Kpictèle avait disparu, nous montrent Arrien aussi attaché que jamais à son modèle.
Toutefois il ne voulut pas faire profession de philosophie. La vie active l'attirait : dès sa jeunesse, il prit du service pour s'élever aux lionneurs militaires. C'est
I. Nos principaux reD8«ignements sur Arrien proviennent: l'd'une coartenolîce de Suidas ('Appiavôt N[x<>|ir,Siû:): 2* de Photius, cod. S3 (lescod. 91-93 contlenneot des résumés de aes ouvrages hisloriques); 3" de quelques iodications dispersées, dues à Arrien lui-même, à Lucien <Ales., 2 et S5), A Dion Cassius; 4' enfin de trois inscriptions qui seront menlioniiées plus loin. ConsuUer, dans Pauly- Wissovra, l'art. Arrianat. n* 9 (II, 1230.)
i. Inscr. de Nicomédie {'Ei-H''- lùXXoYet. III. p- 3ô3, S).
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probablement ce mélange de philosophie et de goûts pratiques quiéveilla en lui, lorsqu'il en prit conscience, le sentiment d'une ressemblance naturelle avec Xénophon '. Nous ne savons pas au juste quand ni com* mont cette idée germa dans son esprit, mais il est certain qu'elle unit par exercer une réelle influence sur la direction de sa vie. Arrien était une nature docile, qui ne se sentait sûre de bien faire qu'à la condition de s'appuyer sur une autorité reconnue. Il aima plus complètement encore Épictète, lorsque, grâce à Xénophon, il en eut fait son Socrate,
Une fois entré dans la carrière militaire, il semble avoir parcouru, en qualité d'oflicier, une bonne partie de l'Empire. Son propre témoignage prouve qu'il connaissait le cours moyen du Danube - ; et la manière dont il décritj dans le Cynégétique, les chasses des Gaulois et des Numides, donne au moins lieu de présumer qu'il avait été en Gaule et en Numidie. Ses services lui valurent la faveur d'Adrien, qui l'éleva aux plus hauts honneurs. Il fut consul vers l'an 130 ', Puis l'empereur le chargea d'administrer, en qualité de légat, la province do Cappadoce *. Cette région était alors menacée par les Alains, peuple de nomades apparentés aux Scythes, qui, depuis un siècle environ, avait succédé aux Sarmates dans la région des steppes, entre la Caspienne et le Tanaïs. Dion Cassius atteste que l'énergique gouverneur sut inspirer à ces barbares une crainte salutaire qui mit (in à leurs invasions ^. Son Périple du Pont Euxin nous'otfre une intéressante manifesta-
i. Doulcet, Quid Xenophonti debuerit An-ianus, Paris, I88Î.