‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 335 sur 514 · APPIEN : SA VIE · texte numérisé non relu

APPIEN : SA VIE

à Rome, où U semble avoir été avocat du fisc sous Adrien et Antoniti '. Son aptitude auxafTaires et son talent étaient reconnus : il jouissait d'une belle fortune, sans doute ac<)uiso par son travail : et il avait des amis puissants, parmi lesquels le consulaire Fronton, avec lequel il travaillait et échangeait parfois des lettres, dont deux sont venues jusqu'à nous *. Fronton, à deux reprises, sollicita pour lui de l'empereur Antonin une place de procurateur '. Antonin finit par accorder ce qu'on lui demandait ; et Appien semble avoir occupé ce poste encore sous Marc-Aurèle *. Fier de cette brillante carrière, il jugea à propos de publier sa propre biographie, qui, malheureusement, ne nous est pas parvenue. Ses dernières années furent employées à la composition et à la publication de son Histoire romaine >. Nous ignorons la date précise de sa mort, mais, si l'on songe qu'il

1. Ibid., fiu. Préf., ch. xv : 'Amiavà; 'AXi|a>Spiùc ic tk icpiùTaf.xuv èv TT| niTpiSi, xal tinsi; iv 'Pûttr, auvafnptvaai lui lâv faviXiwv. Le sens <le ces derniers mots n'est pas évident; il parait difScile toutefois do les interpréter autrement. Le pluriel ^aaiXiwv indique prohablement qu'il a rempli ces fonctions pendant plusieurs règnes.

2. Frontona Epàlutx, éd. Nalier: p. iik. lettre en grec d'Applon à Fronton : p. 2t6, réponse en grec de Fronton à Appien. Appien Toulait oITrir à Fronton deux esclaves ; Fronton ne crut pas pouvoir accepter un présent de cette valeur.

3. Ibid,, p. 110, lettre do recommandation en latin de Fronton à Antonin : Supplicavi tibi jam per bieunium pro Appîano, amico meo, cum quo mthi et vêtus consuetudo et Htudiorum usus prope quotidianus inEercedil... Dignitatis su^e in senectute ornandee causa, non ambitiune !iut procuratoris stipendii cupiditate, optât adipieci hune bonorem. — Antonin, comme on le voit par la mâme lettre, craignait d'abord que cette faveur accordée & un avocat n'engageât trop d'avocats à solliciter : tuturum ut... causidicorum scatebra exoreretur idem petentium.

i. Préface, ch. xv : M^xP' I*' "f'^'^ Imiponiùiiv T,%liaaa.t. Le pluriel, ici encore, parait indiquer que la confiance témoignée A Appien par Antonin lui fut continuée par ses successeurs.

S. On voit en eEfet par la Préface, ch. xv, qu'Appien avait alors parcouru toute sa carrière d'bonneura. Les dates qu'il indique

Hiit. de la Li», gracqne. — T, V. 43

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APPIEN : SON HtSTOIRB ROSéAIXE 675

(Kù.-nx.r,):â. Conquête de la Sirilcet d»!SÎles(NiicttûTix/;) ; 6. Guerres d'Kspagne {'lêïipix/i) ; 7. Guerre d'Annibal {'AwiSxîxT,); 8. (Juerre d'Afrique, ou de Carthage,ou Nuinidique (AcSuxïi, KapynSovixT; , No-xaSixï;) ;9. Guerrcsde Macédoine et d'Illjrie (M««Sov(xfi xai 'I>,)>t>puiT;) ; 10. Guerre de Grèce ( ■EX).T;vi)fj] xxi 'lowwr,) ; 11. Guerre de Syrie cl des Partîtes Cilupixxï] xxi riafOtX'n) : 12. Guerre de Milliridalo (MiOpiSxTeio;) ; 13-21. Guerres civiles { 'E^f tikitav -fdiTn — Ivim). depuis la lutte de Marius et de -Sylla jusqu'à IVlabli.ssenicnl de l'Kmpiro: 22. Les Ccnl ans ('ExxTOvrxeTtx), d'Auguste àTrajan ; 23. Guerre contre les Daces (dxx«o) ; 24. AlFaires d'Arabie ('Apiêioî). De cet imposant ensemble, il nous reste la pn'face, des fragmcnls des livres I-V, les livres VI, VII, VIII, à peu près complets, toute la seconde partie du livre IX, sur l'illyrie, avecdes rraj^mcnls de la première partie, enlin les livres XI — XVII en entier '. D'après Pltolius, l'Iiisturien avait traili'^ sommairement les événements postérieurs à .Kugustc, c'esl-â-dire ceux qui remplissaient les trois derniers livres. Ces trois livres, du reste, .\ppien a dû les ajouter après coup, car il n'en parle pas dans sa préface.

l'rovincial de naissance, mais associé dans la maturité- de l'âge à l'administration impériale, Appien semble avoir été très frappé de la grandeur de Borne, de sa croissance continue et de la plénitude de force dont elle jouissait sous Antonin. Ces sentiments éclatent dans sa préface. C'est l'intérêt même de ce spectacle, plutôt senti d'ailleurs qu'analysé, qui l'a décidé à entreprendre une si grande tâche. Quanta des vues particulières el préci iC3 sur les causes de cette croissance et sur la nature

u qui nous reste sous le titre de Htphn-ri n'est pat l'œuvre d'Appicn. C'est une composition faite li'aprés Plutarqa» au d'''1>ut de U périodo byzantine, ainsi que l'avaient déjà reconnu Sylander et Perizonius.

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qui décline. Or cela iHait manifestement impossible avec la métliode adoptée par Appicii. Que penser de la philosophie d'un historien qui, sans se soucier de l'ordre du temps, racontait dans son quatrième livre la conquête des Oaules par César, entre les guerres du Samnium et les guerres de Sicile, bien avant par conséquent d'avoir pu donner la rauindre idée do l'élat do choses dans lequel l'amhition d'un César et sa personnalité avaient été à même de se former ? Ainsi composé, son ouvrage ne pouvait être et n'est en eiïet qu'un recueil de monographies mal cohérentes.

Comme série de récils isolés, il a ses mérites très réels. La critique moderne n'est pas arrivée encore à déterminer avec sûreté tes sources d'Appiea': un a constaté chez lui des points de contact nombreux avec Denya d'Halicarnasse, avecPolybe, avec Tite-Live, avec Plutarque, et l'on a cru d'abord qu'il avait mis à proGt directement ces auteurs. Un examen plus attentif a démontré que cela était inexact. Certaines divergences caractéristiques prouvent qu'il a suivi d'autres auteurs, ayant leurs tendances propres. Quoi qu'il ensoit, l'histoire d'Appien représente une tradition, sinon toujours impartiale, du moins intéressante à connaître, une tradition patriotique, modérée, césarienne, qui arrange doucement les choses conformément à ses vues, en évitant les partis pris trop évidents. Appicn parait l'avoir suivie docilement, parce qu'elle convenait à son tour d'esprit, à ses habitudes, à ses fonctions mêmes, sans dessein préconçu, mais aussi sans elTort sérieux de critique. Au reste, son récit est d'un homme intelligent, instruit des alFaires. S'il no va pas au fond des choses, il les présente du moins sousune forme facilementintelligible. Exempt de passion, il a un ton d'hoiuiclc homme qui se-

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678 CIIAP. V. — HELLÉNISME ET CHRIS TI ANISME

(luit ; et cumme ses jugemcnls se ticiinenl d'iiabitude dans un juslo milieu, on y acquiesce volonliers : il faut examiner ses informalions de plus près, pour s'apercevoir qu'elles sont que)(|ucfois incomplètes sur des points importants, quelquefois incertaines ou erronées. Voilà pourquoi, à mesure que la critique historique est devenue plus exigeante, Appien a vu décroître son autorité. S'il contente les simples lecteurs, il laisse trop souvent dans le doute les chercheurs.

En tant qu'écrivain, Appien, moins pur et moins élégant qu'Arrien, se recommande surtout par une simplicité qui ne manque ni d'agrément ni parfois de force *. N'ayant point de prétentions littéraires, ii n'a en vue que les faits eux-mêmes. Le sérieux de son esprit l'a préserve de l'influence de la sophistique. Nulle trace de déclamation dans son œuvre, point de harangues subtiles ou pompeuses ni de tableaux à effet, point d'affectation d'atticismc. Si son récit manque un peu de couleur, il n'est pourtant ni sec ni insigniiiant. Ce qui nous reste de son exposé des guerres civiles nous met vraiment sous les yeux d'une manière intéressante toute une période de l'histoire de Rome. II fait peu parler ses personnages, et les discours qu'il leur prête, la plupart en style indirect, ne servent qu'à expliquer leur pensée. Sans originalité très marquée, il a le grand mérite de ne pas chercher à s'en créer une artificiellement.

A côté de l'histoire proprement dite, on voit se continuer au second siècle le mouvement de recherches qui, depuis longtemps déjà, portait un grand nombre d'es

I. Voyez Photiias, lvii, fln. — Appien fut uu des éerivaina q'>i

faisaient autorité pour la langue chez les Byzantins, comnir le pruuvent les e.iemplcs tirés de lui qu'on rencontre dans le Lcxi.|ue de Suidas en assez grand nombre et dans un grammairien ;inonyjne (réunis dans les Fragment»).

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