‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 358 sur 514 · QUADRATUS, ARISTIDE, JUSTIN · texte numérisé non relu

QUADRATUS, ARISTIDE, JUSTIN

pure que dans le christianisme. Si lo style même de l'original ne se laisse plus juger aujourd'hui avec certitude, la composition du moins frappe par une certaine netteté vraiment grecque. La dialectique en est rapide, dégagée, sarcastiquc. Elle n'entre ni dans les ob;ec|.ions, ni dans les difficultés; mais elle va droit au but sans embarras, avec un ton de certitude décidée, qiiiclaitpar lui-même une force en un temps où tant d'esprits flottaient sans savoir où se prendre.

Chez Aristide toutefois, l'apologie est encore un peu maigre et sèche. Celui chez qui elle s'achève au second siècle, c'est Justin. S'il ne l'a pas créée, il l'a tout au moins dotée de ses formes propres, de ses arguments et (le SCS lieuK communs. Surtout, il a fait un effort singulièrement remarquable pour organiser la future philosophie chrétienne, en essayant de donner aux dogmes une valeur rationnelle. Et, de plus, il a mis, dans tout ce qu'il a écrit, & défaut d'un mérite littéraire élevé, du moins une sincérité, un charme de bonne foi et de bonne volonté, de bon sens naturel et de droiture, qui lui prêtent une certaine éloquence '.

Justin, fils de Priscus, était de famille grecque -; il naquit à Flavia Neapolis, en Judée, vers l'an 100. Tout ce que nous savons de sa vie se réduit & quelques faits et à quelques dates. Élevé dans le paganisme, il étudia les diverses philoaophies grecques, sans y trouver de quoi se satisfaire. Toutefois, la doctrine de Platon l'attacha bien plus fortement que les autres, et c'est par elle en somme que s'est faite l'éducation de sa raison. Jeune encore, il fut gagné au christianisme ; lui-même nous a raconté, non sans charme, sa conversion, qui dut

t. Gonaulter Freppel, La ApologiiU* chrétien» au ii* liècle : S. Juslin. Paris, ISaS: B. Aube, De C Apologétique chrétienne au ii' siè'te. S. Jutlin, philosophe et martyr., Paris, isni.

i. Notice dans SaJdas, 'loutnivot, et dans Photius, 125.

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734 CHAP. V. — HELLÉNISME ET CHRISTIANISME avoirlieu dans les premières années du règne d'Adrien, aux environs de 12a '. Vers le même temps., ou un peu plus tard, il semble avoir séjourné à Éphèse ^. Puis il vînt s'établir à Rome ; et là, il enseignait, sans être prêtre, la croyance qu'il avait reçue et à laquelle il avait adapté sa pliilosophie. 11 ne semble pas s'être éloigné de cette ville ni sous le règne d'Antonîn, ni sous celui de Marc-Aurèle. Il y mourut martyr, sous la préfecture de Junius Rusticus, entre 163 et 167; victime probablement de sa francliise et des haines qu'elle lui avait attirées, en particulier de la part du Cynique Creseens, qu'il attaque si rudement dans sa seconde apologie ^

Plusieurs de ses écrits sont perdus : entre autres, le Discours aux Gentih (Aôyo; irpoî "EXXijvx;), où il semble qu'il s'était étendu assez longuement sur la valeur et les défauts de l'Iiellônisme *; le livre sur tâme {YVi^X ^i-fr,-^)^: le traité Contre toutes les hérésies guise sont produites (Sûvrayita xxriita<Tûv twv fvfemfxtiùi otlpÉœuv). qui devait nécessairement comporter des discussions de nature philosophique sur les points essentiels de la croyance chrétienne '. — lîu revanche, la collection qui porte son nom contient un grand nombre d'ouvrages qui ne sont pas de lui. La critique les a éliminés peu à peu. Outre la Lettre à Diognéte, dont nous dirons quelques mots plus loin, citons un Discours aux Gentils (Aôyo; ::pi; "EXXïivx;), qui n'a de commun que le titre avec celui que Justin avait réellement composé ~.

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