JUSTIN ; SES APOLOGIES
Les seuls de ses ouvrages subsistants qui soient certainement authentiques sont les deux Apologies et le Dialogue avec le juif Tryphon (Fifo; 'louJow» Tpû^«vot
La première des deux apologies fut adressée, vers l'an t50,à l'empereur Anlonin '.Autant qu'on peut démêler un plan sous la composition confuse de l'auteur, on voit qu'il réclame d'abord pour les chrétiens te droit d'être jugés sur leurs actes, comme tous les sujets de l'Empereur, au lieu d'être proscrits arbitrairement sur la simple attribution d'un nom. Entrant ensuite dans i'apotogie proprement dite, il expose la morale chrétienne; puis il détaille les prophéties relatives au Messie et en montre la réalisation; enfin it fait connaître les principaux traits du culte que les chrétiens rendent à Dieu. Cette suite d'idées est troublée sans cesse par des redites et des digressions, qui la font perdre de vue. D'un bout à l'autre, l'auteur poursuit, à côté de son dessoin principal, un parallèle entre le christianisme et le paganisme, qui l'amène à parler longuement des dieux du polythéisme, du rôle des démons dans leur religion, des mœurs païennes, do la philosophie grecque. Tout cela forme un éclieveau singulièrement embrouillé, dont il est à peu près impossible de démêler complètement les fils. — La seconde apologie, n'est en quelque sorte qu'un complément delà première*. A Toc-
cipale édition de Justin est encore cellt d'Otto, dans le Corpus cité ci-dessus, p. 6ST. Elle un [orme les quatre premiers volumes ; les tomes I et II contiennent les ceuvrcs authentiques; les tomes III et IV, celles que la critique a rejetées. L'édition de la Palrologie grecque, de Migne. reproduit celte de dom Marran, Paris, ilii. Les doux Apologies ont été publiées par Brauu. Bonn, 1830, ISUO; 3« êdit. revue par Gutherlel, Leipzig, 1883, Édition isolée de la prpinière Apologie, par Kayo, Londres, 1889.
i.Prem. Apologie, c.h. jilvi : llpô (tùv Ixoitôv :kvtt,hovto yvjtvvf\ttiai
!. Renvois à la première, ch. iv, vi. viii.
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casion d'une condamnation prononcée contre des chrétiens par le préfet Urbicus, Justin explique pourquoi les fidèles ne recherchent pas lu mort, quoiqu'ils fassent profession do ne pas la craindre; puis, raisonnant sur les persécutions, il y découvre, dans les sentiments des persécuteurs el dans ceux des persécutés, d'une part la malice des démons el de l'autre la puissance de Dieu. Les empereurs auxquels il s'adresse sont Anlonin le Pieux el Marc-Aurèlo'.
Le Dialogue avec le juif Tryphon, aujourd'hui incomplet, a été composé après la première apologie '. C'est une réfutation très étendue des arguments que les Juifs opposaient au christianisme. La dispute y est donc exclusivement entre Juifs el Chrétiens, et par conséquent cette oeuvre est bien plus étrangère à l'hellénisme que les précédentes. Ce qu'elle olfre de plus intéressant pour le lecteur profane, c'est, d'un coté, le grand effort de l'auteur pour démontrer que le dogme chrétien n'est pas en désaccord avec le monothéisme intraitable d'Israël, cl, de l'autre, sa conception du christianisme comme religion universelle, capable de réaliser les promesses dont Israël s'était cru déposilaire.
Justin n'est pas un écrivain. Il ne sait pas plus ordonner chaque phrase en particulier que ses argumentations en général. Mais, ce qui vaut mieux, c'est un homme de cœur, qui intéresse par ses hautes qualités morales, et un philosophe, dont la pensée est toujouriï curieuse à suivre. Nul ne représente mieux le mouvement d'idées, qui, sous l'influence de l'hellénisme, s'éveillait alors chez un certain nombre de chrétiens. Il est le premier, parmi ceux-ci, qui semble s'être préoccupé de juger sérieusement la philosophie païenne. Et ce jugement est tout autre chose qu'une condamnation