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géant un mot de ce vers : « Sans Chrysippe, pas de Carnéade '. v 11 avait formé même ses adversaires. Au total, grand tapage de disputes, non sans «quelque débauche de sophistique h domi-conscionle.
Avec Chrysippe, l'évolution du stoïcisme primitif est achevée : la doctrine est organisée dans son ensemble; elle forme un tout imposant, fortement lié, très original par certains côtés *.
Les fondateurs du stoïcisme divisaient la philosophie, & l'exemple de Xénocrate, en trois parties ; logique, physique et morale.
La logique était la science préliminaire des conditions de la connaissance, ou de la méthode. Le point de départ de toute connaissance est dans la sensation. Peu à peu, les données de la sensation se groupent, se généralisent par une série d'opérations qui en font sortir la science. Les stoïciens avaient étudié avec soin les différentes phases de cette élaboration des impressions sensibles par l'imagination, par l'expérience, par la raison individuelle, jusqu'au terme final, l'acquiescement de chacun à la pensée universelle, le repos dans le consentement unanime des esprits. Ils ne s'étaient même pas bornés à étudier cette évolution en psychologues ; ils avaient voulu savoir avec précision suivant quelles lois la raison traduit les idées à l'aide du langage; de là des traités nombreux sur la grammaire, sur la rhétorique, sur la poétique. Dans tous ces domaines, les stoïciens ont porté un esprit d'analyse ingénieux et fait des découvertes.
i. Drog. L-, IV. tCÎ.
2. Sur le stoTciame, outre les hisloriena de la philosophie, voir Raraiafoa, Ettai $ur UtloïcUmt, Paris, 18SS. — Diogène L,,dftnB n vie de Zénoo, a donné un «xposé général de la doctrlue.
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5e CHAPITRE II. — PHILOSOPHIE AU III» SIÈCLE
Ainsi armée de méthode, la raison humaine conçoit l'ensemble des choses; elle construit une physique ou science de l'être. La physique stoïcienne doit beaucoup à celle d'Heraclite, mais elle y môle des idées religieuses qui viennent du socratisme. Tout ce qui existe est matière. Mais la matière est double : elle comprend un élément actif (to ttoioSv) et un élément passif (to t^iT-^ov). Celui-ci est inerte : c'est la matière proprement dite (ûXii). L'autre est un souflle igné (ïrv«Ci[*a w«fO!t$É;}, une force intelligente, un lôyoî. L'association des deux principes est partout. Dans l'individu, le principe igné qui anime le corps s'appelle l'âme ('l'U);.'^). Dans le monde, il s'appelle Dieu. Dieu est l'àme du monde. Dans cette association, c'est le principe intelligent et actif, âme ou Dieu, qui est le chef (to T.ftfmiXQv). Dieu est éternel. Au dessous du Dieu éternel, âme du monde, il y a les dieux secondaires de la mythologie, âmes des astres, qui sont périssables. Le monde, qui est ie corps de Dieu, se transforme sans ccss^ : il passe successivement par les quatre états, feu, air. eau, terre, après quoi il s'enllamme et le cycle recommence. Dieu gouverne le monde comme l'âme d'un individu gouverne son corps; il y a une providence divine. Mais celte providence s'exerce par des lois générales (vô[w; xoivc;, X6yo; xoivo;) qui ne laissent aucune place au caprice : la loi suprême est une loi fatale (t.y.ix.fjién). L'âme humaine est une parcelle de Dieu (popiov, àTtocTzna^ toO 8îoù). Elle survit au ctirps plus ou moins longtemps, selon sa qualité, mais rentre dans le tout divin au plus tard lors de la eunllagration ((xirûpwui;) qui termine chaque période de la vie universelle.
La morale, ou science des mœurs, est en corrélation étroite avec ces principes. Tous les êtres sont poussés par un instinct naturel à leur propre conservation. Chez l'homme, cet instinct est gouverné par la raison. Or la
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raison, parcelle du Tout, enseig^nc à l'individu que son devoir (to x-t^ran) est de vivre selon la nature, c'est-àdire selon les lois que lui assignent les conditions de sou existence et ses relations avec l'ensemble des choses. Quand il satisfait pleinement à ces lois, il est aussi parfait qu'il peut l'être. Cette perfection s'appelle la vertu (àperri). La vertu totale embrasse les perfections corporelles aussi bien que celles de l'âme. Mais c'<-sl seulement la vertu de l'âme qui est l'objet de ia « tliôorie » morale. Cette vertu consiste à réaliser le Bien {to (fYoftôv), c'est-à-dire, selon le sens précis du mot grec, ce qui est bon pour l'àmo, ce qui lui est utile, ce qui lui donne par surcroît la joie, conséquence naturelle de ce bienêtre. Or le seul bien, pour l'âme, c'est le Beau (to koXôv), c'est-à-dire encore, selon l'usage de ia langue grecque, te Bien moral. En dehors du Beau (ou Bien moral), tout le re.ste est indifférent (àStxipofoy) : richesse, gloiru, puissance n'ont rien d'essentiel; ce sont des avantages, sans doute, par rapport à leurs contraires (icpOTiYjiiva, BTïOi:fcoiy(tévae), mais ce ne sont pas des biens pro|ireincnt dits. Quant au Bien véritable, il est unique par essence, de telle sorte qu'il n'y a pas d'inégalités ni de degrés dans les biens : il n'y a que le Bien absolu A'uno, part, et de l'autre ce qui n'est pas le Bien.
Dès lors, le devoir {co RaOrjxov), c'csl-à-dire la conduite a^'ouée par la raison (3 itpa^fdiv tuijrpv îyti, àmknyisitôv), est simple et clair : c'est de mépriser tout ce qui est indifférent et de s'attacher au seul bien. Le véritable sage (o copô;) est l'homme qui a su se retrancher dans cette forteresse inviolable de l'absolu, oi'i il est désormais à l'abri des coups du sort. Le stoïcisme a célébré en termes enthousiastes le sage idéal qu'il imaginait : le sage est infaillible, îl est riche sans argent, roi sans royaume, toujours heureux, toujours grand, seul capable de se suffire à lui-même. La foule <h's hom-
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mes, au contraire, attachio aux choses indifférentes, est vile et méprisable.
Il est aisé de railler le stoïcisme et de dire, par exemple, avec Cicéron, que le stoïcien est ud homme qui met sur le même rang le crime de tuer son père et celui de tuer un coq ' ; — ou avec Horace * ;
Ad summum sapiens uno minor est Jove, dives. Liber, hononitus, pulcher, rex denique regum, PrEBcipue sanus, nisicuni pituita molesta esti
Mais il est à la fois plus juste et plus intéressant do reconnaître ce que l'humanité doit àces penseurs hardis, à ces dialecticiens sublimes et un peu bizarres. Laissons de cùlé leur logique, malgré les nombreuses découverte» de détail dont elle a enrichi la science, et leur physique, qui n'est en somme qu'une construction à priori, un poème grandiose sans doute, mais criQn un poème, c'est-à-dire tout autre chose qu'une œuvre de science, et en outre un poème inspiré d'Heraclite. Restons sur le terrain de la morale. Ici, combien ils sont originaux!
Très Grecs toujours, assurément, par le caractère in- ' tellectualistc de leur doctrine, par leur conception du rôle de la raison, par leur dialectique, par leur audace même dans le paradoxe; mais combien nouveaux aussi par cette affirmation capitale, qu'entre le bien moral et tout le reste, il n'y a aucune commune mesure! Le bien moral est tout, le reste n'est rien. Ni Aristote ni même Platon n'étaient allés jusque là. La vertu, pour la pensée grecque, n'était guère qu'une bonne affaire comme une autre, seulement plus noble et plus sùro. L'absolu véritable répugne au fond à l'esprit pondéré de la Grèce classique. Faut-il donc songer, à ce propos, aux origines,