ÉPICURISME 5U
à demi sémitiques peut-être, de Zenon? Le doute, sur ce point, reste permis. Ce qui est sûr, c'est qu'alors pour la première fois s'est fait entendre dans le monde grec une voix qui aura plus lard son éciio dans le christianisme, dans l'impératif catégorique de Rant, et qui va susciter, après trois siècles, l'héro'ismc pratique des Thraséas, des Epictète, des Marc-Aurèle. Le stoïcisme n'a jamais été que la religion philosophique d'une élite peu nombreuse; mais il a rendu cette élite si grande, malgré des travers faciles à noter, qu'il mérite une place glorieuse dans l'histoire des doctrines morales.
Au point do vue littéraire, son rôle, au contraire, est médiocre. Nous avons déjà dît que les fondateurs du stoïcisme n'avaient pas été des écrivains au sens artistique du mot. Comme prosateurs, ils ne comptent pas. Le seul monument qui nous reste d'eux est VBymne à Zeus de Cléanthe. C'est un beau morceau, mais d'une beauté surtout morale et intellectuelle : Cléanthe a résumé dans ces vers, avec précision, avec force, avec une très noble gravité religieuse, la physique et la morale du stoïcisme. C'est l'œuvre d'un versificateur habile et convaincu, plus encore que d'un grand poète. La mythologie traditionnelle y est mise, selon l'usage des stoïciens, au service des doctrines nouvelles, et les termes techniques de l'école s'y ail ienl, non sans habileté ni sans grâce, aux épilhèles homériques. Ce mélange mémo en fait quelque chose d'intraduisible ; car on ne reconnaîtrait plus, en français, ni les unes ni les autres ■.
En mémo temps que le Stoïcisme, apparaît l'iïplcu-
1. On trouvera plus bas, an chapitre VI, U suite de l'hUloira da stoïcisme.
jM,Googlc
60 CHAPITRE 11— PHILOSOPHIE AU III" SIÈCLE risme, qui'en est, presque à tous égards, la contre-partie.
Le fondateur de l'École, Épicure, était un Athénien du dfeme de Garghettos ^ 11 naquit en 342. Il grandit à Samos, où son père était venu habiter en qualité de clérouque. Devenu homme, il exerça pour vivre le métier de maître d'école. En même temps qu'il enseignait les lettres aux enfants, il lisait beaucoup pour son propre compte. Son esprit s'inquiétait de l'origine des choses et des maux de l'humanité. Les explications du chaos hésiodique qu'il trouva chez les commentateurs de la Théogonie le dégoûtèrent. Au contraire, ayant lu Démocritc, il fut charmé de sa doctrine, et s'en nourrit. It semble avoir constitué son propre système vers l'âge de trente ans. De 310 à 306, il l'enseigne successivement à Mitylène et à Lampsaque. En 30G, il revient à Athènes, oii il devait finir sa vie. Des son retour, il aclicta pour quatre-vingts mines ' le fameux jardin (Kriiroç) où il allait prendre l'habitude de réunir ses disciples, qu'il appelait ses amis '. Le caractère d'Ëpicure fut attaqué de bonne heure avec violence et perfidie, surtout par ses rivaux les Stoïciens *, qui l'accusèrent de tous les vices, Diogène Laërce, son biographe, prend sa défense avec ardeur. Quoi qu'on pense de la doctrine, il est certain que l'homme était charmant, plein de douceur et d'aménité, d'une délicatesse d'esprit et de cœur vraiment exquise. Il vivait avec ses amis dune vie commune dans
1. Notice dans Diog. L.. (livre X tout entier). La partiu biographique remplit les %% 1-1*. — Oq trouvera tous les textes relatifs à Épicure dans reiceileat ouvrage de Useoer, Epicurea, Leipzig, 1S87- — V. aussi les deux ouvrages célèbres de Gassendi : De Vita et moribus Epieuri, Lyon, 1647, et De Vita, moribus et placilù Epicuri, animadiiersiones in librum X Diogenis Laertii, LyoD, 1649.