PORPHYRE
Quelques-unes des vues de Porjiliyre sur le monde el sur Dieu doivent èlre plutôt cherchées dans l'opuscule Sur tatitre des Ni/mphes de l'Odyssée (lUpi to3 «v 'OSiuïoaîa Tùv Nt>[Kpiîiv âwrpou). Gel antrCj décrit dans l'Odyssée, n'est aux yeux du philosophe qu'une allégorie ; Homère, pour lui, a voulu représenter l'univers ; de telle sorte qu'en interprétant ses prétendues conceptions, l'orphyre expose les siennes, et celles de beaucoup d'autres par occasion. On apprend ainsi que l'antre d'Ithaque est à la fois la ligure du monde sensible et celle du monde intelligible; mais, en même temps, on s'instruit, comme toujours, à l'abondante érudition de l'auteur et à ses multiples citations.
La l^flre n Marceila est tout intime par le sujet et par l'intention ; nous y cherchons l'homme dans l'écrivain et nous l'y trouvons quelquefois, moins pourtant que nous ne le voudrions. Séparé de sa femme après quelques mois de mariage, Porphyre lui adresse une véritable instruction morale. La noblesse de l'inspiration générale, la gravité affectueuse, le rêve de haute et pure spiritualité sont bien do lui; mais il entoure sa doctrine personnelle de tant de maximes prises un peu partout que sa lettre peu à peu tourne au recueil do sentences '.
Profondément religieux. Porphyre devait être plus porté encore que son maître à transformer la philosophie en une science de Dieu (Oeosoyia). Cette science, nul n'eut plus à cœur que lui de la rattacher aux vieux cultes helléniques, à la religion établie, qui lui paraissait en être la forme nécessaire, seule accessible à la majorité des esprits. Pour cela, il entreprit d'en montrer lo sens profond et l'accord avec les vues de la raison.
i. Sur ces emprunts, voir Nauck, Porphyi: opasc. uUctii. Prœf., p, XVII. Porphyre a'est particulièrement servi des SenUnctt de Sextus et des écrits d'Épicure.
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836 CHAP-VI-— DE SEPTIME-SÉVÈBE A DIOCLÉTIEN De cette inlenlion procédait l'ouvrage perdu Sur la Philosophie des oracles (Hepî t^î ix'kv^UM cpi7.oc;o9ta;) ; véritable livre d'édificalion et d'enseignement théologique '. Il l'avait composé, non pour le vulgaire ni pour les indifférents, mais pour ceux qui « avaient pris le parti de vivre en vue du salut de leur âme '. » La divination étant le cœur mémede l'ancienne religion hellénique, c'esld'elle qu'il entreprenait de tirer toute doctrine relative à Dieu. 11 la considérait comme une révélation permanente, dont il se 'faisait l'interprète. Les oracles, qu'il avait réunis en mettant à proiit d'autres recueils antérieurs', étaient traités par lui comme autant de textes sacrés, qui appelaient une véritable exégèse. Il s'appliquait à en dégager les notions que lesdieux avaient voulu donner sur eux-mêmes. leurs instructions sur la piété, sur la manière de les honorer *. En réalité, c'était lui qui transformait ainsi le néoplatonisme en un dogme et incorporait ce dogme à une religion qui en avait toujours manqué.
Même dessein dans l'écrit Sur les images des dieux [Ws^i ^x^i-itm]. Ces images avaient, elles aussi, pour un croyant, une valeur traditionnelle; représentations symboliques des dieux, elles révélaient ce qu'ils étaient. Ce symbolisme, plein de sens, le philosophe avait &
1, Voir sur ce livre Boucher -Leclercq, Hiat. de la Viûinalion, 1. 1, p. 85. — Fragmeols assez nombreux et importants dana Eusèbe, Préparation ioangélique, passiin. — Ëdit. iForphyrii de philosopbia ex oraculis hauricnda librorum reliqnias ad. Woir, Berlin, 1856.
2, Eusèbe, Prép. éaang., IV, c. vti: : Toî; tov piov tvaitiffoitlvoi;
3, Sur ces recueils, consulter Loliock, Aglaophamus, p. 9S-HI, 224-326.
i. Eusébe, IX, 6 : OIto; toi-rapoî» iv o!î ijtiïp«-)..n«p1 tî,( i% \tfltn
f i).(wo?!«! ff-jïSToiïV tKaiifla.n ■i^rfly.&i to5 ti 'Ajtiilwvoî xal T«v laiicâ* dtcÛvTE xai «ïaSàiï B«i[i4ïtuv, oCt iiiliora ixliliiwvotaiTû *ifr|T«To lua^oùt «Ivsi t[; T! iniîtiîiv tf,; tmv BtoloYOlJiiiïWï àpJî^c ift Te KpOTpOItf,v ifi «ût(* ç!),ov àïO(idi;e(v Biooofiaç.
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PORPHYKh; «a7
l'iiilLTpréter; «t plus d'un l'avait fait avaiil l'orphyre. Son objet propre, k lui, semble avoir été do ruuiiir ces interprétations aIlogurii]ucs en un corps, sauf à y ajouter les siennes quand il y avait lieu, et à les accommoder spécialement à la ducLrine néoplatonicienne. En définitive, il s'agissait de donner aux anciens cultes une signification conforme aux besoins de la conscience contemporaine, et d'assurer à cette signification une autorité durable.
Ces ouvrages, et d'autres semblables, caractérisent le rôle do Porphyre dans l'évolution des croyances grecques et on montrent l'importance '. Son maître, l'iolin, penseur vigoureux et mystique profoudj avait réollemenl créé une religion au sein de la philosophie grecque. Cette religion, dans sa pensée, était en accord avec toute la tradition hellénique, avec los mythes, avec les cultes, dont elle énonçait la sagesse cachée. Mais lui* même s'était peu soucié de faire voir cet accord, et peut-être n'avait-il pas l'érudition nécessaire pour une telle œuvre. Le savant Porphyre était au contraire l'homme de cette tâche. Et si l'hellénisme n'avait été déjà poussé à sa perle par un mouvement irrésistible, son entreprise aurait eu sans doute un bien autre succès. Quoi qu'il en soit, c'est lui qui nous apparaît comme le principal représentant d'une très remarquable tentative de rénovation dans la religion traditionnelle *. Ce rôle, en ce toinps, devait nécessairement le mettre en
1. Si aou3 i^tudiiotis ici Porpbyro comme philosopliP, il y aurait lieu d'insister sur la part de la théurgio dans son enseignement. Voir, sur sa diJmonologio et sur ses pratiques thaurgiques, les témoignugea de S. Augustin dans sa Cité de Dieu, particulièrement 1. £, ch. II et 3uiï. itais cette pirtiu du sa ductriae n'est plus représentée par aucune oeuvre qui Intéresse ta littéraluru.
i. Eusèbe, Prépar. ieangél , IV. 8: Mà/iot» ïij çiiooopwv o-jto; tûv Ka6' iipiS; 6»»i[ Kil Ba:(iooi xai oîj pn'i 9io'; iù^i«.ti«£«ii Inip t! lauiu' KpisSjûo-xi, naiitûlÀi niUovTi itipi aJriSv inf-.Siatspat ôinpi'jïiïSiï!.
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838 CHAP.VI — DESEPTIME-SÉVÉRE A DIOCLÈTIEN
conflit avec l'easeignement clirélien. Et Porphyre, en effet, est bien le plus redoutable adversaire que la foi nouvelle ail rencontré, dans l'ordre de la pensée, avant sa victoire définitive. Aussi le voyons-nous figurer chez les écrivains chrétiens comme « l'ennemi » par excellence ',
L'ouvrage qui lui a valu surtout cette animadverston nous est fort peu connu. Les écrivains chrétiens en parlent, mais n'en donnent guère d'extraits; après l'exlinction du paganisme, il a dil disparaître promptement. Il comprenait quinze livres (Ka-ci Xpisrtovùv XiftnU). Le plan en était à la fois historique et philosophique. Porphyre étudiait le christianisme dans ses antécédents judaïques, dans SCS relations avec les autres traditions religieuses, et sans doute aussi dans sa doctrine. C'était tout autre chose par conséquent que te pamphlet acerbe de Celse, ou que les railleries isolées de Lucien. Il critiquait les textes de l'Écriture, discutait les commentaires autorisés, en particulier ceux d'Origène'. Maïs ce qui le rendait surtout dangereux, c'est que sans doute il ne se contentait pas de critiquer, mais opposait doctrine à doctrine, tradition à tradition et presque église & église. Voilà du moins ce que nous pouvons soupçonner V Etj s'il ne l'avait pas fait dans cet ouvrage, il l'avait en tout cas tenté dans d'autres, notamment dans celui que S. Augustin cite fréquemment sous le titre de De régressa animée*.
1. Suidas, Ilapfvpioc & ^itv xpiortatâlv ico)i(iiO(. — O'Jtif l^tiv i llopfOpiot A Tf|v xxik XpiffTiavûv î^ùEpiotav T>.ûaacci xim^aat. — Cyrille. C. Julien, I, p. £S : IlapfJpia; i nmpoùc Tjiiiâv •tKttrtia.ii ).i70uc xsl I^,< XptOTiavAv <lpi)o)iE(a( |i£vovoûx^ ■aTdpjoûiuva;.