‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 424 sur 514 · QUINTUS DE SMYRNE, ETC · texte numérisé non relu

QUINTUS DE SMYRNE, ETC

de llhodcs; toutes ses expressions, tous ses tours de phrase viennent de ses modèles. Sa versification se rapproche surtout de celle des Alexandrins; il multiplie les dactyles; il recherche la césure trochaïque du troisième pied, sans toutefois s'assujettir encore à la rigueur des lois métriques de Nonnos, notamment en ce qui concerne l'élision et l'hiatus. Cette préoccupation de hien versifier dénote un certain goût de la perfection. Tout chez lui est hien fait : ce qui manque à son œuvre, c'est le génie.

Le poème est sagement ordonné dans ses diverses scèneSj sans surcharge, sans digression; tout y est clair, simple, proportionné ; le goût des développements sophistiques s'y fait assez peu sentir, soit dans les descriptions, soit dans les discours. Mais il n'y a rien qui attache. Les personnages se succèdent comme des ombres; aucun n'a de relief ni même de substance dramatique. Au lieu de peintures morales, des comparaisons trop nombreuses et des sentences à profusion. Les situations sont plutôt indiquées que vraiment décrites, avec une pauvreté de couleurs qui dégénère en sécheresse. Le poète n'a rien de ce qui fait la force et la vie. On est étonné surtout qu'il ait pu mettre si peu de lui-même dans sonœuvre.Vérilable poésie d'école, sans contact avec la réalité.

Quelque chose des préoccupations d'art de (Juintus se manifeste aussi dans les fragments de deux épopées contemporaines, qui ne nous sont pas parvenues en entier. — L'une est une Giganlomachie du poète Claudicn, dont il nous reste soixante-dix-sepl vers '. C'est encore une question non résolue que de savoir si ce Claudien est le même que le poète latin, contemporain d'Honorius et

1. Eudocia Augusix, Peocti Lycii, Claudlani caroiinum griecorum rellquiae, rue. A. LuJwich, Lipsi», 18'Jl (Bibl. Teubiicr).

jM,Googlc

906 GHAP. VII. — L'ORIENT QBEG AD IV SIÈCLE auteur de \' Éloge de Stilicon, des invectives Contre Ru fin et contre Eutrope, de YEnlèvement de Proserpine et de diverses poésies, parmi lesquelles figure une autre Gigantomachie en latin <. Quoi qu'il en soit, les quelques fragments de la Gigantomachie grecque dénotent une imagination éprise des hyperboles jusqu'à la puérilité etdocile au mauvais goût du temps '. — L'autre épopée, dont quelques fragments ont été di'couverts en !880 sur un papyruségyptien, était une Guerre contre les Blémyes (BXï[M»[MiX''») '- Il nous en reste un peu moins de quatrevingts vers mutilés, qui ne permettent même pas de décider avec certitude si la guerre racontée était, ainsi qu'on l'admet en général, une expédition des Romains contre ta peuplade éthiopienne des Blémyes, ou une guerre mythologique. La facture semble indiquer que l'auteur doit être placé entre Quîntus de Smyrne et Nonnos, c'est-à-dire, sans doute, comme Claudien, tout à la fin du iV siècle *.

A cette épopée du iv' siècle, se rattachent probablement par la date quelques-unes des poésies conservées dans le recueil orphique'. Deux méritent une courte

1. Voir la nolico de A. Ludwich, dans l'édit. citée, p. 161. Saidas (KXauSiavd;) place Claudion sous Arcadius et Honorius, ce qoi s'aceorde bien avec les dates de la vie du poète latin. Mais Évagrios, I, 19, le met sous Théodose II. Il me parait plus probable que le poète groe est à distinguer du poète latin.

8. Neuf épigrammes de l'anthol. palatine portent aussi le nom de Claudien. Une scolie qui y est jointe dans lo manuscrit du Vatican nous apprend qu'il avoil composé en outre des poêmea sur riiistoiro de plusieurs villes : Tarse, Anarzabe, Bérytoa, Nicée.

3. Éditée par Ludwich dons le même volume que la Gigtmtomae/iie de Claudien, p. 183. Voir les Prolégomènes, pour l'histoire du texte et sa date. L'auteur renvoie à une dissertation publiée par lui (Index lecl. hibern. Academ. Albertinse Begimont. lS9i, p. 26- 31).

4. Pour cette raison, il parait impossible d'attribuer ce poème, comme on a voulu le faire, à K;ros de Panopolis, dont nous parlerons au chapitre snivant. Bûchelar, R/ttin. Miisium, 39, !T7.

5. D'antres poésies orphiques dont nous n 'avons rien dit ont pu

jM,Googlc

Page 1