‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 427 sur 514 · LITTÉRATURE CHRÉTIENNE: EUSÈBE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE CHRÉTIENNE: EUSÈBE

un élan, une jeunesse, un éclat d'imagination, qui font défaut dans les écoles purement grecques; et si l'on rencontre encore chez les païens du talent et de la raison, ce n'est que chez les chrétiens qu'on trouve du génie et de l'éloquence. Venons maintenant à l'élude rapide de cette floraison de la littérature grecque clirélienne.

La lillératuro clircticnne du m* siècle avait été plutôt savante qu'éloquente, plus préoccupée dos idées que de l'art d'écrire. C'est du mômeesprit, légèrement modilié, que procède encore l'écrivain qui ouvre le iv" siècle, Eusèbe de Césarée : son œuvre forme comme une transition naturelle entre le temps d'Origène et celui des Basile et des Chrysostôme.

N6 en Palestine vers 263, disciple dévoué du savant Pampliile, dont ii prit le nom {EvoiSio; IIa;*(piXou, fils spirituel de Pamphile), Eusèbe, échappé k la persécution de Maximin, fut évèquc de Césarée de Palestine, depuis 313 jusqu'à sa mort en 3i0. Justement renommé pour sa science et ses immenses travaux, il ne cessa de jouir d'ungrand crédit auprèsde Constantin. Cette situation ne lui permettait pas de rester étranger aux luttes do l'orthodoxie ot de l'arianisme. U y prit part sans passion. Inclinant peut-être au fond vers la doctrine arienne, mais condamnant les solutions tranchées, qui répugnaient à la nature de son esprit comme à son caractère, il cherchait la conciliation dans des compromis que l'orthodoxie lui a reprochés. Après avoir échoué dans ses tentatives au concile de Nicée en 325, il souscrivit, d'assez mauvaise grâce, à la formule de foi adoptée par la majorité. Cela ne l'empêcha pas de se montrer hostile au chef des orthodoxes intransigeants, Atlianase, dans les synodes d'Antioche (330) et de Tyr (33o). Curieuse nature en somme, à la fois sincère et habile, plutôt faite pour l'étude que pour l'action, plutôt

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pour la iliplomalie que pour la lutle, Eusùbe, jeté par une mauvaise cliancc au milieu du combat des passions et des idées, se trouva éclipsé par des esprits plus décidés, dont il ne pouvait ni approuver ni même comprendre la logique à outrance.

Pampliile, en lui ouvrant sa bibliothèque, t'avait préparé dès sa jeunesse à l'érudition. C'est grâce à cette préparation qu'Kusèbe a vraiment fondé l'iiistoriographie ecclésiasiiquc. Déjà, comme on l'a vu, Julius Africanus, au siècle précédent, avait ébauclié la chronologie comparée de l'histoire juive et de l'histoire profane. Il y avait là u«c idée féconde, dont Ëusèbe eut le mrrilc do comprendre l'importance. Cette idée était proprement chrétienne, cl elle explique la supériorité des historiens chrétiens. Tandis que les écrivains païens se contentaient, pour l'histoire du passé, de reproduire les récits classiques, ils étaient forcés, eux, pour faire entrer les origines bibliques du christianisme dans l'histoire générale, de se livrer à des recherches vraiment neuves. Kusèbe s'y dévoua avec un zèle infatigable. Soa Bisloire universelle (IIxvtoSiicï) î^ropi*) se divisait en deux parties. Dans la première, qui était une Chronoffrap/iie gcnérale (Xfovffjfpatçia), t^usèbe s'efforçait d'établir, pour chaque peuple, la succession chronologique des grands événements do suQ histoire jusqu'à l'année 323; dans la seconde, intitulée Rèçle du calcul des temps (Kavùv /povixô;), il dégageait de ces diverses séries de faits le synciironisme qui était l'objet dernier de son travail. Quelques fragments seulement de ce grand ouvrage sont venus jusqu'à nous dans l'original grec. Kn outre, la première partie nous est connue par une traduction arménienne, ta seconde par la traduction latine de S. Jérôme, qui l'a continuée jusqu'à l'avénemenl de Théodose en 329. 11 n'y a pas eu de plus grand travail chronologique dans toute l'antiquité, et ce livre est l'un des

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fondements sur lesquels repose encore noLre connaissance des dates pour une notable partie de l'histoire grecque et romaine.

La Chronique toutefois n'appartient qu'indirectement à la liltéraLure, h' Histoire de l'Église, ('^t;iCkti<n%mui.ri tçTGptx) présente davantage les caractères d'une œuvre littéraire. Elle embrasse en dix livres l'histoire du christianisme depuis sa naissance jusqu'en 323, date de la victoire de Constantin sur Licinins, que l'auteur considère comme colle du triomphe définitif de la vraie religion '. A coup sûr, si nous appliquions à cet ouvrage nos exigences modernes, nous serions singulièrement déçus. Outre que l'auteur est un médiocre écrivain, nous ne trouvons dans son récit ni représentation dramatique des événeraents, lù étude du mouvement des idées, ni peinture vivante des personnages. Son objet, comme il l'indique dans sa préface, a été simplement de noter les phases de l'extension du christianisme, la suite des périodes do pcrsécuLioii cl d'apaisement, d'établir pour chaque siège apostolique la succession des ovéques, de faire connaître les grands martyrs et les grands docteurs, leurs actions cl leurs écrits, de noter l'apparition des hérésies, la tenue des synodes, la fondation des églises. Il n'a voulu que cela, et il n'a pas fait autre chose ; mais il est le premier qui ait eu la pensée de le faire ou qui en ait été capable. Son récit est peu cohérent, souvent sec, sans mérite d'art; mais, outre que les faits dont il est plein lui donnent, malgré les légendes qui s'y mêlent, une valeur documentaire de premier

1. Le principal nis. est un Paria'iniu du w siècle, conservé k la Bibl. Mazarine ; voir la préf. de l'éilil. du Dindort. Outre lu lexto grec, nous vrissédons unu Iraduclion latine île VHiil. eeclé»insliqae, composi-e par Rnfln au V siècle, et une traduction arniÛDieniie, (lu ménKi tomps. L'édition usuelle est celle de Dindorf, <|ui forme le I. IV des Euitbii Cxsartmais opéra, LipsiLC, ISTi (Bibl. Teubner}.

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912 CHAP. VII. -L'ORIENT GREC AU IV SIÈCLE ordre, l'idéo seule de choisir ce sujet et de le faire entrer dans riiisloiro (''lait en elle-même neuve et féconde,

A l'œuvre historique d'Eusèbe on peut rattaclier trois écrits secondaires : un Panégyrique de. Constantin, composé en 'A'd'ô, une Histoire de sa propre vie en quatre livres, écrite entre 337 et 340, enfin un opuscule Sur les martyrs de Césare'e mis à mort de 303 à 310; éloges ou œuvres d'édification, auxquels il ne faut demander ni la critique ni l'indépendance de jugement qui sont les mérites nécessaires de l'historien.

L'érudition, le goût des immenses et patientes recherches, qui avaient rendu possible l'entreprise historique d'Eusèbe, déterminèrent aussi son œuvre d'enseignement et d'apologie. iVous pouvons passer ici sous silence ses nombreux écrits d'exégèse relatifs à diverses parties de l'Ancien et du Nouveau Testament, l'Harmonie des quatre évangiles, \g5 Questions et Héponses au sujet des évangiles, la Topographie de l'Écriture sainte, le Traité sur la fêle de Pdgues, ouvrages dont il ne nous reste que des fragments et qui sont d'ailleurs d'une nature trop .spéciale'. Nous ne parlerons pas non plus de ses traités dogmatiques sur les questions soulevées parl'Ariunisme, ni do ses lettres, ni des homélies, d'aullienticité douteuse, qui lui sont attribuées '. Allons tout droit à ce qui est vraiment intéressant pour nous, c'est-à-dire à ses deux grands ouvrages apologétiques.

Le christianisme, dont le succès n'était plus contestable, avait-il décidément sa justificatioD aux yeux de la raison? Cette question, Kusèbe a eu le mérite do la dégager mieux que personne; et, en la discutant avec l'autorité de ses immenses connaissances, il a élevé l'apologie chrétienne à ta considération d'un des grands mouvements intellectuels et moraux de l'humanité.

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