Uardenhewcr, g H, S
jM,Googlc
Son entreprise apologftîque commence par la Préparation à l'Évangile (EjotyyeliX'À wpOTrapa'Txeu'/î), en quinze livres. EusJ;be se propose d'y établir que la raison commandait impérieusement aux hommes de se détacher du paganisme ; et, pour cela, il le passe en revue tout entier: théologie phénicienne, égyptienne, hellénique, oracles, philosophie. Ses témoins sont les païens euxmêmes, historiens, philosophes, moralistes, théologiens; quant à lui, il ne fait guère qu'assembler les morceaux qu'il extrait de leurs ouvrages; mais, tout en s'effaçant derrière eux, il poursuit sa démonstration, qui tend à prouver qu'ils n'ont pas vu la vérité ou qu'ils Tont empruntée aux sources juives. Celte ilémouslration faîte, la seconde partie de sa tâche i:ommen(;ait. Il l'avait accomplie dans la Démonstration df l' Évangile {^'i^y^t- Î.Lxr. (iTToSeiÇi:) , en vingt livres, dont les dix derniers sont perdus. L'objet propre de l'ouvrage était de montrer l'accord des faits évangéliqucs avec les proplirties. Procédant toujours par extraits, il y groupait les textes prophétiques de l'Ancien Testament autour des grands faits de l'Évangile, avec lesquels il les croyait en relation. Et il résultait de là pour lui une évidence qui lui paraissait de nature à convaincre tous les hommes de bonne foi.
Si le dessein d'Eusëbe a en lui-même quelque chose d'imposant, et s'il atteste une véritable largeur do vues, il faut bien reconnaître qu'il pèche étrangement dans l'exécution, tant au point de vue littéraire qu'au point de vue critique. Ces immenses assemblages d'extraits tiennent plus delà compilation que delà démonstration. Ce qui est do l'auteur lui-même est écrit sans soin, avec un laisser aller qui sent l'improvisation. Puis, son érudition même est plus spécieuse que solide : il prend de toutes mains, naïvement, les textes qui servent son dessein; il n'a ni méthode, ni doutes, ni intui-
Hi»t. it la Litt. grscqua. — T. V. 58
jM,Googlc
914 CHAP. VII. — li'ORIENT GREC AU IV* SIÈCLE
tion. Si nous sommes heureux de rencontrer dans son livre quantité de pag;osqui auraient péri sans lui, nous Bommes, en revanche, confondus do voir avec quelle conPiance il accepte les témoignages les plus suspect Une œuvre ainsi faite ne peut pas être appelée une grande œuvre. Par ses défauts évidents, clic se ratta^ che encore à la tradition confuse des apologistes antérieurs; mais elle les dépasse par l'ampleur des vues el par une certaine compréhension des choses, plus large et plus sereine, qui n'était possible qu'une fois la vic' toirc assurée., quand l'hellénisme commençaiL à desceU' drc dans le passé.
Vin
Avec Kusèbe.. nous ne sommes encore qu'au seuil du IV» siècle chrétien, et les traits qui vont caractériser la littérature chrétienne de ce temps n'apparaissent en lui qu'obscurément. Ce furent les grands débats relatifs à l'arianismc qui commencèrent à les dégager autour de lui, chez des écrivains ou des orateurs plus ardemment mêlés qu'il ne t'était aux luttes quotidiennes *.
Aucune des hérésies antérieures ne saurait être comparée à l'Arianismo pour l'importance historique : aucune n'ayait ébranlé le monde chrétien comme il l'ébranla. Cela tint en partie à des causes politiques, telle que l'organisation de ta société, ecclésiastique en ce temps, le rôle grandissant des ôvêquea et des conciles, l'extension de ta vie monastique, surtout l'intervention des empereurs, qui, devenus chrétiens, prétendaient gouverner le christianisme. Mais cela tint aussi à la nature même de la question soulevée. I-e gnosticisme du II* et du m' siècle, sous ses diverses formes, s'était
1. Rappelons ici l'ouvrngc connu île Villeinain ITabltau de l'Étoj. chrilitnne au tv* liècte. Paria, 1850), exposé brillant, mais supcrflciel, qui ne peut donner qu'une vne très incomplète du sujet traité.
jM,Googlc
L'ABIANISME OIÔ
complu dans une métaphysique abstraite, médiocrement intelligible à la masse. Mais, peu à peu, sous l'influence do la tliéologic savante du ni' siècle, on en était venu à sentir le besoin de définir avec précision les notions essentielles delà foi. C'était maintenant de la nature même du Christ qu'il s'agissait. L'Arianisme, poussant jusqu'au bout les doctrines que Lucien d'Anlioclie avait ébauchées au siècle prôci'deut, faisait du fils de Dieu une créature, et par conséquent tendait à restreindre la part du mystère dans la croyance fondamentale, l'ar suite, l'opinion d'Arius devait plaire à beaucoup d'esprits tempérés, qui, volontiers, auraient a rationalisé » la foi le plus possible. L'orthodoxie s'y opposa résolument : clic jugea qu'eu interprétant i;nal la tradition, l'arianisme faisait déchoir le Christ du rang où la révélation évangélique l'avait placé. l..a question ainsi posée ne pouvait manquer de remuer l'âme de tous les croyants. Pour les orthodoxes, c'était l'objet le plus cher de leur adoration qui était en péril, c'était te Dieu mémo de l'évangile qu'il fallait défendre contre des blasphémateurs. Mais pour les Ariens, c'était la raison qu'ils sentaient compromise par des affirmations téméraires; et, avec la raison, c'était la notion ni(^mc de Dieu, le monothéisme, pour tout dire, qui semblait compromis. En fait, il y avait là quelque chose de plus qu'un débat de théologiens : deux tendances d'esprit contraires étaient en présence, et le sujet qui les mettait en lutte était de nature à exciter des sentiments ardents. Comment une telle lutte n'aurait-cUo pas exercé son influence sur la littérature? De part et d'autre, it n'était plus possible de s'enfermer dans l'école. Il fallait agir, combattre, persuader tantôt les peuples, tantôt les évéques, tantôt les empereurs, solliciter, accuser, se défendre. En un mot, l'éloquence était appelée à renaître, parce que les causes qui la rendent nécessaire venaient de se reproduire
916 CHAP. VII.— L'ORIENT GREC AU IV* SIÈCLE dans une société où depuis longtemps elles avaient cessé d'agir.
Il est bien regrettable que les œuvres d'Arius aient disparu '. Cet bomnie qui agita tout l'Orient ne pouvait être un esprit vulgaire. Xé en Libye vers 260, ce l'ut dans les premières années du iv' siècle qu'au sortir de l'école de Lucien d'Antioche, il devint prêtre à Alexandrie. Vers 313.. et jusqu'en 318, il y prêche avec éclaf, et ses doctrines se précisent dans son esprit. Alors commencent pour lui les luttes et les misères. Alexandre, son évoque, et le diacre Atbanase s'élèvent contre riiérétiquc. Il est chassé d'Alexandrie, condamné en 325 par le concile deNicée et par Constantin, malgré l'appui d'un certain nombre d'évèques d'Orient; il vit pendant onze ans dans l'exil, en lllyrie; puis Constantin change de dispositions à son égard; Ariusest rappelé et va rentrer dans son église, lorsqu'il meurt en 33(î. Nous ne possédons plus de lui que deux lettres ^ Son principal ouvrage, intitulé le Banquet (Wàlew), a entièrement disparu'; eétail, à ce qu'il semble, un exposé de dogme plus populaire que savant * : Arius aimait en elTct à s'adresser au peuple, dans la pensée sans doute que la simplicité même de sa doctrine lui plairait, et il avait composé des chants populaires, où il énonçait ses opinions ^
1. Biographie d'Arius, TOir l'art. Arius, 11, dans Pauly.TV'issowa, Arius nous eal connu par los œuvres d'Alhanase et par les écri vains ecclésiastiques, notammeot Soiomène, Socrate et Philostorge.
£. Lettre i Eusèbe de Nicomédie (Ëpiph. Hér., 69, 6 ; Théodore), I, 5) ; Lettre à Alexandre, évêquo d'Aletandrie (Ëpiph.. C9, 7j.
3. Socrate, I, 9, 16; Sozoméne, I, 21. Voir llarnack, Gesrh. d. AUckr. LU., p. 33I.Ï.
4. Certaines parties en étaient chantées. Selon Athanase, Arîua y avait imité, quant au rythme, le poète Soiadès.
5. Chants de meuniers, de bateliers, de voyageurs (Pbiloslorge, ttht. eecL. II, i).
jt,Googlc