‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 436 sur 514 · DIODORE; THÉODORE DE MOPSUESTE · texte numérisé non relu

DIODORE; THÉODORE DE MOPSUESTE

reste malheureusement rien de l'ouvrage menlionné par Suidas sous ce tilrc : Différence de l'interprétation spirituelle et de l'allégorie (Tf; Sioitpof i Oiupiôt; xai £Kk-ti'^ pûtî); on ne peut guère douter que Diodore n'y eût exposé les principes do sa méthode. La tendance rationaliste, qui en faisait le fond, l'amena à formuler, sur la distinction do la divinité et de l'humanité en Jésus- Christ, des idées qui furent plus tard développées dans le Ncstorianisme et condamnées par les conciles.

Apres Diodore, le grand nom de l'école d'Antioche est celui de Théodore de Mopsuestc '.Nôà Antiochevers 350, il y suivit d'alwrd, dans sa jeunesse, les levons de Libanios, avec des vues toutes profanes. Puis, son condisciple, Jean Chrysoslômcj l'ayant attiré vers la vie ascétique, il se retira à vingt ans dans le cloître qu'avait institué Diodore et y étudia sous sa direction. Rentré quelque temps dans le monde, il on fut arraché de nou> veau par son ami. En 333, il était ordonné prêtre ; en colle qualité, il enseigna lui-même à Anlioche pendant dix ans. En 392, il est appelé à l'évèché do Mopsuestia, en Cilicie, où il réside désormais, pendant trente-six ans, jusqu'à sa mort en 428.

Écrivain fécond, comme son maître Diodore, Théodore avait composé, comme lui, une série de commentaires sur l'Ecriture, et, do plus, divers ouvrages de controverse théulogique, dont un grand traité en quinze livres Sur l'Incarnation. Il no nous reste de tout cela, outre les titres, que des fragments en grec, et un certain nombre de traductions latines ou syriaques. Le rôlo propre de Théodore, celui qui lui mérite une place, non seulement dans riiisloirc des dogmes, mais dans celle

1. Suidns. SiiSiupo; ; l'hollus, coil. *, B, 6. 3S, 81, 77, etc. ; Chrysost., Ad Theodorum lapsum, et, en outre, lettre 113. — 0. Fr. Fritzscbc, l)e Theodori Mopsuesleni vila et fyripiit commenialio, ll^lx, 1836 ; Uardcnlicwcr, J SG ; UatitToI, p. 20S-300.

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928 GHAP: VII. — L'ORIENT GBEG AU IV" SIÈCLE de la littérature, c'est d'avoir développé, avec logique et hardiesse, les principes d'exégèse et la tendance critique de son maître. Dans tin écrit perdu, dont le titre même n'est pas sur, il avait traité de l'opposition entre l'interprétation allégorique et l'interprétation historique {De allcgoria et historia contra Origenem, dans Facundus, Patrol. /al. , T.XVil, 602). Nul n'a été plus résolument opposé que lui aux chimères del'cxégèse par allégories. Mais sonralionalismenes'entenait paslù.II eut le jugement assez hardi pour nier qu'une grande partie des psaumes eussent en vue le Messie; il discuta l'inspiration de certaines parties des Kcritures ; il voulut même distinguer en Jésus-Christ doux personnes, pour éviter d'avoir à admettre qu'une personne divine eût pu souffrir et mourir. H fut ainsi l'initiateur direct du Neslorianisrae, el les conciles qui condamnèrent Xeslorîos le frappèrent en même temps d'anathème après sa mort. Pour les Nesloriens d'Orient, Théodore de Mopsueste est resté « l'cxégète » par excellence; et, pour la critique moderne, sa hardiesse fait de lui un des personnages les plus intéressants de ce temps.

Inférieur certainement en originalité et en étendue d'esprit aux deux docteurs d'Anlioche, Kpiphane est peut-être plus connu, grâce à ses ouvrages subsistants'. Xé en Judée vers 313, il se rendit savant dans les langues de l'Orient. Après un séjour en Egypte, il dirigea à Kleuthéropolis, non loin de Jérusalem, de 325 environ à 3C7, un cloître dont il fit un foyer d'études. Appelé e.n 367 à l'évéché de Constantia (l'ancienne Salamine) dans l'île de Cypro, il y résida jusqu'à sa mort en 403. L'Origénisme n'eut pas, au iv* siècle, d'adversaire plus acharné que lui. Ardent h en poursuivre la trace,

1. S. Jérâme, De vir. ill., lU ; Suidas, 'Enif àviot ; Pholius, tod. 12S et 1£3- Bardenhewer, % Si; BatilTol, p. 301. Voir augsi Aag. Thierry, S, Jean Chrysoalôme.

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il fut en lulle avec Chrysostome lui-même, dont la doctrine ne lui semblait pas assez pure. 11 ne combattait pas moins vivement l'Arianismo et l'Apollinarisme. Pendant sa longue vie, toute son activité et son érudition se dépensèrent à la défense passionnée de l'orthodoxie. En 374, il composa un traité dont le litre bizarre ('Ayxufwni, proprement Solidement ancre) équivaut à peu près à celui-ci, VOrthodoxie assurée : nous le possédons encore. Mais son principal ouvrage, c'est celui qu'on appelle ordinairement la Réfutation des hérésies (Contra haereses; en grec, Ilxydïfiov ou llxvifix, proprement la Bûche), composé do 374 à 377. L'auteur, dans un exposé complet et facile, mais mal écrit, y passe en revue quatre-vingts hérésies, dont vingt antérieures à J.-C. : sous ce nom, il comprend les diverses philosophies de la Grèce ainsi que les sectes juives, ce qui donne à son livre un sérieux intérêt historique i. D'ailleurs, s'il a beaucoup lu et beaucoup extrait, il ue faut lui demander ni critique, ni étude approfondie et personnelle. Il y avait en lui plus do zèle que de véritable intelligence et quo de talent.

Ces divers docteurs ont détourné un instant notre attention de l'éloquence, que nous avions vue apparaître dans le christianisme grec avec Athanasc. ?ious allons la retrouver, plus brillante et plus achevée, chez les grands hommes de parole et de pensée dont nous avons maintenant à nous occuper.

C'est à la province de Cappadoce, longtemps considé-

1. La partie du Fanarium relatîTa au\ philosophes gteca a. été extraite et publiée à part par Dieis dans ses DoJographi graei, Berlin, «1879.

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rée comme une région presque barbare, qu'échut, dans la seconde moitié du iv* siècle, la primauté du génie et de l'actioD religieuse. Elle s'était hellénisée lentement, mais profondément. Sa métropole, Césarée, autrefois simple bourgade sous le nom de Mazaca, était devenue une des grandes villes de l'empire, remarquable par ses écoles. A la longue, sa populationj un peu lourde, mais vigoureuse, s'était affinée, sans perdre ses qualités natives. Et elle gardait, sous les formes de la civilisation vieillie qui régnait dans tout l'empire, une sève de jeunesse, plus saine et plus féconde. L'Arianisme fut là, comme dans le reste de l'Orient, un ferment actif, qui, vers le milieu du siècle, y mit en mouvement les pensées et les passions. Pour la défense de l'orthodoxie, trois hommes remarquables s'y distinguèrent entre tous : au premier rang, Basile le Grand et son ami Grégoire de IVazianze; au second rang, le frère de Basile, Grégoire de Nysse.

Né à Césarée, probablement en 331, Basile était issu d'une riche et ancienne famille chrétienne '. Dans son enfance, il subit l'influence profonde de sa grand'raère, Macrina, et, par elle, reçut la tradition des enseignements religieux de Grégoire le Thaumaturge. Un peu plus tard, il se rendit auprès de son père, qui tenait alors , l'école de rhétorique à Néocésarée, dans le Pont; c'est là que se fît sa première éducation intellectuelle. Jeune homme, il revint, pour se perfectionner, & Césarée. Puis,

I. Sur S. Basile, courtes notices de JérÛme {De oir. illiutr., ilS) et de Suidas, BaoiX'io;. Divers reDaeignemenls dans Photius, cod. 146, 143, 191 et passiin. Les principales sources bioeraphiques sont les Élo;/ei funèbres dus à Grégoire de Nuzianze o( à Grégoire de Nysse ; quelques passages des liislorieus ecclésiastiques, enDn la correspond an ce de Basile lui-même. — Études modernes : Fialoa. Élude historique et iUlti-aire sur S. Basile, S« édit., Paris, 1869: Bardonlicwer, J 49; BatifToI, p. 28(.

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comme il visait à devenir lui-niémc professeur d'éloquence, il se rendit d'abord h. Conslantinople, et bientût à Athènes, où il semble avoir fait un assez long séjour, de 354 à 339 environ. Il put y entrevoir Julien; et il s'y lia d'une amitié étroite avec Grégoire de Ifazianze, un peu plus âgé que lui, qu'il avait déjà connu & Cesarée. Fréquentant les mêmes écoles, ils entendirent ilîmérios, dont la gloire commeni^ait, et Libanios, avec lequel Basile resta lié dans la suite, comme l'atteste leur correspondance. De retour en son pays, il semble y avoir débuté en qualité do professeur d'éloquence. Mais, presque aussitâl, et malgré ses succès, il se dégoûta de cette science apparente qui lui semblait folie : son âme, ardente el sérieuse, avait besoin de se donner à Dieu.

Pour s'y mieux proparer, à peine baptisé par l'évèque Dianos de Césarée, il va visiter la Syrie et l'Egypte, où llorissaîl la vie monastique sous ses diverses formes. Mais, en homme d'initiative et d'autorité, non content de regarder, il se fait un plan à lui, qu'il va mettre aussitôt en application. Dès son retour, il commence à organiser, dans le l'ont, des communautés religieuses, auxquelles il donne l'exemple et la règle. Ce sera l'une des œuvres principales de sa vie. La vie monastique répondait à un des besoins du temps : elle allait prospérer, grâce à son impulsion, en Asie Mineure, comme elle avait fait déjà en Egypte et en Syrie, mais sous une autre forme. Ordonné prêtre en 364 parEusèbe, évèque de Césarée, il s'établit auprès de lui, et malgré les dissentiments violents qui les séparent un instant, Basile lui impose l'inlluencc de sa supériorité. Pendant six ans, il est son conseiller, et gouverne sous son nom '. D'une

I. Grég. de Naz., Étoge fuit, de S. Basile : < 11 ëtail toul pour lui, un bon conseiller, un auxiliaire habile, un exégèle des saintes Écritures, l'interprète de ses deTolrs, le bâton de sa vieillesse.

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part,, il continue l'œuvro qu'il avait entreprise, fonde des hospices, des maisons de refuge, des monastères dont il entretient et dirige l'activité, pratique et organise la cliarité, remédie même aux maux de lafaminc en 3G8 ; de l'autre, il combat, par ses écrits et ses missions, les tentatives de l'Arianisme, appuyé par Valens.

En 370. Eusèbe meurt. Basile, par son caractère décidé et autoritaire, par son activité incessante, s'était fait des ennemis en même temps que des partisans. Après une élection difficile, il est nommé à la place d'Eusèbe, grâce surtout au vieux Grégoire, évêque de >azianze, et père de son ami. Dès lors, métropolitain de Cappadoce, exarque du Pont, il exerce, pondant huit ans, une souveraineté ardue, au milieu des luttes et des dangers. Tantôt énergique, tantôt habile, îl défend sa juridiction contre l'évèquc de Tyane, Anthime, après le partage de la Cappadoce en deux provinces. Il se sert de l'évilquo de Sébasle, Eustathe, pour combattre les Ariens, sauf à le ménager dans sa tendance au Macédonisme. Souple et caressant, quand il le faut, il est inflexible en face de l'empereur Valens et du préfet Modestus, auxquels il tient tète, au péril même de sa vie. C'est lui qui, après la mort d'Athanase, en 373, devient vraiment en Orient le soutien de l'orthodoxie. Malgré sa faible santé, il s'épuise à lui cbercher des défenseurs, correspond avec les évoques d'Orient et d'Occident, excite les tièdes, organise la résistance, prépare l'action des conciles. Quand il meurt à quarante-neuf ans, le 1" janvier 379, il a pu accomplir l'œuvre d'une longue vie.

La collection subsistante des écrits de Basile comprend : — i" Deux ouvrages dogmatiques : le traité Contre Eunumios ( 'AvxTpîTïTixôç toC 'AsoXoyïitixoù tov

l'appui de Ba fui, plus si^r que loua les clercs, plus eDtendu ea afiairea que tous les laïques, *

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