BASILE
ivttat^a-Ji EùvojAiou), en trois livres, auxquels sont ajoutéa deux livres complémentaires, qui no semblent pas être de lui; le traité Sur le Saint-Espril {lUf-.ro^ 'AyîouIIviO- (utTo;) ; — 2* Une série A'Bomélies, parmi lesquelles les plus remarquables sont Y Hexahémêrnn (ncufdiscours sur l'œuvre des six jours), quinze Sur les Psaumes, les discours Contre les usuriers (Kavà toxiCôvtuv) ot Aux jeunes gens sur la manière de tirer profit des auteurs profanes (tlpôî toùî véou; ôita; ôw îÇ iX>,iwix<5v wipiXortTO Xô^wv), le Panégyrique de sainte Julilte, et un certain nombre d'autres homélies sur des sujets de morale ; — 3° Les écrits dils axcétiques {'^'^tifixi), entre lesquels on distingue, sous le nom de Règles développées ('Opoi »aTi TcXatTo;) et de Règles abrégées ("Opot xax' fet-Kutr,»}, deux recueils d'instructions pratiques adressées aux moines; — 4" Enfin un recueil de Lettres, au nombre de trois cent soixante -cinq, écrites la plupart pendant son épiscopat, de 370 à 379, qui constituent un des documents les plus intéressants pour l'histoiro du iv' siècle. — Basile avait publié, en outre, bon nombre d'autres ouvrages qui sont perdus, notamment un Traité contre les Manichéens, et des homélies, qui embrassaient presque toutes les parties des Écritures. Un certaia nombre d'écrits qui lui sont attribués, en dehors de ceux que nous avons nommés, sont suspects ou apocryphes '. Do même qu'Athanase, mais à un degré supérieur, Basile est, par tempérament, un orateur: et, comme la nature chez lui était plus riche et plus souple, comme, en outre, l'éducation profane avait été bien plus prolongée, il l'est avec une tout autre variété. Mais, si diverses que soient les formes dû sa parole, on y retrouve toujours, comme caractère dislinctif, avec l'érudition
1. On ne peut compter parmi ses ouvrages la Philocalia, sim|ile recueil d'extraits d'Origéae. que Basile forma avec bod ami Grégoire de Nazianze.
934 CHAP. VII. — L'ORIENT GREC AU IV* SIÈCLE facile et pourtant choisie, un don propre de persuasion et de séduction, fait de clarté, d'invention ingénieuse et charmante, d'intelligvnce nette, d'imagination vive, de chaleur d'âme et d'autorité naturelle.
Résolument attaché, decncur ot de raison, à une orthodoxie déjà très arrêtée, il n'a pas eu l'occasion de montrer, en matière de philosophie, une grande puissance de recherche ou de combinaison. Toutefois, dans les problèmes toujours discutés de la théologie contemporaine, son esprit est singulièrement habile à discerner les nuances, à maintenir contre de subtiles tentatives les positions prises, à éclaircir les formules où subsistait encore quelque équivoque, à préparer même les définitions nouvelles. Nourri de philosophie grecque, en particulier des doctrines de Platon et de celles de Plotin, il s'en sert sans s'y laisser assujettir, en leur imposant la forme chrétienne, avec une dextérité et une fermeté de sens remarquables '. Il a donc tout ce qui fait le théologien; et il y joint, dans les matières les plus abstraites, un talent d'expression vraiment hellénique.
Mais c'est surtout dans la prédication que se révèlent toutes ses qualités '. Son Hcxahéméron a été justement considéré comme un chef-d'œuvre en son genre ; et il est certain qu'aujourd'hui encore, si étrangesqu'cn soient pour nous tes explications physiques, ces discours ont un charme intime qui ne s'est point dissipé. Basile s'y adresse à un auditoire dans lequel se trouvaient beaucoup de gens simples, artisans ou petits marchands, curieux d'apprendre, mais peu cultivés : il leur explique la Genèse. Son dessein est avant tout de les instruire. Il cause avec eux, familièrement, mais non sans autorité. Il va
ï. A. lahn. Baailiui Plofiniian$, Berne, 1339. S. L. Houx, Élude lar la prédication de BaaUe le Grand, Strasbonrg, ISST.
au devant de leurs étonnements, provoque au besoin leur curiosité, leur signale lui-même les diUîcultés, leur fait prévoir les objections que les païens pourront leur proposer à propos do ces textes ; et, se mettant à leur portée, il leur rend raison de tout. Point d'allégorie : tout, dans le récit bibliquo, doit être pris h la lettre, tout y est réel. Sa science naïve méprise les recherches des savants et ignore leurs doutes : elle a, sur des points difficiles, des explications d'enfant; mais cite est charmaote par sa sincérité, par ses ressources d'invention, par la manière ingénieuse dont elle arrange tout, par le sentiment qui l'anime. Le spectacle de l'univers émerveille l'orateur, soit par sabeauté, qu'il décrit en poêle, soit par l'adaptation des moyens à certaines iîns dont il croît découvrir le secret. Il y a en lui du Fénelon et du Bernardin do S. Pierre, en bien comme en mal : une éloquence naturelle, douce, chaude, colorée, parfois élevée, et, avec cela, une ingéniosité oonGante.. qui fait sourire. Les plus petites choses lui sont sujet d'admiration; il y voit des intentions qu'il note avec bonheur. Si la tige du blé est géniculée, c'est qu'elle doit supporter le poids de l'épi; si celle de l'avoine ne l'est pas, c'est qu'elle ne risquo point de plier aous sa panicule légère. Les barbes de l'épi ont leur raison d'être, elles servent à tenir à distance les insectes nuisibles <. « Tout, s'écrie l'orateur, contient une sagesse cachée », ndhrrs i-jlii Ttyix (TOfîxv xiTÔpp^iTov. Mais ces petites choses ne l'empêchent pas de voir les grandes ; et il y a du ravissement dans la peinture qu'il fait du monde sortant des mains de Dieu et tout couvert d'une végétation luxuriante. L'inspiration venue de la Bible s'unit tout naturellement, dans ses développements lyriques, à la grâce délicate et spirituelle de la Grèce ancienne.