‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 475 sur 514 · Uarlnos, Vie de Proclot. 2S · texte numérisé non relu

Uarlnos, Vie de Proclot. 2S

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1030 CHAP. VIII. — LA FIN DE L'UELLÉNISME Nestorios, Plutarque, qui, à la (ïo du iv" siècle, enta vraiment la nouvelle écolo sur l'ancienne '. Son enseignement eut en offet une action décisive, A la fois raisonneur et rêveur, exégète infatigable, en commentant Aristote et Platon sous l'influence des idées de Plotin, de Porphyre et de Jamblique, il rétablissait dans l'enseignement l'autorité de la dialectique, en même temps qu'il y consacrait celle de la spéculation mystique. Du reste, Plutarque, n'ayant à peu près rien laissé de durable, n'appartient à l'histoire littéraire que par son influence *.

Après Plutarque, qui meurt on 431, la série des cbefs d'école ou « diadoques » s'étend, à travers toute la lîn du V" siècle et le premier tiers du vi", jusqu'à la fermeture de l'école ordonnée par Justinien en 529. Ces chefs sont, dans l'ordre chronologique, Syrianos (de 431 à 438, environ), Proclos (de 438 environ à 485), Marinos, Isidore, Hégias, Damaskioa enfin, qui enseignait au moment où l'école fut fermée. Nous devons les distinguer spécialement. Mais quelques autres, à côté d'eux, sans figurer dans cette succession officielle, méritent de n'être pas complètement passés sous silence.

Au début du v» siècle, un des disciples de Plutarque, Hiéroclès, d'Alexandrie, doit être signalé tout d'abord commo un des esprits les plus modérés et les plus fermes du Néoplatonisme à son déclin '. Quelques-uns de ses écrits nous sont connus incomplètement par des es-

1. SnidaB, nXovTipzec Ndiropiou. Marinoa, pass. cilé. — Zeller, Phil.d. Gr., t. V. p. 7*9-753.

S. 'EfpB+i jtoiW. dit Suidas. Il est cilé assez souvent par Proclos, Olympiodore, Simpllcius. Philoponos. Fragments dans Olympiodore, in Phad.. p. 12* et llS Finckli.

3. Suidas, 'hpox^c Né à Alexandrie, il vint à ConstantiDopl». tut traduit en jugement, sans doute pour ses opinions, frappé àe verges et exilé. Il paraît avoir enseigna dans sa ville natale pendant la première moitié du t* siècle, avec un grand snccés.

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traits ou des fragments ' : un seul, le commentaire sur les Vers «for pythagoriciens, nous est parveou dans son intégrité ; remarquable par ia simplicité du langage, il se fait goûter aussi par l'élévation morale, par la sincérité du sentiment religieux *.

Bien plus important par le rdle qu'il joua dans l'école est Syrianos, disciple lui aussi de Ptutarque, auquel il succéda vers i3l comme chef d'école. Nous ne savons presque rien de sa vie ni de sa personne*. Proclos, qui fut son élève, parle de lui avec une vénération enthousiaste. Il se plaît à dire qu'il lui doit tout ; il le représente comme une sorte de révélateur inspiré *. Syrianos, selon l'habitude de l'école, commentait devant ses disciples les traités d'Arietoto et ceux de Platon ; la lecture d'Aristote était comme une première initiation, comparée aux « petits mystères »; celle de Platon constituait l'initiation finale et complète, la révélation vraiment divine. Le mérite du maître était d'y découvrir, devant ses fidèles éblouis, des profondeurs de spéculation qu'ils ne soupçonnaient pas. Un commentaire littéral, serrant le texte de près, aurait paru à ces esprits exaltés pauvre et froid. On savait gré au professeur de se transformer en hiérophante, on le suivait avec une admiration enthousiaste dans ses aperçus de haute spiritualité, dans ses effusions mystiques, comme aussi dans les développements subtils où il

I, Pbotius, cod. 2t4. analyse son traité ntp\ itpovoia<. Divers morceaux d'aulres ouvrages cie lui figurent dans le Florilège île Slobée. — Sur la doctrine de Hiéroclés, voir Zeller, t. V, p. 753.

!. Éd. Mullaoh-Diiiot, Fragm. Pkil. Gr., t. I, p. 408.

3. La notice de Suidas (£upiavd() donne simplement une liste de ■es écrits.

i. Proclos, Plat. Theol., p. 216 : Ka\ iixpaliSunKv f,[iîv Toi< iauxoû {iiSna'.; £i[TxpiEu|iivT,v TTiv nipl aùifit (il s'agit de ii eùpavoO ^nailtia) Hrfinaf- Ibitl., p. 20 1 ■Av i,^xtp<ti {iriii&va. tbv ù( i)ii]tùc ^JiK^ov, E< «pb; tôv Ql.iTidva SiifipÂvTu; MtéZ"*--. etc. : et ailleurs (in Tint., 315 B) : ôivuSiv ùo-nip Biro Tuoitiî; ta ovra Siw[itvo;.

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montrait comment les doctrines de Pythagore, de Platon et d'Aristote s'accordaient avec les révélations d'Homère, d'Orphée et des Oracles. Toutefois, Syrianos, à ce qu'il semble, suggéraitplus d'idées neuves qu'il n'en inventait lui-même. Sa part personnelle dans la doctrine néoptatonicienne parait avoir consisté surtout en ce qu'il établit encore plus de dislini^tions et de divisions que ses prédécesseurs dans la hiérarchie des êtres, préparant ainsi l'organisation définitive du système qui allait s'achever entre les mains de son successeur. Ses écrits, probablement nombreux, étaient des commentaires sur les principaux ouvrages de Platon. Nous ne les connaissons plus que par les citations et témoignages qui abondent dans les œuvres de Proclos'.

Le plus puissant de ces rêveurs subtils fut incontestablement Proclos ; ce fut le seul parmi eux qui fit preuve de génie. Depuis trois siècles déjà, le Néoplatonisme cher* chait sa forme définitive. Plotin, après AmmoDios Saccas, en avait posé les principes et institué la méthode ; Porphyre, avec sa science, l'avait enrichi, documenté, consolide et vulgarisé; Jamblique y avait introduit un élément important de rêverie mystique et de spéculation subtile; Proclos condensa tout cela, en précisa les détails, et organisa le tout on un vaste système. Ce qu'il ne put pas faire, ce fut de rendre la vie à des théories qui avaient perdu depuis longtemps le contact vivifiant de la réalité *.

Issu d'une famille riche deXanthos en Lycie, Proclos

1. Sur la philosophie de Syrianos, conauller Zeller, Ph. d. Gr., t. V*, p. 159-774. — La iiste d'écrits donnée par Suidas est fort suspecte, car elle est en partie la même qae celle qui figure ailleurs ■OUB le nom de Proclos. Les œuvres de rhétorique de Syrianos ont été mentionnées plus haut (p. 934) : ce sont des commentaires ■nr Uermogéne, qui ont été publiés par Hugo Rabe dans la Bibl- Teubner (Sjriani in Bermogenem eommmduTa, Leipzig, 1894).

ï. Zeller. Phil. d. Gr.. t. V3, p. 774 et suiT.

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naquit à ConstantinopIeeD 410*. Au dire de son disciple Marinos, il avait pour lui tous les avantages extérieurs, beauté, saalé, fortune ; it étudia d'abord la rhétorique eo vue des emplois civils, voulant suivre soa père Patrikios dans la carrière déshonneurs; mais sa vocation philosophique ne tarda pas à se prononcer. Il suivit à Alexandrie les leçons aristotéliciennes d'Olympiodore, puis vint à Athènes, un peu avant i30 ; là, il fut accueilli comme un fils par le vieux Plutarque et par Syrianos, qui l'initièrent à leur philosophie. Plutarque ne tarda pas à mourir; Syriaoos fut alors son véritable maître. Après avoir vécu dans sa familiarité et s'être pénétré de ses enseignements pendant une dizaine d'années, Procios lui succéda vers 438. Devenu ainsi chef d'école, il se donna tout entier è son enseignement pendant près de cinquante ans *. Absorbé par la réflexion et l'étude, il ne réservait que quelques heures au sommeil ; le reste de son temps, il l'employait à méditer, à écrire, à s'entretenir avec ses disciples ou à commenter devant eux ses textes préférés. Il avait refusé de se marier pour n'être distrait de la philosophie par aucun souci. C'était un ascète ', toujours plongé dans la haute spéculation ; mais bon, accueillant, séduisant même par son charme personnel, et qui inspirait à son entourage une vénération affectueuse. Sa santé resta bonne, malgré ses austérités, jusqu'à l'âge do soixante-dix ans ; puis, elle déclina

I. Nous avons une biographie détaillée de Procloa, due ft son sncceBsenr Marinoe. Boisaonade l'a pDhliée k la suite du DIogjne Laërce de la BIbl. Dldot, Parla, 183D. Notice de Suides, IlpdiXoc i

i. Il dut Bsulement quitter Athènes une année pour échapper aux mnnaces de persécution. Il ae réfugia en Lydie, mais revint à ■on école dès que les passions furent apaisées. Marinos, Proclo»,

Ch. X7.

3. Sur ses abstinences, ses jeûnes, ses pratiques de dévotioas, Toy. Marinos. Pitxlot, ch. xix.

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1084 CH\P. VIII. — LA FIN DE L'HELLÉNISMK pendant les cinq dernières années de sa vie: il mourut en 185, âgé de soixante-quinze ans.

Proclos enseignait presque sans préparation. Ses pensées sortaient, pour ainsi dire, de l'abondance de ses médilations incessantes. Sa parole était facile et comme inspirée. Quand il exposait ses idées, ses regards brillaient d'un éclat extraordinaire, tout son visage semblait éclairé. Ses disciples croyaient sentir en lui la présence de Dieu ; un jour même, un grave personnage, qui l'entendit par hasard, affirma qu'il avait vu autour de sa' tête une lueur divine '. Maître et auditeurs vivaient entre ciel et terre, dans une atmosphère illuminée.

Proclos écrivait comme il parlait, vite et beaucoup. Ses écrits étaient surtout des commentaires sur Platon. Beaucoup sont perdus; mais quelques-uns des plus importants nous restent et permettent de juger des autres *. Les plus intéressants sont : les Eléments de théologie (Stoi/sfwrt; ^tnXn-^vm) ', ouvrage de jeunesse, où l'auteur résume en une série de formules, fortement liées et coordonnées, la théologie de Plolin et de Porphyre ; les commentaires Sur la République de Platon, en quatre livres, texte incomplet; Sttr le Timée, écrit par Proclos à vingt-huit ans; Sur le Pamiénide, œuvre de sa maturité; \e XTÙlé Sur la théologie de Platon; enfin les Objections aux chrétiens, dont Philoponos noua a conservé quelques parties dans sa réfutation. Nous possédons, d'autre part, six Hymnes S débris de l'œuvre

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