HISTORIOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE
V" siècle. Au vi* siècle, le déclin est déjà bien plus seusiblc. Kt ce n'est peut-être pas seulement parce que la culture générale s'abaisse, c'est aussi parce que les plus beaux sujets sont épuisés. L'histoire de l'Kgiise, après iôa. est loin d'offrir le même intérêt que dans la période antérieure. L'Arianisme avait été un grand mouvement, non seulement religieux, mais politique. Le Monophysilisme, le Nestorianisme ne sont plus que des disputes de théologiens.
Nommons seulement Eustathe d'Kpiphanie en Syrie, auteur d'une chronique perdue qui allait jusqu'à o02; Théodose, dit le Lecteur ('Xtiyvé'Ptr,^), qui vers 330. continua, dans un récit en deux livres, l'histoire de Socraté, de Sozomène et de Théodoret jusqu'à l'année o27 ; Zacharîe, le Rhéteur ou l'Avocat, plus lard évéque de Milylène, en û36, qui conduisit un récit analogue de 450 environ jusqu'à 518; il ne subsiste de leurs «euvrea que des fragments ou des traductions <. — Le seul historien marquant de ce temps est Kvagrios '. Ne à Epiphanie do Syrie vers 536, avocat à Anlioclie. questeur sous Tibère II (578-382), mêlé aux affaires religieuses comme conseiller du patriarche Grégoire d'Antioche au lenips du concile de Constantinople de 588, préfet lionoraice sous l'empereur Maurice (582-620), il mourut à Anlioche vers la fin du vi* siècle. Celte vie active lui permit de mieux connaître les hommes et la politique. Comme historien, ila mis à profit celte expérience. S'élaot proposé, selon ce qu'il déclare dans sa préface, de continuer, lui aussi, Socrate, Sozomène et Théodoret, il écrivit une Histoire eccUstastû/ne ùtv six livres, qui va de 431 à 594, Bien informé et sincère, Évagrios, sans modifier d'ailleurs la métliode de ses prédécesseurs, se montre supé-
rieur à eux par la valeur, tant historique que littéraire,
de son récit. D'autres ouvrages d'histoire qu'il avait
posés De sont pas venus jusqu'à nous '.
vec Evagrios finit, à proprement parler, l'iiistorio-
hie grecque ecclésiastique. C'est le temps, comme
1 l'avons vu, où finissait aussi l'historiographie
que profane. D'un coté comme de l'autre, nous ahou-
ns aux rédacteurs de chronologies, à Jean d'Antio-
à Jean Malalas, nommés plus haut, et, au-delà en-
, à la litlératurc historique des moines byzantms.
y a plus assez de culture d'esprit, plus assez de
! de pensée dans le monde grec, pour qu'il s'y
ontre ni des écrivains capables de constituer un
solide, ni des lecteurs capables de s'y intéresser.
: même aiïatblisscment progressif se manifeste dans quence religieuse et dans l'exégèse. Le v' siècle a re en ce genre d'assez grands noms, mais il en a ; comparé au siècle précédent, son infériorité est ,antc. Le vi» siècle et les suivants s'enfoncent dans curité.
i iv* siècle, l'éloquence religieuse avait été brusquet comme soulevée de terre et portée très haut par auses qui ont été signalées ci-dessus. Au v» siècle, profile encore de la force acquise, mais elle n'a plus ème élan. Les grands évèques du iv" siècle, quel fût l'emploi qu'ils fissent de leur talent, apologétidiscussions théologiques, homélie morale ou exé-
tardenhewer, Palrol..%8i,3.'L'Histoireeccléiia>lique &fi;\ire dans ;ueil de H. de Valois, texte reproduit dans Mignc, Palrol. gr., XXVI. Édition séiiarét, d'après la même recension critique.
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ÉLOQUENCE RELIGIEUSE ET ESËOËSE 1055 gèse; créaient vraiment des genres nouveaux, ou portaient les anciens à leur perfection. Au v* siÈcle, les mieux doués ne font plus que continuer des traditions, que suivre des exemples ; ils n'ont plus et ne peuvent plus avoir ni le même essor ni la inémc originalité créatrice. D'ailleurs, la situation est moins favorable littérairement. Le paganisme n'a presque plus d'existence sociale, plus de force de résistance ouverte. Les discussions se resserrent entre orthodoxes et hérétiques. De plus, elles perdent en importance réelle, bien qu'elles excitent toujours les mômes passions. La tendance rationaliste qui périmait encore sous l'Arianismc est définitivement vaincue. 11 ne s'agit, dans le Nestor ianisnie ou l'Eutychianisme, que de vues théologiques particulières, qui, acceptées ou rejetées, ne peuvent changer lo caractère essentiel de la croyance. L'enseignement même de la morale chrétienne n'a plus les mêmes stimulants; car te christianisme élimine peu à peu de la vie sociale l'élément païen, de telle sorte quo la contradiction latente diminue chaque Jour. EnQn, tes thèmes d'enseignement moral sont constitués, comme aussi ceux de la dévotion. On n'a donc plus les màmes efforts à faire, et, comme il arrive en pareil cas, dès que l'intelligence cesse de créer, elle s'alfaiblit, en raison de ses ressources mêmes.
Deux noms seulement sortent du commun au v^ siècle, dans l'éloquence, la polémique, ou l'exégèse religieuses; ce sont ceux de Théodorot et de Cyrille d'Alexandrie. Montrons brièvement ce qui fait leur supériorité ; nous grouperons ensuite autour d'eux tous ceux qui n'ont qu'une importance secondaire.
Cyrille naquit probablement à Alexandrie vers 380 '. i. Nous n'avons jias ili' nulicc sur Cyrille. Voir Pholius, cod.
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Nous ne savons rien de précis sur sa famille ni sur sa ^ssc. Kn 404, nous le trouvons, en qualité de diacre, :ôlés de son oncle, le patriarche Théophile d'Aidrie, qu'il accompagne à Constanlinople: il l'asâu conciliabule du Chêne, qui dépose Jean Chryrne. A la mort de Théophile, en 412, Cyrille lui
de comme patriarche d'Alexandrie, après une élec- |ui semble avoir été violente. Socrate le représente le dur et autoritaire; il l'accuse d'avoir trempé l'assassinat d'Ilypatic en 415. Nous ne sommes en mesure ni de vérifier ses assertions, ni de les ;r. La dureté de Tliéophile à l'égard do Chrysos-
laisse au moins planer sur Cyrille, associé à lui, oupcon d'intolérance. 11 ne consentit lui-même
417 à recevoir le nom de l'illustre banni dans les quesde son église.
[)s les quinze ou seize premières années de son pa-
at, il paraît surtout occupé îi combattre les >'ova-
les Juifs et les .\riens. Puis, en 429, éclate la' le dispute théologique du Nestorianisme. Neslorios, irchc de Conslantinopic, développant les enseigoe- 5 de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsucste, le qu'il y a en Jésus-Christ deux personnes dis-
s, l'une divine, l'autre humaine. Une partie des les d't)rient, notamment Théodorot et Jean d'An- ;, se rallient à son opinion. Cyrille se fait le défenïrdent du sentiment contraire, \estorios est coaé au concile de Rome, en 430, et Cyrille reçoit du
Célestin mission de représenter l'orthodoxie au le d'Kphése, en 431. Il y porte douze anathèmes, a formulé la doctrine à condamner, et il tes y fait
E9. Son râle public esl raconté par ks historiens ecclésiasli- ;oDBuUer aussi ses lettres. — J. Kopalljh, Ci/rilla» von Àlexanbiographie d'après les sources, Mayence, iVH. Voir BardeO' . Palrol., \ 59.
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CYRILLE D'aLESANDBIE 1057
sanctionner, malgré l'opposition des amis de Nestorios. Ceux-ci résistent encore. Cyrille tantôt les presse d'arguments, tantôt négocie avec eux. En 433, il leur fait signer une formulo d'union qui met fm ofltcioUement au schisme. Malgré cela, il continue à combattre ce qui peut subsister de résistance avouée ou inavouée, consciente ou inconsciente. Son rôle en face du ^'eslorianisme est fort analogue à celui qu'Athanase avait tenu au siècle précédent en face de l'Arianiame ; avec cette grande ditféwnce, toutefois, que Cyrille, appuyé par l'autorité impériale, n'a point d'exils à redouter, point de persécutions à subir. Tout entier à sa tâche, il la poursuit pondant dix ans encore après la réconciliation de 433, et meurt en 444, ayant occupé le siège épiscopal d'Alexandrie pendant trente-deux ans.
Se.s écrits très nombreux, bien qu'aujourd'hui incomplets', peuvent se répartir en trois groupes, selon la nature des sujets qu'ils traitent; i° apologie générale de la religion chrétienne ; 2° discussion des opinions hétérodoxes, en particulier du Nestorianisme ; 3° exégèse, prédication et correspondance.
Le premier groupe est représenté pour nous par la Défense du Christianisme contre Julien, que nous avons eu déjà l'occasion de mentionner. Cette défense comprenait trente livres, dix pour chacun de ceux qu'M réfutait. >'ous n'avons plus que les dix premiers, correspondant à un seul livre de Julien . C'est une œuvre d'argumentation serrée, savante, toujours ingénieuse, alors même qu'elle élude t'attaque,et loyale en ce sens qu'elle n'affaiblit pas les objections pour en triompher. Soq plus grand tort logique est de recourir sans scrupule
1. La aeule éilition comprenant toutes les ceuvres est encore celle du chanoine Aubert, 1 vol. in-rolio, Paris, 1638. Ette a étâ complétée par A. Mai et reproduite avec ces compléments dans la Pali-ol. grecque de Migne, t. LXVIII-LXXVIL
Hiit. de la Litt. gracqua. — T. V. C7
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1058 CUAP. VIII. — LA FIN DE L'HELLÉNISME & l'explication par l'allégorie et de ne vouloir rien concéder à l'adversaire ; son tort moral est de l'injurier.
Le second groupe, comprenant tous les Écrits cooire les Ariens et surtout contre les Nestoriens, est de beaucoup le plus important. Nous ne pouvons les éoumérer ici complètement- Mentionnons seulement les plus connus : les deux grands ouvrages .Sur ia Trinité, qui visent surtout les .\rieDs; les trois Adresses sur ia vraie foi, dédiées à Théoclose II, à ses sœurs et à sa femme ; la Réfutation de Nestorios, en cinq livres; VApotogie des douze propositions ; le traité Sur V Incarnation du Verbe divin; écrits dirigés contre le Nestorianisme '. Cyrille n'y montre dialecticien tenace, abondant, doué d'une force logique incontestable, sachant découvrir el dépister tout ce qui peut servir l'opinion adverse, habile à se servir des textes, à en dégager te sens selon ses vues, à l'imposer, tant par le raisonnement que par l'autorité de la conviction.il a de la force cl aussi de la souplesse. Il esL habile, tout en étant pressant et inflexible sur les opinions essentielles.
Le dernier groupe est le moins bien conservé. Il comprend un certain nombre d'Bomélies, des Commentaires fragmentaires sur diverses parties de l'Ancien el du Nouveau Testament, enfin un recueil de 88 lettres '. Les qualités de l'esprit de Cyrille s'y rctrouveul naturellement; mais son originalité n'est pas là.
L'intluence exercée par Cyrille est la meilleure preuve de son génie. Dans les questions de dogme soulevées au V' siècle, c'est lui qui a fait prévaloir ses définitions. Il a trouvé les formules qui ont été acceptées par les con-
1 La iilupart de ces écrits ont ôlô âdités par Pusey, Oiford, IBIS et 1B77.
3. Les écrits cxégiitiqiies ont été édités presque tous, avec les fragments des Hométiet, par Pusey, Oxtord, 1B88 et 181i. et forinvrit au total cinq volumes.
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