‹ Histoire de la littérature grecque (volume 4)Chapitre 55 sur 514 · CARNÉADE · texte numérisé non relu

CARNÉADE

avec le péripatéticien Crîtolaos et le stoïcien Diogèno *. Carnéadc, comme ses collègues, proQta de celte circonstance pour faire à Rome ce qu'on appellerait aujourd'hui des « conférences ». 11 prît pour sujet : « ta Justice ». Un jour, il démontra qu'elle existait; le lendemain, il prouva à ses auditeurs qu'elle n'existait pas, et les laissa scandalisés ^ ; les Romains n'étaient pas encore mûrs pour cette sophistique.

On peut s'étonner que l'école platonicienne ail abouti à ces jeux d'esprit, qui sentent plus la manière de Protagoras que celle de Platon. Mais il faut remarquer qu'aux yeux de Platon lui-même le seul fondement de la connaissance vraie des choses, c'est la théorie des Idées, en dehors do laquelle il n'y a que dcK « opinions» plus ou moins douteuses et vaines. Il est donc trts naturel que, la théorie des Idées étant peu à peu abandonnée par ses disciples (et cola dès la première génération), la place soit demeurée libre pour l'invasion des doctrines sceptiques, qui donnaient à la dialectique de si belles occasions de se déployer.

H reste aussi à se demander jusqu'où allait, en dérmiti%'e, ce scepticisme de la nouvelle Académie. M. Martha, dans une charmante page de son mémoire sur Carnéade, prend sa défense, u Nous sommes, dit-il, tous probabilistcs, vous et moi, savants et ignorants, ^'ous le sommes en tout, excepté en mathématiques et en matière de foi... En physique, nous accumulons des observations, et, quand elles nous paraissent concordantes, nous les érigeons en loi vraisemblable, loi qui dure, loi qui reste admise, jusqu'à ce que d'autres observations ou des faits autrement expliqués nous obligent à proclamer une autre loi plus vraisemblable encore... Dans

t. Aiiln^G«Ile. loe. eil.

1. CicéroD. Bip. VJ, S: Plutarque, Coton, Si. Cf. Martha, ÈtudtM mania mr rantiguiU (• Le philosophe Carnâade 4 Rome >>.

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CHAPITRE II. — PHILOSOPHIE AU III' SIÈCLE i assemblées politiques, où se plaident lo pour et le ntre sur une question, on pèse les avantages et les [Tonvénients d'une mesure législative, et, si la passion

vient pas troubler la délibération, le vote est te ré- Itat définitif des vraisemblances que les orateurs ont t valoir. Le vote n'est qu'une manière convenue de ifîrer le problème... La mélbode de Carnéade, comme

reste toutes les méthodes, ne fait donc qu'ériger en ^les plus ou moins judicieuses ce qui se fait tous les irs dans la pratique de la vie '. » 11 y a bien de la rite dans ces réflexions, mais peut-être ne suffisentcs pas à résoudre le problème. On n'est pas sceptique ur regarder, en fait, beaucoup d'opinions comme inrtaines, si l'on admet aussi, au moins d'une foi imcile, qu'il y a une vérité objective connaissahie et 'il y a théoriquement une méthode pour la connaître.

la plupart des hommes dont parle M. Martha ont cette

profonde. On est sceptique au contraire si on nel'apas.

la nouvelle Académie ne l'avait pas. Elle est donc iciërement sceptique, malgré l'atténuation apparente 'elle apporte à la doctrine par l'emploi du mot o probilisme ». En somme, Carnéade revient presque, je le pète, à Protagoras. Sa méthode peut suflîre, dans la atique, à la conduite de la vie. C'est peut-être une une philosophie d'avocat, et on comprend qu'elle ait jri à Cicéron, qui y mêle d'ailleurs quelque chose de gravité romaine. Mais, en principe, elle est destruce de toute science, et, même dans la pratique, si elle , pleinement consciente, si elle est appliquée par des Bcs, toujours sophistes par quelque endroit, elle conit directement à l'indifférence pour la vérité et aux

. Ouvrage cité, p. 67. — Cicéron disait aussi que i plaider le ir et le conlre, c'est le meilleur moyen de trouver la vérilâ ■ p. IIL *).

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! CHAPITRE II. — PHILOSOPHIE AD III" SIÈCLE est impossible de ne pas être frappi de ce fait que ni me ni l'autre ii'apporteaux plus hautes parties de l'âme le nourriture vraiment fortifiante. L'une dispose les telligences à ce vain bavardage qui a toujours été un :8 dangers les plus menaçants pour l'esprit grec ; l'an e incline les volontés vers un facile et non moins irilleuxlaisser-aller desmœurs et de la vie. Parsaphisophie, le monde grec coule doucement vers la décaince.

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Â.poltonios de Perga, Hâroû d'Alexandrie, Philon du Byzance. Médecine : Hêrophile, Ërasistrale. Histoirs naturelle. — VII. La litli'ralure semi-roniancEque. Hécatée d'Abdérc. Ëvhéniéra de Messine. Les Letti-et apucryphes. Coules Uitisiena. — VllI. Littêralure grÉco-judalque. Les Septante. Arislobulo. Pseudo-Orlihée, Ps'.'udo-Phocylido. Oracles sibylLins.

Si la pliiliisupliic grecque^ durant les cent citiquanle aiuiécs (jui suivent ia mort d'Alexandre, fait onoore assez Lonne lîgure, il n'en est pas de niênio des aulreij genres en prose. Et la raison n'en est pas .■>euleni<Mil dans ce l'ait accidentel que la plupart des œuvres ont péri- Elle est plus grave et plus profonde : elle est dans un ensemble de circonstances qui cuiidaninaient ces œuvres à la médiocrité. Mettons à part les sciences matliénialiques et physiques, qui comptent alors des recherclies originales, mais qui sont en dehors de la liltéralure proprement dite. Dans tout le reste, le meilleur est de second ordre. On y trouve souvent une érudition curieuse et diligente, une certaine finesse de jugemcnl, une louable indépendance d'esprit. Mais les qualités essentielles font défaut, et ne pouvaient pas ne pas faire défaut. L'érudition, à celle dale, est trop neuve encore pour être vraiment méthodique. L'éloquence n'a pas grand'chose h dire, et l'histoire ne sait plus ni la politique ni la guerre. Dans ces conditions, des hommes même bien doués no pouvaient créer des chefs-d'œuvre : à plus forle raison la l'ouïe des médiocres qui, à cause de la dilFusion générale de la culliirc, se tournent alors vers les lettres.

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DÈMÈTRIOS DE PHALÈRE

L'éloquence est., de tous les genres, celui qui a le plus Roufferl de cet étal de choses '. Dcnys d'Halicarnasse, dans la préface de ses Jugements sur les orateurs anciens, dit que la mort d'Alexandre marque pour l'art oratoire le début d'une période de décadence lamentable et que c'est seulement la gravité romaine qui devait faire revivre le goût classique.

Au seuil de cette période, nous rencontrons un personnage que Quintilien appelle le dernier des orateurs attiques ', mais qui est aussi le premier de ta décadence, et qui d'ailleurs, par la variété de ses écrits, par son érudition, par sa philosophie, par sa vie elle-même et par ses mœurs, est un très curieux exemplaire de l'esprit du temps : c'est Démétrios de Phalère. On le range souvent parmi les philosophes; à vrai dire, il fut surtout un polygraphe ; mais c'est peut-être comme orateur qu'il a eu le plus d'originalité. Do toute façon, personne ne relie mieux que Démétrios de Phalère la philosophie aux autres formes do la littérature et n'ouvre plus convenablement l'étude de ces genres divers en prose qu'il a tous pratiqués '.

1. Sar l'unsemble de cette période, cf. Blaes, Ùie griechische Bertdtamk. in dem Zeitraum non AUx. bis Àug., Berlin, 1865.

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