‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 113 sur 261 · DESCRIPTIONS · texte numérisé non relu

DESCRIPTIONS

ce qu'on pcul savoir de son Icmps, et il le sait bien : les détails, même techniques, lui sont familiers; il a une idée précise de chaque métier : labour, chasse, pèche, fabrication des armes, tissage des étoffes, construction, stratégie et lactique, médecine môme, i'ien des choses contemporaines ne lui est inconnu *. Si rarchéologue y trouve son compte, le simple lecteur en est presque aussi vivement charmé. C'est la vie entière d'une société encore jeune que nous avons ainsi sous les yeux. L'épopée traitée de cette manière ressemble à une histoire finement et familièrement descriptive : on ne se lasse pas d'admirer cette variété de détails dans un récit pourtant si libre et si grand.

En général la description, dans les parties les plus anciennes de VIliade, est toujours ainsi mêlée à la narration. Le poète ne décrit pas pour le simple plaisir de décrire. Mais quand le sujet s'y prête, quand la mise en scène doit rendre l'action ellemême plus dramatique, tout naturellement alors les traits descriptifs se multiplient et se groupent en tableaux :

1. De là Tulilité el l'intérêt si vif des ouvrages spéciaux où sont expliqués tous ces détails matériels de la vie homérique. Citons au moins ici celui de E. Bucliliolt/, Die homcrische Healien, 3 vol. in-8o en 6 parties, Leipzig, 1871-1885, véritable encyclopédie homérique qu'on a sans cesse besoin de consulter en lisant Y Iliade ou ï Odyssée. C'est aussi cette précision descriptive qui a donné lieu à tant de discussions sur le site de Troie et aux belles fouilles de M. Schliemann. On trouvera d'utiles indications à cet égard dans l'ouvrage qui vient d'être cité. La stratégie de Y Iliade a été tout particulièrement étudiée par un Grec savant et lettré, M. Georges Nicolaïdès, 'IXioc^o; aToaTrjY'.xTj otaTXcUYj xai TOTtoypa^î'a, Athènes, 1883. Tout récemment encore M. Ch. Hanriot a publié dans le Bulletin de la Faculté des Lettres de Poitiers (juin 1885) une étude de géographie homérique sur le Camp troyem

« Chrysès priait, et Phœbus Apollon Tentendit. A grands pas, du haut de TOlympe, il descendit, le cœur courroucé, portant sur ses épaules son arc et son large carquois. Et dans les mouvements de sa colère, ses flèches s'agitaient bruyamment au rythme bondissant de son pas ; et il venait vers le camp, semblable à la nuit. Il s'assit à distance des vaisseaux, puis il lança un trait; et Tare d'argent fît entendre un eiîroyable sifflement * . »

C'est là, disons-le, la véritable manière homérique. Dans les parties plus récentes, nous trouvons des descriptions plus développées, plus brillantes, qui ont été peut-être admirées davantage et qui sont en effet admirables, mais non pas supérieures, ni môme égales. Tel est par exemple le célèbre morceau, cité par Longin, où est représenté le voyage de Poséidon à travers les mers, au début du treizième livre :

Le dieu attela au timon du char ses deux chevaux aux pieds d'airain, au vol rapide, à la crinière d'or ondoyante ; luimême se revêtit d'une armure d'or ; il prit dans ses mains les rênes formées d'une bande d'or assoupli, monta sur son char, et s'élança sur les vagues. Les monstres marins bondissaient autour de lui, sortant en foule do leurs obscures retraites, et ils reconnaissaient bien le roi de la mer. Frémissantes de joie, les vagues s'écartaient; et les chevaux volaient avec un élan merveilleux; et, sous le char, l'essieu d'airain n'était pas même mouillé*. »

Si belle que soit celle peinture, elle se dislingue de la précédente à deux signes : d'abord elle est moins liée au récit, moins utile à l'action ; l'autre était un acte essentiel du drame, celle-ci n'est qu'un magnifique décor; ensuite Tari y est plus apparent.

L Iliade, I, 43-49.

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