COMPARAISONS
et si reffel en est presque aussi grand, les moyens sont bien moins simples. On peut donc distinguer plusieurs manières descriptives dans Vlliade, répondant à divers âges de la composition et à diverses origines. Mais si nous remontons au type premier, tel que nous le trouvons dans les descriptions les plus anciennes, et que de celles-là nous passions aux morceaux plus récents, nous aurons lieu d'admirer comment la tradition poétique primitive s'est maintenue en somme dans tout le poème à travers les variations mêmes du goût et la diversité des manières.
Une autre forme que prend fréquemment l'élément descriptif dans Y Iliade, c'est celle de la comparaison. Les comparaisons descriptives abondent dans le poème , aussi bien dans les parties les plus anciennes que dans les autres. Evidemment elles se rencontraient déjà dans les chants héroïques qui ont précédé et préparé la naissance de Vlliade. Dès que la poésie épique prit son essor, les aèdes durent chercher à orner leurs récits en même temps qu'à rendre leurs conceptions aussi vivantes que possible. Les comparaisons répondaient à ce double besoin ; l'usage fréquent qu'on en fît contribua à leur donner bientôt une forme quelque peu convenue. Une fois que la ressemblance générale entre les choses comparées était indiquée, le poète eut le droit de développer à son gré les descriptions épisodiques qui s'offraient à lui *. C'est cette liberté qui nous frappe tout d'abord dans les comparaisons homé-
1. C'est ce que Perrault dans ses Dialogues appelait des comparaisons à longue queue. Voyez Boileau, Réflexions critiques sur ffuelques passages du rhéteur Longin^ VI, où se trouvent des remarques fort judicieuses à ce sujet.
riqiics. Elles traduisent avec force et sincérité l'impression voulue, mais elles ne se contentent pas de la traduire, et autour de cette impression elles développent volontiers toute une scène qui mérite d'être admirée pour elle-même. Grâce à cette ampleur, elles étendent de la manière la plus heureuse l'horizon du poème. Dans un récit de guerre, elles nous font voir incidemment, et comme par d'ingénieuses échappées de vue, des scènes de chasse, des épisodes de la vie rustique ou urbaine, et plus souvent encore les aspects divers de la nature. Par là, elles ne contribuent pas médiocrement à Tagréable variété du poème.
Beaucoup d'entre elles d'ailleurs sont remarquables par leur valeur descriptive. En mettant sous les yeux de ses auditeurs des scènes de la vie commune qui leur sont familières, le poète sait traduire d'une manière saisissante l'aspect imaginaire des grandes scènes de guerre qu'il raconte. Veut-il peindre deux fronts de bataille opposés l'un à l'autre ?
« Semblables, dit -il, à deux lignes de moissonneurs qui s'avancent Tune vers l'autre à travers les sillons dans un champ de blé ou d'or«(e, riche domaine, et qui font tomber devant elles les épis en gerbes épaisses, ainsi les Troyens et les Achéens, s'élançant les uns contre les autres, frappaient devant eux ^ »
Quelquefois elles étonnent notre goût moderne par une familiarité hardie et expressive. Ajax, pressé par une foule irennemis, assailli d'une nuée de traits, ne rcHiile pourtant que pas à pas; toute son éner- ;^i(î s'est tourné(* en une obstination hér()ï<|ue :