‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 117 sur 261 · LES DISCOURS · texte numérisé non relu

LES DISCOURS

dans les cités grecques lorsque VIliade prit naissance, et par suite il y a aussi une éloquence publique clans ce poème lui-niénie*. Cette éloquence a été admirée à bon droit dans l'antiquité comme elle l'est de nos jours; mais elle Ta été d'une manière qui n'est pas toujours parfaitement juste. Le passage principal de Quintilien sur Texcellence oratoire d'Homère est classique*. On y sent très fortement une tendance fâcheuse, consistant à louer chez le poète homérique l'emploi d'une foule de procédés ingénieux, qui n'ont été classés et dénommés que beaucoup plus tard dans les écoles de rhéteurs. Certes, il y avait de l'adresse déjà et du calcul dans l'éloquence publique, telle qu'elle a pu être pratiquée par les contemporains de Y Iliade^ et il est tout naturel par conséquent qu'il y en ait aussi dans les discours que le poète prête à ses héros. Ceux-ci parlent comme des hommes habitués à réfléchir, qui ont le sentiment de l'elfet qu'ils veulent produire, et qui ne laissent pas flotter leurs pensées ni leurs paroles au hasard. Que l'on puisse en conséquence observer chez eux une sorte de rhétorique, nous en

1. Consulter à ce sujet Fr. BInss, Die attische Beredsamkeity lutroductiou ; G. Perrot, L'Eloquence politique et judiciaire à Athènes, cli. I; Maurice Croiset, De publicae etoquentiae principiis apud Graecos in homericis carminibus.

2. Instit. orat.j X, 1, 46 : Ilic enim (Homcrus)... omnibus cloquenliae pnrtibus exempluui et orlum (ledit; ... nec poetica modo, sed oratoria virtute cmineutissimus. Nam ut de laudibus, exhortatiouibus, consolatiouibus tacearo, nonne vel nonus liber, quo missa ad Âchillem legatio coutinctur, vel in primo iuter duces illa coulentio, vel dictae in secundo seutentiae omnes litium ac consiliorum cxplicant artes? ...Jam simililudines, amplifîcationes, exempla, digrcssus, signa rerum et argumenta, celeraque probandi ac refu-» tandi, sunt ita multa, ut etiam qui de artibus scripserunt, plurimi harum rerum testimonium ab hoc poeta pétant..., etc.

convenons ; mais c'est une rhétorique toute priini* livc, tout élémentaire, faite surtout d'expérience personnelle, d'observation, d'imitation directe. Elle sort de la vie, et non de l'école. Une chose remarquable dans ces discours, c'est le grand rôle que le caractère de l'orateur y joue. Les personnages se jettent, pour ainsi dire, tout entiers dans la discussion : il semble qu'ils comptent moins pour persuader sur leurs arguments que sur leur autorité personnelle. Ils discutent pou, ils n'entrent presque jamais dans les raisons de leurs adversaires, ils ne vont pas chercher les objections pour les réfuter, ils aiiirment et ils veulent être crus. IVailleurs ils ne développent pas, parce qu'ils ne savent pas analyser. Ils conçoivent les choses fortement, mais d'un seul coup, et ils voient chaque pensée comme un tout indivisible. Une courte phrase, un seul mot même est quelquefois pour eux l'équivalent de toute une démonstration par l'intensité de passion qu'ils y mettent. C'est donc la force et la justesse naturelle de Tailirmation qui font surtout la valeur de cette éloquence. Par là même, son mérite dramatique est émincnt. Ce sont Jes grands discours de V Iliade qui mcttenl surtout en relief les personnages; ils ne sont pas seulemenl un ornement du poème, ils en font la vie cl rexcellence morale.

Le don de créer des êtres fictifs semblables à des êtres réels a été le don homérique par excellence. C'est cette qualité éminente qui a mis le premier auteur de V Iliade si fort au-dessus de ses devanciers, et bien que ses successeurs naient pu l'égaler à cet

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