‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 118 sur 261 · LES PERSONNAGES · texte numérisé non relu

LES PERSONNAGES

égard, ils Tont encore iinité avec assez de succès pour alïermir la tradition qu'il avait créée\

11 est probable que la plupart des héros de V Iliade avaient déjà une personnalité poétique, avant que le premier chant de ce poème eut pris naissance. Quelques-unes des épithètes qui s attachent ordinairement à leur nom semblent le démontrer. Ce n'est pas dans VIliade qu'Achille a été surnommé pour la première fois « Achille aux pieds légers » {T.iloL^ d)xv>; 'Ay/.XXsJç; ; Agamemnon était déjà dans la poésie antérieure « le roi qui commande au loin » (ejpjxpstwv 'AYajxéixvwv), et Nestor « le doux orateur des Pyliens » (Xiy'jç IluXCwv cc(z^r{7t^^]. Ces qualifications étaient toutes fort simples; elles consistaient en un seul trait, et elles étaient d'autant plus propres à donner l'essor aux imaginations qu'elles leur laissaient plus de liberté.

L'œuvre de l'épopée fut de développer conformément au sentiment populaire ces données primitives qui n'étaient encore qu'à l'état d'indications. Elle y réussit en créant des situations qui exigèrent de la part des personnages mis en scène des sentiments forts et variés, et en les faisant valoir dans de larges récits. Grâce à celte origine, les personnages les plus marquants de VIliade sont à la fois très vivants et d'une nature très simple. Nés de la légende et de Timagination populaire, et non d'une conception abstraite, ils sont pleins de réalité. Si peu complexe que soit le caractère de chacun d'eux, il serait impossible de l'exprimer par une formule ; ce ne sont pas des types généraux, mais des

1. Sur les pcrsonungcs Iiomcri(iiics, cousiillcr les études spéciales de M. Delurnie, Les hommes d'Homère, ol do M. Cambouliu, Les femmes iVIIomère.

lioinmes aux traits bien individuels. Kn cela, Fépo- |)é(» honirriquo ressenil)lo ii Thisloire. Mais elle en dillcn' par la siiiiplirité. Moins onchainée à Texactitiido, elle choisit el elle élimine plus librement. De là vient quV'lle ne laisse rien d'obscur dans Faîne de ses personnages; comme elle ne s'attache en chacun <i'eux (|u'à un petit nombre de traits saillants, elle peut les mettre en pleine lumière. La vérité morale est chez elle tout en dehors, et elle éclate sans qu'on ail besoin de la chercher.

Achille, c'est la jeunesse héroïque, une force et une beauté presque divines dans un mortel. La légende Ta donné au poète de la Querelle comme un type de grâce virile, avec l'orgueil de la victoire et la tristesse de la mort prochaine. Tout le reste est sorti de la situation même, interprétée avec un sentiment profond de la vérité humaine. La Querelle lui prête une grandeur admirable. C'est lui qui prend rinitiative de remédier aux maux présents. Il promet à Calchas sa protection, et on sent aussitôt que personne dans Tarmée n'est puissant contre lui :

Sois sans craiiiU», devin, et dis-nous les choses que tu sais par révélation. (]ar j'en atteste Apollon cher à Zeus, — le (lieu (jue tu invoques toi-niénie, Calchas, quand tu découvres aux I)anaëns les desseins d'en haut, — personne ici, tant que moi je serai vivant, tant que mes yeux ne seront point fermés, ne portera sur loi des mains violentes dans Tenceinte de ce camp, personne entre tous les Danaëns, quand même celui (jue lu crains serait A«camemnon, si jjlorieux d'être le premier des Achéens*.

Point de petitesse d'aucune sorte dans son àme: à la fois lier et modéré au début, il montre hardi-

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