Iliade, XXII
Dans les développements ajoutés plus tard à ce grand caractère, nous relevons deux scènes particulièrement remarquables : la douleur d'Achille après la mort de son ami Patrocle et sa générosité en face du vieux Priam. Ni Tune ni l'autre ne sont tout à fait égales à celles que nous venons de signaler. La première est plutôt esquissée qu'achevée ; on n'y sent pas toute la fécondité d'invention du grand poêle de la Querelle. La donnée de la seconde est admirable, mais il ne faut pas oublier qu'elle était indiquée déjà avec ses principaux détails au vingt-deuxième livre; quant à l'exécution, elle mérite tous les éloges par une naïveté profondément humaine qui associe la vérité du sentiment à la grandeur de l'imagination. Si ces deux scènes ne sont pas du poète primitif, on doit remarquer combien la tradition qu'il avait créée était forte et à quel point le personnage conçu d'abord par lui s'imposait désormais à ses successeurs. Ceux-ci ne savaient pas, il est vrai, autant que leur devancier, déployer à la fois toutes les richesses de son âme, mais ils lui conservaient toujours à quelque degré la noblesse et la grandeur.
Nous n'étudierons pas ici, à côté d'Achille, tous les autres personnages de Y Iliade, mais nous devons en (lire pourtant quelques mots. La variété de leurs caractères est une des beautés du poème. Il est à peu près certain qu'elle existait déjà dans la légende et dans les poésies antérieures; mais Y Iliade a fixé ce qui était encore flottant et elle a donné un corps à des créations simplement esquissées. Dans le onzième livre seul, c'csl-à-dire dans le récit de la défaile que subissent les Achéens quand ils essayent (le se passer d'Achille, les personnages de Diomède, d'Ulysse cl d'Ajax, qui se succèdent au premier