Iliade, VI
2. Oa peut lire sur Ândromaquc rapprccialiou de Chateaubriand, Génie du Christian,, 1. II, chap. VI, mais plus par curiosité littéraire que pour y chercher la vérité; car le parti pris de l'auteur a nui singulièrement à la rectitude de son jugement. Cf. Saint-Marc Girardin, Littérature dramatique, chap. xiv, où les principales parties du rôle d'Ândromaque sont traduites et sainement appréciées. Voyez aussi une bonne étude de Cambouliu dans Touvrage cité plus haut.
touchante vérité morale dans le sentiment qu'elle éprouve pour le vaillant héros, quand il reproche à Paris sa mollesse :
« Hector, quelle sœur as-tu en moi ? Une femme audacieuse, malfaisante et funeste. Ah ! pourquoi, le jour où ma mère me mit au monde, un coup de vent furieux ne m'a-t-il pas emportée au loin dans la monlaprne ou dans les flots de la mer bruyante ? Que n y ai-je été engloutie avant que tout ceci n'arrivât î Ou du moins, puisque les dieux en avaient décidé autrement, que ne m'ont-ils donné d'être l'épouse d'un homme vaillant qui aurait su s'indijj^ner et sentir l'outrage? Quant à celui-ci, nulle volonté en lui ni maintenant ni jamais; sa faiblesse lui vaudra plus d'une honte. Allons, entre chez nous, frère, et assieds-toi sur ce siège, car tu as beaucoup à souffrir à cause de moi, misérable, et à cause de la faute de Paris ; Zeus nous a infligé une triste destinée, afin que nous soyons dans l'avenir un sujet de chants parmi les hommes *. »
Ses lamentations du vingt-quatrième livre sur le corps d'IIcctor ne sont en quelque sorte que le développement de ce qui apparaît là : à travers ses amers regrets, se montre le souvenir d'une admiralion respectueuse et tendre à la fois :
« Hector, toi qui me fus cher entre tous les frères de mon mari, je suis l'épouse d'Alexandre issu des dieux, car c'est lui qui m'a amenée à Troie ; que ne suis-je morte auparavant ! Voici déjà la vingtième année que j'ai quitté mon pays ; et jamais, durant ce temps, je n'ai entendu de toi un seul mot blessant ou léger. Au contraire, si quelque autre dans le palais me parlait durement, soiL l'un de mes beaux-frères, soit une de leurs femmes ou l'une de tes sœurs, soit ma belle-mère — car Priam, lui, était toujours pour moi comme un tendre père — qui que ce fût, tu le réprimandais, et tu me protégeais de ta bonté et de tes douces paroles. Voilà pourquoi je pleure à la fois sur toi et sur moi, le ca'ur plein d'une anière tris-