‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 136 sur 261 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

chait avec une sorte de timidité, dans l'épisode du Cyclope au contraire il s'est livré hardiment à son inspiration V

Le dixième livre a dans son ensemble un caractère beaucoup plus fabuleux que le neuvième. Les inventions y sont plus merveilleuses, quoique moins dramatiques. C'est d'abord le séjour d'un mois dans l'île flottante d'Eole et le don que ce dieu fait à Ulysse d'une outre où sont renfermés les vents contraires à son retour. 11 est à remarquer qu'il n'y a nulle trace dans le reste de Y Odyssée de la domination attribuée ici à Eolc sur les vents (v. 21-22). Nous avons donc affaire visiblement à une fiction mythologique moins ancienne que les récits primitifs. En outre, d'un bout à l'autre de la narration, règne une insouciance vraiment étonnante dans Tinvraisemblable. Ulysse s'endort juste au moment où il apercevait déjà la terre d'Ithaque (v. 29 et suiv.) ; puis il raconte en détail ce que ses compagnons ont dit pendant son sommeil, ce qu'il n'a pu entendre par conséquent' ; enfin les vents déchaînés ramènent précisément le vaisseau en arrière à l'île

1. On trouve une preuve à l'appui de cette conjecture dans k début même de cet épisode. Le poète y décrit les Cyclopes d'après une donnée évidemment traditionnelle (v. 105-115). dont il s'écartera dans la suite assez notablement. Les mots ou8' aXXrlXcuv àXs- Ifouvtv de ce passage ne sont pas en conformité avec les vers 399 et suivants.

2. M. Kirchhoff a cru voir dans ce fait la preuve que ce récit n'était pas primitivement dans la bouche d'Ulysse, et qu'une appropriation maladroite lui avait donne plus tard sa forme actuelle, en substituant la première personne à la troisième. Cette appropriation toute mécanique me parait fort difficile à admettre, et Fbypothèse est vraiment bien inutile, puisqu'elle ne supprimerait qu'une seule invraisemblance dans un récit où l'invraisemblable abonde.

flottante qu'il a quittée depuis neuf jours. C'est là un merveilleux inutile, purement artificiel, et fort différent de celui du livre précédent. — Le même caractère est sensible dans l'épisode des Lestrygons qui suit immédiatement (v. 77-132). Ulysse raconte encore ici ce qu'il n'a pu voir par lui-même ni apprendre do personne (v. 103 et suiv.) ; et tandis que les Lestrygons sont des géants anthropophages, la fille du roi Antiphate ne se distingue en rien des femmes ordinaires (comparer 105-110 et 111-112). En outre l'épisode dans son ensemble n'est qu'une variante de celui du Gyclope, mais une variante sans valeur originale. — Fuyant avec un seul vaisseau, Ulysse arrive dans l'île d'iEaea, qu'habite Circé. Il faut noter ici, en passant d'un épisode à l'autre, la monotonie des transitions (IX, S65 ; X, 78 et 133) qui sont copiées uniformément sur le vers 105 du neuvième livre (Ivôev 8à xpoTépw xXiojjtev cnco^ïjiJLévsi frrop). C'est ce dixième livre, à vrai dire, qui rend impossible toute géographie de V Odyssée^ parce que son auteur n'en a eu aucune lui-même dans l'esprit, à la différence de celui du neuvième livre, qui se représentait avec une certaine précision l'itinéraire de son héros \ Le trait caractéristique de l'épisode de Circé, c'est la magie, qui ne figure nulle part ailleurs dans V Odyssée^, Mais outre cela, le récit se distin-

1. Eratosthène disait (Strabon, I, p. 31 Mcineke) que pour déterminer ritiiiéraire d'Ulysse, il faudrait d'abord retrouver l'ouvrier qui avait cousu l'outre où étaient enfermés les vents. Il y avait beaucoup de vérité dans ce bon mot ; car une fois l'outre ouverte, nous somme» perdus.

2. Il est à remarquer qu'eu effet Circé n'opère pas ses métamorphoses par un pouvoir divin qui soit en elle, comme font ordinairement les dieux homériques, mais à l'aide de drogues et

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