Comparer les vers 244-246 et
2. Il est fort probable que M. KircbhofT a très bien vu en supposant que primitivement les récits d'Ulysse (1. IX-XIII), ou du moins les parties anciennes de ces récits, étaient placés là. Mais il a tort, je crois, de suspecter la fin du livre VII, qui, même en acceptant sa supposition, se justifie de la manière la plus naturelle.
qui se trouve à la fin du même livre (v. 521 et suiv.), car c'est surtout par reffet produit sur Ulysse que ce premier chant nous intéresse. La description des jeux, bien que peu utile à l'action, est adroitement combinée pour mettre en relief à la fois la fierté d'Ulysse, sa force et son adresse. En revanche le récit des Amours dArès et d'Aphrodite^ mis dans la bouche de l'aède, est entièrement étranger au sujet ; en outre, cette sorte de satire, légère et moqueuse, dont les dieux sont l'objet, semble bien peu d'accord avec l'esprit de gravité religieuse qui règne d'ailleurs dans tout le poème; et il faut ajouter encore que ce morceau est loin de se relier naturellement à ce qui précède, car de toute façon un tel chant ne peut être l'accompagnement d'une danse, comme cela résulte de la forme actuelle du récit. Des critiques anciens, comme l'attestent les scolies, en suspectaient déjà l'origine. 11 y a donc lieu de le considérer comme intercalé après coup dans l'ensemble du livre VIII. La fin de ce livre nous offre le tableau du repas du soir et nous fait assister à un second chant de Démodocos,qui provoque encore l'émotion d'Ulysse. Cette émotion éveille la curiosité amicale d'Alkinoos, et ainsi est amené dans le poème actuel le commencement des récits d'Ulysse, que ce huitième livre prépare, avec une intention évidente, mais un peu longuement.
Les récits d'Ulysse chez Alkinoos ('A>vx(vcu axoXoYoi) forment dans V Odyssée un groupe de chants des plus curieux à étudier. C'est là en effet que nous saisissons peut-être le mieux la diversité des éléments qui ont constitué le poème.
Le neuvième livre comprend les épisodes des Cicones, des Lotophages, des Cyclopes. Les deux premiers sont présentés sous une forme sommaire, sans qu'aucune des scènes particulières qui les composent soit développée. Il semble que nous ayons là sous les yeux un spécimen de la manière narrative qui devait être en usage avant l'épopée homérique et qui probablement se maintint assez longtemps encore à côté d'elle. L'épisode du Gyclope (KuxXa)7:6ia) commence à cet égard comme les précédents, mais presque aussitôt la forme change: le récit s'élargit et s'anime, et au lieu d'une simple esquisse nous voyons se dérouler une admirable narration, à la fois descriptive et dramatique, qui met en scène des personnages pleins de vie. D'une part, la férocité du Gyclope, sa nature bestiale, et, parmi ses instincts sauvages, un attachement touchant pour les animaux qui partagent sa misérable vie; de l'autre, les émotions des compagnons d'Ulysse, leurs angoisses, le courage du héros, sa ruse, son sang-froid, et à la fin cette imprudence héroïque qui lui fait braver un danger inutile pour insulter son ennemi. Malgré cette différence profonde entre les parties du neuvième livre, il est difficile de croire qu'il ne soit pas tout entier du môme poète et qu'il n'ait pas été conçu en une seule fois; mais ce poète, selon toute vraisemblance, travaillait sur des récits poétiques antérieurs qui lui servaient en quelque sorte de matière *, et tandis qu'au début il s'y atta-
1. Kayser {Abhandlungcn^ p. 34) a remarque fort justement que, dans tous ces récils d'Ulysse, Atliéné ne joue nullement le rôle de protectrice active qu'elle a dans le reste du poème. C'est là une différence très frappante en effet, et il est bien difficile d'en rendre compte autrement que par la diversité d'origine.