‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 140 sur 261 · Odyssée, 1*^ partie, Excursus II, p. 287 et suiv · texte numérisé non relu

Odyssée, 1*^ partie, Excursus II, p. 287 et suiv

tion\ Ajoutons que le caractère même du récit compléterait encore cette preuve, s'il était nécessaire. Les inventions fantastiques que nous avons notées sont d'un merveilleux moins simple que les inventions anciennes de VOdyssée, et il n'est pas douteux que ce goût ne se soit principalement développé en Grèce après le grand essor de la poésie homérique, lorsque l'épopée, forcée de se renouveler, recourait aux légendes de la Colchide et de la Thessalie.

Avec le treizième livre, commence la seconde partie de V Odyssée. Les voyages d'Ulysse sont finis; il est dans son île et bientôt dans son palais ; il y prépare sa vengeance, et, quand l'heure en est venue, il l'accomplit.

Cette seconde partie est manifestement une continuation de la première ou du moins des récits primitifs de celle-ci ; elle les suppose connus et le poète y fait allusion fréquemment. Mais cette continuation a des caractères propres, que nous allons essayer de faire ressortir en l'analysant. Le plus remarquable, c'est la lenteur de Taction et la grande place faite aux entretiens qui deviennent presque la forme principale de l'action. Les grandes qualités dramatiques y sont subordonnées d'une manière générale à la peinture délicate des sentiments. D'ailleurs cette seconde partie est d'une nature pres-

1. M. KirchhofT rcipproche par exemple avec raison l'épisode des Lestrygous du dcbarquement des Argonautes à Cyzique, et les roches Planctae des roches Symplégades.

que aussi composite que la première. La manière dont les fils qui forment la trame du récit sont entremêlés semble nous avertir déjà qu'il y a eu là aussi plusieurs desseins successifs. L'étude des détails et l'observation des différences littéraires confirment pleinement cette première impression, mais elles ne doivent pas nous faire méconnaître une véritable unité de conception que notre analyse mettra en lumière et dont nous rendrons compte dans le chapitre suivant.

Le livre XIII raconte d'abord le départ d'Ulysse quittant l'Ile des Phéaciens^ sa navigation nocturne, son arrivée à Ithaque où on le dépose endormi sur le rivage avec ses trésors, et le prodige qui transforme en rocher le vaisseau phéacien conformément à un ancien oracle. Cette première moitié du livre XIII (v. 1-184) a dû être considérée nécessairement comme la fin de VOdyssée primitive par ceux qui la conçoivent comme un poème complet et distinct de sa continuation \ Sans ce complément en effet, ce premier poème n'aurait pas de dénoùment, et par conséquent ce ne serait pas un poème. Mais si l'on conçoit les choses d'une manière plus libre, analogue à celle que nous avons appliquée à V Iliade^ il n'y a aucune raison pour couper ainsi en deux le treizième livre. Au point de vue moral et poétique, les deux parties en sont réellement inséparables. La seconde nous montre le réveil d'Ulysse dans son île, et nous fait assister à son entretien avec la déesse Athéné, sa protectrice, qui vient d'abord à lui sous la forme d'un jeune pâtre et bientôt se révèle sous son vrai nom. L'objet de cet entretien est manifestement d'introduire dans les chants nou-

Page 1