‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 141 sur 261 · C'est Topinion de M. Kircbhoff notamment · texte numérisé non relu

C'est Topinion de M. Kircbhoff notamment

veaux le personnage d'Athénéqui manquait dans un certain nombre des anciens, et de justifier cette différence, ce que le poète fait ingénieusement. Athéné allègue qu^elIe n^a pas voulu combattre Poséidon (v. 312-351). Mais cette justification même, tout habile qu'elle est, révèle le continuateur, soucieux de raccorder ses propres conceptions avec le plus de vraisemblance possible à des créations poétiques déjà célèbres V Tout le treizième livre porte d'ailleurs au plus haut degré les caractères qui vont dominer dans les meilleurs chants de la fin du poème. Le récit y est peu dramatique, mais d'une poésie simple et pure, qui a parfois sa grandeur et qui attache par la vérité morale. L'auteur se plaît aux fictions ressemblant à la vérité, telles que le récit de pure invention fait par Ulysse au jeune pâtre. Il est conteur avant tout, et il l'est avec un grand agrément. Le merveilleux est pour lui un élément traditionnel qu'il emploie à propos, plutôt qu'une ressource poétique : au lieu d'en user, comme l'auteur des chants relatifs àCircé, pour le plaisir d'étonner, il s'en sert discrètement pour les besoins de son récit, mais il n'y attache aucune importance, parce que rintcrôt à ses yeux est ailleurs. C'est par la finesse délicate du sentiment qu'il excelle, et la grâce spirituelle est innée en lui. L'entretien du héros et de la déesse, si ingénieusement varié dans ses diverses phases, est à cet égard un véritable chef-d'œuvre, bien que peut-

1. Il esl à peine besoin de faire remarquer cunibien la raison donnée par Atlicnc est insuffisante au fond. Car antcrieurenieut à l'ofTense faite par Ulysse à Poséidon, elle n'agit pas plus en sa faveur qu'après, et de plus cette réserve qu'elle s'attribue ici n'est guère en accord avec l'initiative hardie qu'elle prend dans rassemblée du premier livre.

être le charme n'en puisse être complètement senti aujourd'hui que par des esprils bien préparés. /

Une chose importante à noter, c'est que cet entretien d'Ulysse et d'Athéné est évidemment une introduction aux récits qui remplissent la fin du poème. Si donc il a été composé avant ces récits, il faut admettre que ceux-ci ont été conçus dès lors par le poète, sinon comme un poème continu, du moins comme un groupe de chants qui devait dans sa pensée comprendre au moins trois actes essentiels auxquels il faisait par avance allusion, le Séjour chez Eumée (v. iO'i et suiv.), VEpreuve dam le palais (v. 335-336 et 'i03-i04), et la Vengeance (v. 394-396). Nous croyons que cette hypothèse est vraie, et l'analyse des chants suivants la confirmera \

Ulysse, débarqué à Ithaque, cherche d'abord un abri dans la campagne ; il arrive chez son vieux serviteur, le porcher Eumée, qui lui donne l'hospitalité ; cette arrivée chez Eumée, cet accueil forment le sujet du quatorzième livre, un des meilleurs de la seconde partie de Y Odyssée. C'est un des actes annoncés, comme nous venons de le voir, dans l'entretien d'Athéné et d'Ulysse au livre précédent. L'intention principale du poète semble avoir été de nous faire sentir d'une manière dramatique combien les plus fidèles amis d'Ulysse désespéraient de son retour, au moment môme où il était déjà rentré dans sa terre natale : c'est là ce qui ressort en effet de toutes les paroles d'Eumée, si

1. A la fin de l'entretien, Athénc dit quelques mots à Ulysse de son fils Télémaque qui est ù Sparte (v. 413-428), et, quand elle le quitte, c'est là qu'elle se rend pour l'en ramener (v. 439-440). Ces deux passages ne peuvent être que des raccords, s*il est vrai, comme nous le croyons, que les voyages de Télémaque ont été composés après la seconde partie de V Odyssée.

dévoué à son maître et si découragé. Et en même temps il a voulu aussi mettre en œuvre cette donnée, si émouvante par elle-même, Ulysse traité en étranger dans son propre domaine par un serviteur excellent qui ne le reconnaît pas. Il y a réussi admirablement. Le caractère d'Eumée, bon, religieux, hospitalier, aussi fidèle après vingt ans qu'au premier jour, mais en même temps défiant comme un homme qu'une longue expérience a instruit, est peint de la manière la plus délicate et la plus naturelle. Deux personnages remplissent seuls la scène, et il n'y a pas d'action à proprement parler, car tout se passe en récits. Mais les sentiments de ces deux personnages et leur situation nous intéressent profondément. En outre le tableau de la vie rustique qui sert de fond à cette scène lui prête un charme tout particulier. Si la longueur des récits n'est pas entièrement justifiée par l'intention principale qui vient d'être indiquée, c'est que le poète, comme nous l'avons déjà remarqué, se plaît à ce genre d'inventions. Remarquons d'ailleurs qu'en vue même de la récilalion, il sentait certainement le besoin de donner à son récit partiel une assez grande étendue pour qu'il put se suffire à lui-même et constituer la matière d'un chant isolé \

Autant le quatorzième livre est facile à embrasser dans son ensemble, autant le quinzième l'est peu. Ce n'est plus une scène qui se développe régulièrement,

1. Il n'y a guère à signaler dans ce livre comme addition de quelque importance que les vers 174-184 relatifs au voyage de Télémaquc à Pylos. Nous les supprimons comme tous les passages du même genre qui dans celte partie du poème se rapportent à Télémaque, et l'on peut voir, en étudiant le texte de près, que cette suppression est tout naturellement indiquée par la suite même des idées.

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