‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 148 sur 261 · LIVRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XX

ordonnée, nous retrouvons une série d'épisodes à peine liés entre eux, quelque chose d'analogue au dix-huitième livre ; c'est le vingtième. Les anciens l'appelaient simplement Avant le massac?*e des Prétendants (Ti Tcpo TfJ; MvT3T:rjp39ov{a;), et en effet ce titre, qui ne dit rien, est le seul qui convienne à un récit sans unité. Quelques-unes de ses parties sont pourtant belles et môme utiles à l'action générale ; par exemple le réveil d'Ulysse au lever du jour dans la cour du palais et les pronostics qui raccompagnent; ou encore l'arrivée du bouvier Philœtios, dont le caractère est tracé avec une exquise vérité. C'est un second Eumée, aussi dévoué que le premier à son maître absent, et il no pourrait guère figurer comme ii le fera au vingt-deuxième livre dans le massacre des prétendants, s'il n'avait été auparavant présenté déjà au public. Il faut donc bien que cette partie au moins du vingtième livre soit antérieure au vingtdeuxième. Il y a aussi une grandeur saisissante dans la prédiction du devin Théoclymène annonçant la mort prochaine des prétendants et dans la description de la folie subite qui s'empare de ceux-ci. Mais ces beautés de détail ne peuvent nous empêcher de remarquer le défaut d'ordonnance de Tcnsemble et le manque d'une invention simple qui groupe ces scènes diverses en un ensemble vraiment dramatique. On est surpris d'ailleurs de voir Télémaque (au vers 14i) sortir pour se rendre à l'assemblée, bien qu'il n'y ait aucune assemblée indiquée; on ne l'est pas moins d'entendre parler des préparatifs d'une fête splendide en Thonneur d'Apollon (v. 15G, puis 270 et suiv.), fête dont, à partir de ce moment, il ne sera plus qu'à peine question d'une manière incidente (XXI, 258). Enfin l'outrage fait à Ulysse par Ctésippe n'est qu'une répétition de ce que nous

avons déjà vu à deux reprises. La véritable nature de ce vingtième livre est par suite fort difficile à déterminer, et nous ne croyons pas qu'elle ait été encore complètement éciaircie. Il ne serait pas impossible qu'il ait été composé comme une sorte d'introduction aux grandes scènes qui font suite. On remarquera en effet qu'il pouvait suppléer dans une certaine mesure à tout ce qui précède, puisqu'il offrait comme un résumé de la situation, et qu'ainsi il formait avec les livres XXI et XXII une véritable unité de récitation*.

Nous touciions au dénoùment du poème. Tout ce qu'il y a d'essentiel est contenu dans les livres XXI, XXII et dans la première partie du livre XXIII. Ces scènes, auxquelles aboutissent toutes les autres, ont dû figurer dans le plus ancien développement donné par un grand poète à cette seconde partie de la légende d'Ulysse. Aussi n'avons-nous affaire ici qu'à un petit nombre d'interpolations de médiocre importance qui n'ont altéré en rien la physionomie primitive de l'œuvre.

Le XXP livre nous met sous les yeux l'épreuve de l'arc, qui est la préparation immédiate du massacre des prétendants. Le récit, d'une simple et belle ordonnance, se fait remarquer par la fine peinture

1. Ij\i]lusioii aux fêles d'Apollon a élé expliquée par M. KirchliolT comme résuUant d'un emprunt à un autre récit aujourd'liui perdu, qui aurait été plus ou moius fondu dans le récit actuel. C'est une conjecture bien hasardeuse, mais il faut avouer que de toute façon il y a là de sérieuses diflicultés.

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