‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 152 sur 261 · GROUPES FONDAMENTAUX · texte numérisé non relu

GROUPES FONDAMENTAUX

prétendants^ F Arrangement , la seconde Scène chez les morts.

Ce qu'il faut approuver dans cette tentative, quelques critiques de détail qu'elle soulève, c'est qu'elle tient compte des deux faits essentiels qui ressortent de l'analyse du poème, c'est-à-dire de son unité et de sa multiplicité. Kœchly fait la part très grande à l'unité, et cela de deux manières: d'abord en reconnaissant que toutes les parties du poème ont été faites les unes pour les autres, les plus récentes ayant été composées en vue de s'adapter aux plus anciennes; puis en admettant l'existence de groupes primitifs qui réunissaient plusieurs chants, bien qu'il fût toujours possible de réciter ceux-ci isolément. C'est une manière de concevoir les choses qui répond trop bien à l'impression même que nous donne l'étude du poème, pour n'être pas très voisine de la vérité. Mais ce qui a surtout compromis cette tentative aux yeux des critiques prudents, c'est que, dans un sujet où la certitude est impossible. Fauteur n'a jamais su ignorer. Nous devons signaler en cela un des torts les plus fréquents de la critique homérique moderne. Kœchly et ceux qui l'ont suivi veulent reconstituer jusque dans les moindres détails les chants primitifs dont ils signalent l'existence; et cédant à la tentation naturelle des esprits trop ingénieux, ils les recomposent au moyen de vers empruntés de côté et d'autre qu'ils rapprochent avec une adresse merveilleuse *. Il est clair qu'une telle méthode se détruit

1. Voici par exemple quelle est pour Kœchly la composition de la rhapsodie qu'il intitule le Retour d'Ulysse ('OSuaa^cuç ândTcXou;): V, 1-3; X, 363-369; v, 4-9; 0, 392-520; v, 29-35; 6, 417-422, 425. 430-434. 440-448; v, 36-63; 0. 457-469; v. 63-69. Les éléments en sont donc dispersés dans trois des livres actuels du poème, et tellement dispersés qu'il faut reprendre trois vers d'un côté, cinq

elle-même par ses propres résultats; car si réellement les chants primitifs ont subi des remaniemenlB qui les aient ainsi défigurés, jamais une science prudente ne voudra croire qu'il soit possible de les reconstituer. La critique ne peut procéder avec quelque certitude que sur des ensembles bien caractérisés : il y a contradiction évidente à signaler la trace de remaniements successifs aussi profonds et à vouloir déterminer avec tant d'exactitude l'état primitif de l'œuvre poétique.

M. Kirchhoff a été en général plus prudent, et sa critique de V Odyssée est dans son ensemble une des œuvres remarquables de la science moderne.

Le poème actuel, pour M. Kirchhoff, se compose essentiellement de trois éléments bien distincts. Le premier, c'est le vieux Retour d'Ulysse^ qui remplit aujourd'hui six livres et demi environ (V-XIII, v. 184); l'arrivée d'Ulysse chez les Phéaciens, ses récits chez Alkinoos et son départ, tel en est le sujet; sous sa forme primitive, cette composition était d'un tiers environ plus courte qu'elle n'est aujourd'hui. Le second élément, c'est la fin du poème actuel, à partir du moment où Ulysse est à Ithaque (XIII, v. 185); il faut en retrancher des additions très considérables qui l'ont grossi postérieurement ; cette seconde partie est une continuation du récit primitif, et jamais elle n'en a été indépendante. Enfin le troisième élément comprend la plupart des grandes additions qui ont donné au poème sa forme définitive, par conséquent les Voyages de Télémaque avec tout ce qui en dépend.

Le grand mérite de cette conception, c'est de jeter une vive lumière sur le développement organique

de l'autre, pour reconstituer l'ensemble primitif (Kœchly, Opusc, philolog., t. I, p. 187 et suiv.).

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