ACHEVEMENT DU POEME
sources les plus importantes dont dispose la critique, quand elle veut s'instruire de l'origine et de l'âge relatif des parties du poème.
Ce fut sans doute l'achèvement de V Iliade qui détermina celui de YOdyssée. Nous avons vu comment V Iliade^ en grossissant peu à peu par des chants intercalés, finit par former un ensemble qui ne pouvait plus s'étendre sans inconvénient, et comment alors, sous l'induence sans doute de l'instinct historique qui commençait à naître, quelques raccords plus ou moins habiles lui donnèrent la forme d'un poème achevé. VOdt/ssée subit naturellement les mêmes modifications. Elle aussi tendit de plus en plus à devenir un poème.
Dans l'état où nous venons de la décrire, elle était assez notablement inférieure à V Iliade an étendue. Il semble que le poète qui l'acheva ait été préoccupé du désir de rendre les deux poèmes aussi semblables que possible l'un à Tautrc.
Sa création principale fut la Télémachie^ c'est-àdire le groupe des quatre premiers livres actuels. VOdyssée primitive étant constituée comme nous l'avons dit, il était impossible, à moins d'un remaniement complet, de tirer de la légende même du retour d'Ulysse la matière d'un préambule quelconque. Les récils du héros chez Alkinoos, avec les chants d'introduction, Tembrassaient en effet tout entière. Le poète y suppléa de la manière la plus ingénieuse. Il s'avisa de grossir VOdyssée par des emprunts à la légende générale du retour des Achéens, et pour cela il mit en scène quelques-uns des com-
pagnons d'Ulysse racontant leurs aventures. Le personnage du jeune Télémaque lui servit fort heureusement à renouer cette addition à la série des chants déjà existants. En racontant ses voyages chez Nestor et Ménélas, il ajouta toute une partie préliminaire au poème. Cette addition entraîna par une conséquence naturelle des remaniements assez profonds dans la seconde partie. Comme Télémaque y jouait déjà un rôle, il fallut le ramener à Ithaque après Ten avoir éloigné; et de là les raccords médiocrement heureux que nous avons signalés en analysant la partie du poème qui s'étend entre les livres XIII et XVI.
Si les dernières scènes du vingt-quatrième livre, c'est-à-dire la Reconiiaissance (T Ulysse et de Laerte et le Combat avec les gens (ï Ithaque^ ne constituent pas une des additions mentionnées tout à l'heure, c'est sans doute aussi à ce poète qu'il faudrait les attribuer. UOdyssée en effet, telle qu'elle allait sortir de ses mains, n'était plus une série de scènes, c'était une action complète, agencée dans toutes ses parties, et qui devait par conséquent aboutira un dénoiimenl. Si ce dénoùmcnt n'existait pas encore, il ne put faire autrement que de l'ajouter.
Grâce à ce travail d'achèvement, VOdijssée devint le poème que nous possédons, sauf peut-élre quelques interpolations postérieures sans grande importance. Quelles que fussent les dissemblances qui subsistaient entre ses parties, elle prit l'aspect extérieur d'une composition qui aurait été faite d'après un plan arrêté d'avance. L'arrangement de cet ensemble eut môme en apparence quelque chose de plus réfléchi que celui des parties de VIliade. Cela provint de deux causes : d'abord de l'idée primitive qui avait fait d'Ulysse lui-môme le narrateur de ses