‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 157 sur 261 · CONTINUATION DU RECIT · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU RECIT

trois derniers chants étroitement unis ensemble et formant un groupe presque indissoluble. Il serait téméraire de vouloir déterminer aujourd'hui avec précision dans quel ordre chronologique les différents actes de cette longue série épique ont été produits. Dans leur état actuel, ils se font suite les uns aux autres, mais les premiers ne sont pas si indispensables aux derniers que ceux-ci n'aient pu exister d'abord sans les autres. Il est donc possible que le poète, allant d'abord aux situations principales, ait ensuite agrandi son œuvre à loisir. Tout en ce genre lui était permis, et chaque jour lui apportait son inspiration.

On peut dire que VOdtjssée en cet état devait avoir un charme et une beauté, qui, loin de s'être accrus dans la suite par des perfectionnements apparents, en ont été plutôt diminués. Nous voyons trop aujourd'hui, dans la seconde partie, un poète qui se donne de la peine pour mener parallèlement plusieurs récits, et en somme un certain nombre de scènes sont plus utiles que vraiment intéressantes. Au contraire tout était attachant et vivant dans ces scènes primitives qui se succédaient sans être liées. Poésie sans entrave, sans scrupule dogmatique, sans raideur d'aucune sorte, essentiellement souple et indépendante, qui choisissait librement dans un vaste sujet les parties aimables et fécondes, et n'avait aucun souci d'être complète pourvu qu'elle fût dramatique et qu'elle plût. L'imagination des auditeurs suivait celle du poète et ne lui imposait pas d'exigence pénible. Nulle habitude de prose ne se mêlait encore à ce délicieux commerce de pure poésie entre des esprits également jeunes. On ne demandait pas à l'épopée de ressembler à une chronique, ni de marcher sur une grand'route à pas comptés. Fille

de rimagination, elle avait des ailes et osait encore s'en servir pour voler. Ce n'était plus, il est vrai, cet élan superbe, qui, au temps de Vlliade^ la soulevait si puissamment et l'emportait dans la plus haute région de poésie ; mais c'était encore un vol charmant, plein de grâce et de fierté, qui errait audessus des servitudes de la terre.

S'il paraît probable que les scènes mentionnées sont l'œuvre d'un même poète, il ne faut cependant pas être trop afRrmatif à cet égard. Dans un temps où l'essor poétique est uni à une docile simplicité, il se peut fort bien que l'œuvre du disciple se confonde avec celle du maître. En tout cas, en admettant que toutes les scènes principales aient été produites par un seul et môme génie, il ne paraît guère possible de ne pas attribuer à des imitateurs les scènes secondaires qui les grossissent aujourd'hui. Il suffit en effet de se représenter la série de chants que nous venons d'indiquer pour comprendre combien le succès qu'elle obtint devait engager de nouveaux aèdes à la développer par des chants accessoires. Ceux-ci trouvaient place tout naturellement au milieu des précédents, el tanlol ils étaient liés dans la récitation à quelques-uns d'entre eux, tantôt ils s'en séparaient. Tous les épisodes du dix-huitième livre par exemple, la lutte avec Iros, la visite de Pénélope aux prétendants, l'insolence de Mélantho, Toutrage d*Eurymaque à Ulysse peuvent être considérés comme des additions de ce genre. Nous nous contenterons ici de signaler d'une manière générale ces chants accessoires. On les reconnaît souvent à leur caractère d'imitation; il arrive môme que des emprunts textuels plus ou moins considérables contribuent à les déceler. L'étude de ces emprunts est, pour VOdyssée comme pour \ Iliade, une des res-

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