‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 162 sur 261 · Odyssée, IX · texte numérisé non relu

Odyssée, IX

dramatique là où le poète de V Odyssée cherche plutôt la justesse descriptive.

Si cette manière nouvelle est inférieure à l'ancienne par certains côtés, il faut reconnaître qu'elle a mis à la disposition des poètes des ressources qui ont bien leur prix. Ce qu'ils perdent en puissance, ils le regagnent en agrément. Les chants de VOdyssée qui représentent Ulysse chez Eumée marquent vraiment Tavèncment d'une poésie nouvelle. C'est dans celte partie du poème peut-être qu'il y a le moins d'action ; mais c'est là aussi que se laisse le plus délicatement sentir ce qu'on pourrait appeler le mérite propre de VOdyssée. L'épopée, tout en gardant sa noblesse native, se fait là presque familière ; le poète est tout près de devenir conteur; il se plaît aux petites choses, et il sait en dégager admirablement tout ce qu'elles contiennent d'aimable ou de touchant. La nature agreste, qu'on entrevoyait seulement çà et là dans V Iliade par ces échappées de vue dont nous avons parlé, prend ici bien plus d'importance. Sans doute, ce n'est encore qu'un fond de scène, et l'action reste loujouis, pour le narrateur comme pour nous, la chose principale. Mais ce fond de scène n'est pas un décor indifférent: il prête à l'action un charme particulier, et il nous occupe assez agréablement pour qu'elle puisse se ralentir sans que nous songions à nous en plaindre. Qui ne sait gré à l'épopée grecque d'avoir un peu oublié ses traditions de gianchnir idéale pour nous peindre, comme elle Ta fait, la demeure rustique du bon Eumée ?

« Ulysse lo trouva assis devant sa maison: là était une haute élable, jurande et belle, siluée sur un point élevé, el accessible de toutes parts. Le porcher l'avait construite luimême pour ses animaux, après le départ du roi, sans Tordre

de Pénélope ni du vieux Laerte; il l'avait faite en grosses pierres et avait garni le mur de prunier sauvage. En dehors, il avait enfoncé en terre une longue série de pieux très serrés, tous taillés dans du cœur de chêne. En dedans de la cour, il fit douze hangars rapprochés, pour y loger les porcs. Dans chacun de ces hangars, cinquante truies étaient couchées sur le sol, destinées à Taccroissement du troupeau; les mâles dormaient au dehors, bien moins nombreux, car les prétendants, divins héros, en avaient pris beaucoup pour leurs festins... Tout auprès, des chiens, semblables à des bêtes féroces, veillaient, la nuit ; ils étaient quatre, nourris par le porcher, chef des serviteurs. Eumée était occupé alors à attacher à ses pieds ses chaussures à l'aide de courroies qu'il avait coupées dans un solide cuir de bœuf. Des autres serviteurs, trois étaient allés de divers côtés avec les troupeaux de porcs; le quatrième, Eumée l'avait envoyé à la ville, pour conduire un porc aux prétendants orgueilleux — dure nécessité — afin qu'après le sacrifice ils eussent de quoi banqueter à leur aise*. »

Cette représentation des choses familières, si finement exacte sans être jamais fatigante ni surchargée, nous la trouvons partout, et toujours avec plaisir, dans cette seconde partie de VOdyssée. Ici, c'est la campagne; ailleurs la grand'roule, la source des Nymphes où les passants ont coutume de s'arrêter, le palais, avec ses cours, ses salles, l'appartement des femmes, les pièces où sont gardées les armes, les dépendances où vont et viennent les serviteurs. La vie rustique et celle qu'on menait alors dans les demeures des grands nous sont racontées et décrites avec une foule de détails aussi variés qu'intéressants. Voici par exemple le retour des troupeaux à l'étable et le sacrifice qui précède le repas du soir:

« Ulysse et Eumée s'entretenaient ainsi, lorsque revinrent à l'étable les troupeaux de porcs accompagnés de leurs gar-

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