‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 183 sur 261 · CHRONOLOGIE HOMÉRIQUE · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE HOMÉRIQUE

il devient évident qu'elle n'a pu naître avant l'an 1000. Mais il faut nous souvenir en outre que nous n'avons pu attribuer soit à Kymé, soit à Smyrne que des chants préparatoires en quelque sorte, et non ceux qui constituent aujourd'hui V Iliade. Ceux-ci sont nés à Chios sous une influence éolienne, par conséquent après que la poésie épique des Eoliens avait pris déjà son essor et que la légende de la guerre de Troie était devenue populaire. Bien qu'il soit impossible évidemment d'apprécier le nombre d'années nécessaire à ces divers progrès de la poésie, on voit que les premiers chants de Vlliade ne peuvent remonter au delà du milieu du dixième siècle avant notre ère (950).

Mais est-il certain ou môme probable qu'ils soient aussi anciens ? L'ensemble de Vlliade était certainement achevé depuis peu de temps vers le commencement des Olympiades, c'est-à-dire au milieu du huitième siècle, lorsque les premiers poètes cycliques, Arctinos de Milet notamment, entreprirent de raconter les événements qui avaient précédé ou suivi ceux du poème. On ne comprendrait pas en effet comment le mouvement poétique qui avait produit Vlliade^ et qui allait produire le cycle, aurait été interrompu pour reprendre quelque temps après.

Si donc Vlliade avait été commencée au dixième siècle, il aurait fallu deux cents ans pour conduire ce poème à sa fin. Il y a plus de vraisemblance, semblet-il, à supposer que la période préparatoire, celle (|ui a eu pour théâtre Kymé et Smyrne, s'est prolongée pendant le dixième siècle tout entier; ce serait alors au neuvième seulement que les premiers chants de Vlliade auraient pris naissance. Nous nous trouverions ainsi d'accord avec Hérodote, qui pen-

sait qu'Homère avait vécu quatre cents ans avant lui (vers 850)*.

C'est on vain d'ailleurs qu'on a cherché à tirer de VIliade elle-inôme des indices qui permissent d'en fixer les dates'. Les allusions à l'opulence de Thèbes d'Egypte (//., IX, 381 et suiv. ; cf. Odyss., IV, 126) ou à la puissance de Rhodes (//., II, 053 et suiv.) sont de telle nature qu'il est impossible d'en déduire aucune conclusion solide. lien est de même, à bien plus forte raison, de celles qui sont purement hypothétiques'. Quant à la peinture des mœurs et des institutions, elle ne peut rien nous apprendre de précis rehitivemcnt à la chronologie du poème, non plus que Tarchéologic, dans Télat actuel des connaissances sur ces matières. Le mieux est donc de répudier absolument les conjectures spécieuses qu'on est tenlé parfois d'élever sur ce fondement fragile.

V Odyssée^ comme nous l'avons vu, est certainement postérieure dans son ensemble à VIliade. Toutefois elle ne peut Tétre de beaucoup. La partie la plus ancienne du poème, celle qui raconte les voyages d'Ulysse, a du naître avant le grand essor de la navigation hellénique en dehors de rArchipel, c'cst-à-

1. Hérodote, II, 53: 'llaiooov xai "Oiar^cov f^X'.xîTjv Tci^axo^ioiai STsa». 00x^(1) {JL£U np£a6uTepo*j; f^ve'aOat, xa\ où Tikioz\.

2. Gladstouo, llomvric synchronism. Bcrgk, daus son llisloirc de la litt. f;rcctfue^ a ou tort, selou moi, de ne pas reuoucer frauchenicnt à ce genre de tentatives hasardées.

3. Uergk a pensé que le rôle syiupalhi(|ue attribué à Hector dans le poème s'expli<iuait en partie par le fait qu'un Hector it/nien régnait alors à Cliios (Pausan., VII. i). Mais il est à remarquer d'aliord que les dates du règno de cet Hector sont loin d élre aisées à déterminer. Knsuile la plupart des personnages troyons de V/iiade, Paris, Hécuhe, Andromaque sont représinlés aussi bien quHector sous des traits qui n'ont rien d'odieux. C est d«)nc là une habitude de la poésie homérique.

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