PARTIE THEBAINE DU CYCLE
rique tentait, composait sa Thébatde^ en prenant, il est vrai, Antimaque pour modèle, mais sans doute en suivant aussi de loin le poème cyclique, comme il allait un peu plus tard suivre les poèmes troyens dans son Achilléide. Tous ces faits réunis prouvent au moins la grande importance littéraire de la Thébaîde. On ne peut douter qu'elle n'ait été un de ces poèmes féconds, qui, par l'heureux choix du sujet ou par la force de l'invention première, agissent puissamment sur les imaginations et renaissent pendant longtemps dans des œuvres toujours nouvelles.
Bien que la date de cette composition poétique ne nous ait été donnée par aucun témoignage ancien, on est en droit d'en affirmer la haute antiquité. Anonyme comme V Iliade et VOdyssée, la Thébaîde semble appartenir à cette période primitive où la poésie était encore presque impersonnelle. En outre, certains traits de mœurs tout à fait barbares ne permettent guère de la rapporter à une date plus récente*. D'ailleurs les allusions de Vlliade, et en particulier celles du livre IV, qui sont fort détaillées, nous montrent que la légende, sinon le poème, était déjà entièrement formée lorsque Vlliade fut achevée.
« Tydée, dit Agamemnon dans un de ces passages *, vint en ami à Mycènes, avec le hëros Polynice, quand il cherchait à rassembler Tarmée qui ensuite marcha contre les murailles de Thèbes. Tous deux priaient pour qu'on leur
— armaque fraternac tristia militiae, — atque, ita sim felix, primo côntcndis Homero...
1. Tydce mourant y brisait le crûne de son ennemi Mélanippe, pour dévorer sa cervelle (Welcker, CycluSy t. II, p. 364, d*aprc8 un fragment de Sophocle, chez Hérodien, IIspi (r/^TjjxaTwv, p. 57).
2. Iliade, IV, 376 et suiv. — Autres allusions, V, 803 sqq.; VII, 223; X, 285.
donnât de vaillants auxiliaires. On se laissa persuader, on accorda ce qu'ils demandaient ; en vain Zeus détournait les Mycéniens de cette entreprise par des signes funestes. Quand Tarmée fut partie et qu'elle eut fait déjà beaucoup de chemin, elle parvint aux rives de TAsopos, bordées de joncs épais et couvertes de gazon ; là, les Achéens s'entendirent pour charger Tydée de porter des propositions. Il alla donc et trouva les Cadméens réunis en nombre pour un festin dans la demeure d'Etéocle. Tout étranger qu'il était, le vaillant cavalier Tydée n'eut aucun effroi, seul au milieu de cette multitude de Cadméens. Il les provoqua à des combats simulés, et il les vainquit tous sans aucune peine : tant il était assisté par Athéné. Pleins de colère, les Cadméens, ardents cavaliers, allèrent lui dresser une embuscade, comme il retournait vers les siens ; cinquante jeunes gens l'attendirent, et ils avaient deux chefs, Méon l'Hémonide semblable aux Immortels, et le fils d'Autophonos, le belliqueux Polyphontès. Mais Tydée fit tomber sur eux la mort affreuse, il les tua tous, sauf un, qu il laissa rentrer dans sa maison. »
Tous ces détails précis dénotent une légende déjà popularisée par des chants épiques \ Est-ce à dire toutefois que le poème lui-méinc existât dès ce temps, sous sa forme complète et définitive? On peut en douter, car il est dit dans VOdyssée (XV, 244 et suiv.) que le devin Amphiaraos mourut sous les murs de Thèbcs; or la tradition recueillie dans la Thébaïde était différente et plus merveilleuse; le devin, englouti sous la terre avec son char, continuait à y vivre glorieusement en rendant des oracles. Cela ferait croire que la Thébaïde ne fut achevée et constituée en poème qu'après VOdyssée^. Une tradi-
1. Notez aussi le grand rôle deTirésias au XI« livre de Y Odyssée. Tirésias est le devin tliébain par excellence : il devait être déjà populaire, quand ce XI« livre fut composé.