‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 207 sur 261 · MYTHES MORAUX · texte numérisé non relu

MYTHES MORAUX

fut élevée à un certain degré de réflexion; leur multiplication et leur popularité furent certainement un des faits marquants de la période immédiatement antérieure aux poèmes hésiodiques.

Au reste, ce qui le prouve d'une manière frappante, c'est qu'Hésiode, quand il s'en sert, les suppose connus de ses auditeurs dans ce qu'ils ont d'essentiel. Lorsque l'auteur des Travaux introduit dans son poème le personnage de Prométhée, il ne se croit pas tenu de le présenter à ses auditeurs comme s'il leur était étranger; laissant de côté beaucoup de choses que tout le monde sait, il n'insiste que sur ce qui convient à son dessein ; l'obscurité de quelques parties de son récit provient précisément de ce qu'il procède par allusion là où nous aurions besoin d'un exposé complet. Cet ensemble qui nous manque existait alors sous une forme arrêtée et jusqu'à un certain point populaire. Ce n'était pas assurément dans un chant épique proprement dit; c'était donc dans des chants narratifs d'un caractère religieux, c'est-à-dire dans des hymnes.

Outre les généalogies et les mythes moraux, que trouvons-nous encore dans la poésie hésiodique? Des apologues, des sentences, des préceptes techniques. Chacun de ces éléments mérite d'être étudié dans ses antécédents; mais d'une manière générale, ils se ramènent à une double origine, à la fois populaire et religieuse.

Si l'on considère dans le poème des Travaux et des Jours cette sorte de calendrier qui s'appelle proprement les Jours^ on ne peut s'empôcher d'ôtre frappé

de son caractère dogmatique et religieux. Ce n'est pas au nom de l'expérience que le poète enseigne, c'est en vertu d'une science traditionnelle qui s'autorise d'une révélation des dieux \ A qui cette science appartenait-elle? A ceux sans doute qui faisaient profession de deviner l'avenir. Un autre poème hésiodique était intitulé V Ornithomantie ; nous trouvons dans ce titre la confirmation d'une hypothèse qui s'impose à nous. Il n'est guère possible que les devins n'aient pas résumé de très bonne heure les préceptes de leur art dans des recueils versifiés qui étaient pour eux comme des codes sacrés. De même que le vers épique a été employé dès la plus haute antiquité pour les oracles, afin de leur donner plus d'autorité et de les rendre plus aisés à retenir, il ne pouvait manquer de l'être aussi pour fixer ces préceptes arides et immuables qui ressemblaient tant à des oracles. Ce n'est pas tel ou tel poète en particulier quia pu être l'inventeur de cette poésie chresmologique : c'est la force des choses qui l'a rendue nécessaire et qui l'a créée, dès qu'il y eut une versification assez souple pour cet usage. Cela étant, on ne peut douter que la poésie hésiodique ne procède, en ce qu'elle a de prophétique, de cette poésie toute spéciale. Par là encore elle est religieuse dans ses origines et jusqu'à un certain point sacerdotale, bien que Fauteur des Travaux lui-môme n'ait été rien moins qu'un prêtre.

Dans le même ordre d'idées, il faut tenir compte aussi de l'influence que les oracles proprement dits ont exercée sur elle. Nous avons vu que les anciens attribuaient quelquefois à la première Pythie, Phémonoé, l'invention du vers hexamètre. Sans prêter à

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