ÉLÉMENT GÉNÉALOGIQUE
de rattacher les origines de la poésie généalogique, comme nous y avons rattaché celles du chant épique proprement dit. Sans doute nous ne possédons pas d'hymnes antérieurs à Hésiode, et nous ne pouvons par conséquent nous appuyer sur des preuves positives. Mais la Théogonie elle-même n'est-elle pas en quelque sorte une série d'hymnes généalogiques'? L'auteur de ce poème emploie à plusieurs reprises l'expression consacrée O^jLveTv pour désigner son récit; n'est-ce pas donner à entendre qu'il se considère bien comme l'héritier des poètes d'hymnes qui l'avaient précédé? El comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement? L'élément généalogique n'était-il pas en effet comme le fond nécessaire des hymnes primitifs? Dans une religion polythéiste qui n'avait pas de livres sacrés, il fallait bien que chaque culte local se définît lui-même par les chants dont il se servait ; il ne pouvait mieux le faire qu'en racontant l'origine du dieu qu'il honorait. D'ailleurs aux dieux se rattachaient les héros et à ceux-ci les rois d'alors. Les généalogies étaient comme les archives vivantes des grandes familles, et les hymnes comme le dépôt sacré de ces archives*.
1. Ménandre le rhéteur, de Encomiis (Walz^ Bhetor. graeci, t. IX, p. 149) : ^Stcov^cu; G(jlvov EOpsTv eIV] av tcov Oecov, êv &> to ycvfaXoyixov fiovov çépYjxai, isXtjv iïxiç 67CoXa(x6àvoiTà{ ©EO^ovia; u(jlvouç eivat Oscjv.
2. Il est curieux de retrouver dans l'Inde moderne l'usage de la poésie généalogique. On y rencontrait encore, il n'y a pas fort longtemps, c des généalogistes chantants qui retenaient par cœur la suite des filiations, et venaient aux mariages et aux fêtes, rappeler les hauts faits et les traditions de la famille i. (Rob. de Bonnières, Une journée à Lahore, Revue politique, 10 avril 1886.) Quelque chose d'analogue existait chez les anciens Bretons ; voir Aug. Thierry, Conquête de l'Angleterre par les Normands^ t. I, p. 37 : t D'antiques généalogies, conservées soigneusement par les
C'est sans doute aussi à cette même poésie religieuse que sont dus les mythes hésiodiques qui se rapportent à la destinée humaine, tels que ceux de Prométhée et de Pandore et des âges du monde. Déjà, dans les poèmes homériques, nous en trouvons quelques-uns de ce genre : le mythe des Prières, au IX® livre de VIliade (v. 502 et suiv.), celui des deux tonneaux où Zeus puise les biens et les maux au XXIV* (v. 527), celui d'Até au XIX^ (v. 91). Mais, chez Homère, ces récits d'un caractère si particulier paraissent trop étrangers à la poésie dans laquelle ils sont môles pour qu'on puisse admettre qu'ils y ont pris naissance. Dans une narration toute dramatique, voici des traces d'une philosophie déjà spéculative : la réflexion des aèdes homériques étaitelle assez tournée vers ces conceptions générales pour qu'ils aient pu créer eux-mêmes de tels mythes? Remarquons qu'en les racontant, ils semblent rapporter toujours de vieilles et saintes choses venues à eux par tradition. Ces mythes préexistaient; ils les ont trouvés tout faits, et ils s'en sont servis. Où les ont-ils trouvés ? Non pas assurément dans la tradition populaire, car ils portent tous la marque d'un esprit philosophique qui sait dégager déjà la pensée abstraite et la revêtir de formes vivantes. Ce sont des poètes qui ont du les créer; cl quels poètes, sinon ceux qui, célébrant les dieux et leur puissance, étaient plus particulièrement appelés à réfléchir sur les rapports de Thomme avec la divinité et par conséquent sur la destinée humaine en général? Les mythes moraux ont eu leur place naturelle dans les hymnes religieux dès que la pensée hellénique se
poètes, servirent à désigner ceux qui pouvaient prétendre à la dignité de chefs de canton ou de famille. ».