‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 258 sur 261 · Clém. d'Alex., Strom., I, p · texte numérisé non relu

Clém. d'Alex., Strom., I, p

5. Suidas, v. IT^Yp^jç (reproduit par Eudocie, Violar.y 814); Dion Cbrysost., Orat.j lxvi; Lucien. Herrnot., 17; Scol. ad Philo^ pseud.j 3. Harpocration, Mapy^XTjç. Hésychius, MapYijxrjî et MapY^Tijç. (Peut-être au mot MapYTJXT); trouve-t-on une allusion à une des aventures comiques du héros.)

Quelle que fut l'action, Margitès s'en allait donc à travers la vie en s'achoppant à toutes les pierres et en donnant de la tôte contre tous les murs ; c'était, pour ainsi dire, l'antithèse vivante d'Ulysse. Le génie grec s'était offert en celui-ci le spectacle de l'intelligence déliée, pratique, prête à tout, manifestant les qualités dont il était le plus fier ; il s'amusait à présent àconsidérerdans l'autre les défauts les plus opposés. L'élément satirique, qui apparaissait à peine dans l'ancienne épopée sous les traits de Thersile, s'était dégagé complètement et devenait épique à son tour dans ce récit nouveau qu'il remplissait.

Par là même, on ne peut admettre, comme l'antiquité l'a cru, que le Margitès ait été composé par le premier auteur de Vlliade\ L'âge des grandes inspirations héroïques n'est pas celui de la satire, et lorsqu'on se passionne si ardemment pour les héros, on ne descend pas volontiers aux choses ridicules et vulgaires. L'esprit de ce poème, tel que nous pouvons encore le deviner, appartient manifestement à la période qui commence aux Travaux d'Hésiode et où brille principaleincnl Archiloque. L^n réalisme hardi et vigoureux se mêlait alors à la poésie. Celleci se détaehail des choses du passé pour se donner à celles du jour ; la réflexion morale prenait une inleusilé et une aprelé toutes nouvelles ; et tout cela s'associait naturellement à la haute fantaisie aussi vivante que jamais. Le Margitès naquit alors, et, comme pour marquer cette association si frappante de l'épopée à la salire, le poète anonyme qui le conçut y inéla le vers iambiquc, dont la fortune com-

1. Arist., Poét.y c. IV ; Mor. à Nicom.j VI, 7; à Eudcme, \, 7. Platon, Second Alcibiadcj p. 231. Plularque, Démosth., xxiii, etc.

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mençait, avec le vers héroïque, déjà illustré partant de chefs-d'œuvre \

Ce poème remarquable, simplement entrevu par nous dans une demi-obscurité, nous montre bien où en était l'esprit grec à la fin de l'âge épique.

Depuis quatre cents ans, la Grèce apprenait chaque jour à penser plus hardiment et plus fortement. Elle avait commencé par un rôve magnifique, celui de l'épopée. L'homme y menait une vie presque divine. Il y était grand par le courage, par la protection de ses dieux, par la noblesse de sa race, par le déploiement de sa force. Une sorte de rayonnement merveilleux l'y environnait. L'héroïsme était l'état naturel de son âme, et les misères de sa vie ne se laissaient voir qu'autant que l'art et la vérité poétique les réclamaient pour rendre vraisemblable cet héroïsme, h^ Iliade, voilà le type incomparable de cette poésie tout éprise d'idéal. Mais peu à peu, l'ombre de la réalité monte sur cette grande lumière ; la vision se rapproche de l'observation. Déjà, dans VOdyssée^ l'héroïsme est moins soutenu, le rêve poétique est moins pur et moins haut; une philosophie pratique, un sentiment fort des conditions vraies de Li vie s'y manifestent ; soumis à des épreuves prolongées, le héros principal s'y exalte moins dans sa force et subit d'une manière plus humaine sa destinée. Et toutefois, c'est peu de chose encore. Mais, dans les Travaux^ le changement est grand et pro-

1. Héphestion, Manuel, p. 64; Marius Victorinus, Ars meirica, 1, II et III.

fond. Là, le rôve de la vie héroïque est dissipé; à peine si, de temps à autre, le poète nous le laisse encore apercevoir comme flottant dans le lointain. Quant à lui, il est tout entier aux choses présentes ; et c'est de ces choses môme que sort sa poésie ; elle est faite des impressions quotidiennes qu'il en reçoit et des résistances que sa nature énergique y oppose. Le sentiment personnel y est puissant; elle implique une réflexion ferme et persistante, qui tend à prédominer sur l'imagination elle-même. Il est vrai que dans le même temps la poésie héroïque vit encore dans les longs récits du cycle ; mais l'infériorité même de ces récits semble indiquer que le sentiment public n'est plus entièrement avec eux. On tient sans doute à conserver la mémoire des choses passées, mais on veut vivre de plus en plus dans le présent. Si la poésie hésiodique est locale à l'origine, elle n'en traduit pas moins une manière de sentir qui est générale ; la naissance d'une littérature satirique, dont le Margitès peut être regardé comme le type, atteste que l'homme a pris la place du héros et qu'au plaisir de rôvcr on associe de plus en plus celui déjuger.

Voilà donc une tendance bien accusée, dont l'effet dernier ne pouvait être que de substituer à la poésie narrative une poésie plus personnelle. Mais il ne faudrait pas croire que celle-ci en naissant ait chassé l'aulrc au point de n'en rien laisser subsister. Non seulement la poésie épique a survécu pendant tout l'âge lyrique et au delà par les récitations des rhapsodes, mais elle y a exercé une influence de tous les instants. C'était elle qui avait constitué d'une manière définilive les principales légendes ; et ces légendes renfermaient à la fois presque toute l'histoire et toute la sagesse des siècles prérédenls; il était ini-

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