‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 55 sur 261 · Pausan., IX · texte numérisé non relu

Pausan., IX

fcstations à peu près contemporaines du génie hellénique, nées toutes deux d'un même état général de civilisation et répondant aux mômes besoins, mais, autant que nous pouvons en juger, dues à des influences diverses et marquées par suite de caractères diff'érents.

Plus novateurs que leurs frères d'Europe, les Grecs orientaux se sont toujours montrés moins sévères qu'eux dans leurs goûts. Il est donc vraisemblable que leur poésie religieuse a du, dès l'origine, se parer, pour ainsi dire, plus richement, en faisant une plus large part à l'élément musical. C'est ce que les traditions anciennes semblent confirmer, lorsqu'elles attribuent à Apollon la cithare et à Olen l'invention du vers hexamètre.

La phorminx ou cithare ((pspjjLiv^, xiOapiç ou xtôapa), bien qu'inventée selon la légende mythologique par Hermès *, est proprement l'instrument d'Apollon. La poésie ancienne a représenté bien des fois ce dieu jouant de la cithare, tandis que les Muses chantent des hymnes *. 11 est donc naturel de penser que cet instrument a été dès la plus haute antiquité associé à son culte, et que l'un et l'autre ont eu à peu de chose près les mômes destinées. La cithare, fort simple à l'origine, convenait très bien aux chants primitifs '. Elle se prêtait à marquer fortement le

1. Hymne homérique à Hermès^ v. 25 et suiv. Il est facile de voir que dans cette légende Hermès joue simplement le rôle d'inventeur, parce que l'invention est son attribut essentiel; mais la cithare ne lui appartient pas.

2. Iliade, I, 603: ...90p[xiYY05'^Ê?iît*^^oç, î^vr/^* 'AtioXXwv — Mouadccdy 0* a? oUiBov a[xEi6d{x£vai 67:1 xaX^. Les passages analogues sont nombreux; voyez notamment Hymne à Hermès, v. 4 et suiv., 335 et suiv.; Pindare, Ném., Y, 41 et suiv., Bergk.

3. On sait en quoi elle consistait essentiellement : des cordes

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rythme, et par suite elle dut contribuer au perfectionnement qu'il reçut par la création de l'hexamètre.

Diverses traditions avaient cours dans l'antiquité au sujet des origines du vers épique. On en faisait honneur principalement, soit à la première Pythie de Delphes, Phémonoë, soit au lycicn Olcn *. Cette seconde attribution est évidemment la plus vraisemblable. Le collège sacerdotal de Delphes, en donnant aux oracles la forme de vers, se proposait de les rendre à la fois plus faciles à retenir et plus majestueux ; il devait de toute nécessité se servir pour cela de mètres déjà connus, déjà familiers par conséquent à ceux qui venaient consulter le dieu ; et parmi les mètres de ce genre, il était impossible qu'il ne préférât pas ceux qui étaient consacrés aux hymnes religieux. La poésie a donc servi de modèle

tendues au-dessus d'une sorte de boite sonore, formée parfois d'une écaille de tortue, s'attachaient par leur extrémité supérieure à un joug (î^oY^v) porté par deux bras ()wî)ç^6t;) ; le musicien les faisait vibrer soit en les touchant du doigt, soit à l'aide d'une petite pièce d'ivoire ou de métal recourbée qu'on appelait le perculseur (TiXijxipov). Le nombre de ces cordes s'accrut a mesure que l'art musical fit des progrès : ou peut dire, sans fixer de dates, qu'il y en eut d'abord trois, puis quatre, dans la période primitive.

1. Tbeod. Mail. ap. Gaisford, Script, lat, rei metricx, 537 : « Metrum dactylicum hexametrum inventumprimitusab Orpheo Critias asserit, Dcmocritus a Musseo, Persinus a Lino, permulti ab Homero. • Clem. Strom.y I, c. 16 : *'E?i oaai to tjoûov to IÇajxETpov ^avoOê'av TTjv ^vabca *Ixapfou,ot 8è ©ifiiv, fx^av t<3v Tttav^Swv, eOjsiTv. — Phémonoc : Proclus, Chrestom, ap. Photium, cod. 239 (p. 319, éd. Bekker) : Kai {Xé^i IIpc^xXoc) on x6 £;:oç ti^sûtov (xàv eoeo^oe <j>7]fxovdy] ij *Aic<iXXwvoç Tupo^^riç IÇafxgTpoi; ypTjafxoîç y pïjaapL^vï) . Cf. Eustath. ad Iliad.y p. 4, 1. — Oleu: Pausan., X, 5. — Traditions divergentes, Plutarque : Pourquoi la Pythie a cessé de parler en vers, p. 621, et beaucoup d'autres.

à l'oracle, et non l'oracle à la poésie*. Ajoutons, s'il faut ici un témoignage, que la tradition favorable à Olen, c'est-à-dire à la poésie apoUinienne orientale, est rappelée et confirmée par une Béotienne * ; ce fait prouve que, même dans la Grèce centrale, les prétentions de Delphes étaient loin d'être acceptées.

Que faut-il d'ailleurs entendre au juste par l'invention de l'hexamètre ? Il est bien clair qu'un organisme aussi parfait n'a guère pu naître un beau jour tout formé de l'esprit d'un homme '. C'est l'expérience seule, selon l'observation d'Aristote, qui a dû l'approprier à sa destination *. On peut se faire au moins une idée de ses transformations probables.

Le pied qu'on nomme dactyle est l'élément fondamental de l'hexamètre'. Deux choses le caractérisent nettement. Il est composé de deux temps égaux, et le temps fort y précède le temps faible; il faut ajouter que le second temps, bien qu'égal au premier, en diffère pourtant, puisque l'un est

1. L'oracle de Delphes d'ailleurs ne semble avoir pris toute son importance que postérieurement au grand développement de la poésie épique ionienne. Bouché-Leclercq, Hist. de la divination dans l'antiquité j Paris, 1879-1882, t. I, p. 359 et suiv.

2. Bœo, dans Pausan., X, 5 : Ilpâio; ô' ap)(^ot{(i)v Itc^ùiv TcxTT|vax' aotSav .

3. G. Hermann, Elem, doctrinx metricXy p. 331 : Nec saoe immerito divinum quid habere visa est hujus versus inveotio, etc.

4. Aristote, PoétiquCy 24 : T6 8à [x^tpov t6 fjpcotxov âico x^ç la^paç jJpfjLOxev (se. T^ inoKQicf).., et plus loin : aûi^ f) 9601; SiSamst xo àpfidrcov auTTJ.

5. PhilologuSy t. XI, p. 328, article de E. von Leutsch sur Y Origine des noms des pieds grecs. L'auteur établit que le dactyle est le pied le plus ancien et qu'il y a eu d'abord une poésie parement dactylique (p. 349).

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formé d'une longue, l'autre de deux brèves. Il résulte de là que le dactyle est grave et bien pondéré, sans monotonie et sans lourdeur. Il convenait, par suite, mieux que tout autre pied, à des chants religieux plus solennels que passionnés, et sans doute le sentiment des premiers poètes d'hymnes ne s'y est pas trompé. Dès qu'on eut commencé à chercher un moyen de rythme dans la quantité relative des syllabes et dans leur groupement, ce qui fut le fait de l'instinct, on dut reconnaître immédiatement qu'entre les combinaisons élémentaires qui s'offraient d'elles-mêmes, aucune n'était mieux appropriée que celle-là à l'usage qu'on en voulait faire*.

Mais le dactyle une fois adopté comme pied fon-

1. Bergk (Geschichte der griech. Literatuty t. I, p. 382 et suîv.) exprime une opinion fort différente. Frappé de l'importance du rythme anapestique dans les chants populaires de l'ancienne Grèce, il pense que les premiers hymnes religieux et même les premiers chants épiques durent être composés dans ce mètre, et que l'hexamètre sortit plus tard de la réunion de deux membres anapestiques incomplets (le premier diminué de sou commencement : 2 wwx wwx; le second de sa fin : wwi wwxwwi w). Si l'on rapproche bout à bout ces deux membres, on a eu effet un vers hexamètre, ou du moins l'apparence d'un vers hexamètre; en réalité le rythme en est tout différent. Le moindre défaut de cette combinaison est d'être entièrement arbitraire. D'ailleurs la conjecture même sur laquelle elle s'appuie est loin d'être probable. Sans doute l'anapeste domine dans les chants populaires ; mais les hymnes religieux n'ont jamais été des chants populaires ; ils ont dû avoir au contraire dès Torigine un caractère de gravité, de solennité, qui justifiait et exigeait même l'emploi d'un rythme particulier. Le mètre dactylique était aussi naturel à la langue grecque que le mètre anapestique, et il serait absolument incroyable qu'on eût fait usage de l'un et ignoré la valeur de l'autre, jusqu'au jour où un heureux hasard en aurait révélé la beauté dans une combinaison aussi savante que fortuite.

damcntal dans les hymnes religieux, il est peu vraisemblable qu'on soit arrivé immédiatement à reconnaître qu'il convenait d'assembler les pieds de ce genre six par six pour en composer des groupes toujours identiques.

Si l'on considère le vers de l'épopée homérique, il seml)le qu'on y retrouve encore la trace d'une soudure plus ou moins ancienne qui aurait réuni en un seul tout deux parties autrefois distinctes, bien qu'étroitemcnt liées. La césure penthémimère et la césure dite y.ai:i TptTov Tpox^Tsv, si fréquentes et si naturelles, en sont comme le témoignage subsistant'. D'autre part la comparaison du vers hexamètre avec le pentamètre ne laissc-t-elle pas apercevoir aussi cet ancien état de choses ? Dans le pentamètre en effet, nous voyons une série de six pieds partagés en deux groupes égaux qui se terminent l'un et l'autre par un pied incomplet. On peut expliquer ces faits en admettant une forme élémentaire commune (- ww - ww , ou - ww w) d'où seraient issus

l'hexamètre et le pentamètre*. Un heureux instinct fit sentir de bonne heure, et peut-être même dès l'origine, l'avantage de grouper ces membres deux à deux. Ce groupement dut donner naissance d'abord à une sorte de strophe ; puis la soudure des deux membres devint plus intime, et le vers épique se forma. Ce sont là des conjectures assez pro-

1. G. Hermann, Elem, doctr. metricx, p. 332. — Marîus Victorinus, I, 19. lucisiones etiam versuum, quas Grœci TOfia; vocaotr ante omuia in hexametro necessario observandoe sunt ; omnis enim versus in duo cola furmandus est qui herous hexameter mérite nuncupabitur, si competcnti divisionum ratiooe dirimatar. — Cf. Christ, Metrik der Griecken und liômer, § 205 (2« éd., Leipsig, 1879).

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