PREMIERS CONCOURS
bables, mais en somme des conjectures. Ce qu'il importe de dire, c'est que la constitution définitive de l'hexamètre fut une œuvre des plus remarquables. La dignité naturelle unie à l'agrément, la grandeur associée à la variété, et avec cela une sorte d'égalité qui convient aux longs récits, telles sont les qualités propres grâce auxquelles ce rythme facilita la naissance de l'épopée et la servit ensuite merveilleusement *.
Il est impossible de savoir où et quand se firent ces progrès successifs du mètre épique. Peut-être fut-il ébauché simultanément par les poètes de la Grèce continentale et par ceux des îles. Mais ceux-ci sans doute en tirèrent tout d'abord meilleur parti, et quand la poésie d'Apollon vint se fondre avec celle des Muses, l'essor que prit le génie hellénique ne dut pas peu contribuer au progrès de cet art naissant.
Delphes semblait être le lieu prédestiné où les influences gréco-orientales devaient se mêler avec celles de la Piérie. Par ses origines et ses relations en effet, le grand sanctuaire de la Phocide se rattachait à la fois au nord de la Thessalie et à la Crète, c'est-à-dire aux deux foyers primitifs de la culture
1. G. Hermann, FAem, doctr, metr., ch. XXVI, § 1. Quis est enim qui, si accuratius ejus naturam consideraverit, non admiretur eximiara illam Grœcorum solertiam, qui io ipsis artis primordiis statim illud metrum repereriut, in quo omnia quae gratam varietatem, venustatem, dignitatem carmiuibus adderent, conjuncta cernerentur? etc. — Arist., Poét., 24 : Tô y*? ^iptaiM't araatftciâ-
hellénique, à celui du Nord et à celui de l'Orient. Aussi, lorsque Delphes sortit de l'obscurité, la fusion de ces deux influences ne tarda pas à s'y opérer.
La plus ancienne tradition relative aux concours poétiques de Delphes met précisément ce fait en pleine lumière. « Le premier concours établi à « Delphes dont on fasse mention, nous dit Pausanias, « le premier pour lequel des prix aient été insti- « tués, consistait deLiislec/iantcTun hymne enPhomieur € du dieu, Chrysothémis le Cretois y chanta et y fut « vainqueur ; on dit qu'il était fils de Carmanor qui « purifia Apollon. Après Chrysothémis, Philammon, « dit-on, fut vainqueur au concours du chant, et, « après Philammon, Thamyris, son fils...; Hésiode, < à ce qu'on prétend, ne fut pas admis au concours, « parce qu'il ne savait pas s'accompagner en jouant « de la cithare *. »
Que nous apprend en somme cette tradition ? D'abord, que les premiers concours de Delphes furent des concours de poésie religieuse, ce qui confirme l'idée générale que nous exposons en ce moment ; en second lieu, que ces concours attirèrent successivement des poètes venus de la Grèce insulaire et orientale, tels que le Cretois Chrysothémis, puis d'autres qui nous sont partout donnés comme des Thraces, tels que Philammon et son fils Thamyris ; enfin que tous ceux qui concoururent à Delphes chantaient des hymnes en l'honneur d'A-
1. Pausan., X, 7. On sait que rétablissement régulier des jeux pythiques par décret des Amphictions date du commencement du VI* siècle (vers 585) ; mais on admettait généralement qu'ils avaient existé longtemps auparavant, comme en témoigne la narration relative à la fausse mort d'Oreste dans V Electre de Sophocle, et il ne parait pas douteux qu'il n'y ait uue part de vérité historique dans la tradition rapportée ici.