‹ Histoire de la littérature grecque (volume 5)Chapitre 61 sur 261 · NATURE DES HYMNES · texte numérisé non relu

NATURE DES HYMNES

laisse deviner quelque chose du développement de la poésie dans la Grèce primitive et de l'opposition contre laquelle les novateurs eurent plus d'une fois à lutter*.

En quoi consistait cette poésie si complètement perdue ? Par quels caractères essentiels se distinguait-elle des chants héroïques qui devaient naître d'elle ? On ne peut mettre en doute qu'elle ne fût surtout énumérative. Si les témoignages anciens relatifs aux chants des Muses ne semblent pas décisifs à cet égard, la simple réflexion peut les compléter et les confirmer. La vie morale était encore trop simple et trop naïve pour que chaque poète eût des sentiments personnels à exprimer. L'élément lyrique, dans ces hymnes, devait donc se réduire à des invocations plus ou moins multipliées; le nom du dieu y revenait souvent, entouré d'épi thètes brillantes ou sonores, qui satisfaisaient la piété. Le poète en développait le sens soit par quelque récit rudimentaire, où les faits étaient seulement indiqués sans aucune peinture de passions, soit par des formules générales qui exprimaient la puissance du dieu. Sans chercher dans la littérature de l'Inde des exemples plus ou moins analogues, nous pouvons en trouver dans la poésie grecque elle-même. 11 ne faut pas songer ici aux hymnes dits homériques, qui sont, comme nous le verrons plus loin, des œuvres d'un genre tout différent, issues de la grande

vraisemblance d'ailleurs, l'invention de la musique purement instrumentale : Cithara sine voce cecinit Thamyris primus.

1. Si la légende de Thamyris fut localisée à Dorion, c'est peutêtre que ce lieu, tout proche d'Œchalia, était celui des fêtes où les hymnes étaient chantés. Il est possible aussi que le nom de la rivière voisine Balyra et l'étymologie populaire (ânoCaXXstv T7)v Xupav, Pausau., IV, 1) suffisent à expliquer cette localisation.

épopée. Mais au début des Travaux d'Hésiode, se rencontre une invocation, probablement ajoutée après coup au poème, qui peut représenter assez bien le type de ces antiques compositions :

« Muscs de Piérie, dit le poète, déesses des chants « qui donnent la gloire, venez, célébrez Zeus, votre c< propre père, dans vos hymnes; Zeus, par qui sont « tous les mortels, inconnus ou illustres, glorieux « ou obscurs selon sa divine volonté. Sans peine, il (( donne la force; sans peine, il la brise; sans peine « aussi, il humilie celui qu'on enviait, et il élève ft celui qu'on ne voyait pas; sans peine, il redresse « ce qui est courbé et flétrit ce qui est glorieux, « lui, le dieu qui fait gronder la foudre dans les « airs, Zeus, assis dans sa demeure sublime. Prête « l'oreille, vois et entends, et que l'équité règle tes « jugements*. »

L'archaïsme des expressions, le tour hiératique des pensées semblent attester l'antiquité de ce morceau. Il est remarquable par sa forme sentencieuse et par la multiplicité des formules. Ce sont là des traits qu'on devait rencontrer souvent dans les anciens hymnes*. Mais celui-ci n'exprime que des pensées générales ; il ne contient aucun récit, ni même aucune indication de faits mythiques. D'autres hymnes sans doute étaient plus narratifs. On peut s'en faire une idée par plusieurs passages de la Théogonie hésiodique, tels que la brève narration relative à Styx et à ses enfants (v. 383-403), l'éloge d'Hécate et l'énumération de ses honneurs (409-452). Seulement il ne faut pas oublier que, dans un genre

Page 1