DESTINATION DES HYMNES
unique, les œuvres particulières ont certainement varié, comme toujours en Grèce, avec les temps, les lieux et la diversité de caractère des poètes.
D'ailleurs les circonstances, auxquelles ces hymnes devaient s'approprier, n'étaient pas toujours les mêmes. Hérodote nous apprend que chez les Perses un mage, assistant à chaque sacrifice, chantait pendant la cérémonie une poésie théogonique*. Quelque chose d'analogue a pu exister anciennement en Grèce. Le sacrifice appelle naturellement l'hymne, qui lui donne sa signification et qui le consacre. En outre, toute cérémonie religieuse est une occasion de réunion, et quel moment serait plus convenable pour parler des dieux que celui où Ton se réunit pour les honorer ? L'hymne dut par conséquent à l'origine faire partie des rites du sacrifice, soit qu'il fut chanté pendant la cérémonie môme*, soit qu'on le réservât pour le repas qui en était la suite'. Toutefois les traditions relatives à Chrysothémis, à Thamyris, à Olen semblent attester un autre usage un peu diflerent de celui-ci, bien que sans doute simultané. Les hymnes étaient chantés aussi auprès des sanctuaires, dans les fêtes qui attiraient la foule, et où naquirent sans doute les premiers concours*.
1. Hérod., 1,132 : Mcf^o; avrjp Tcapeorewç (tJ Ouafrj) E;;ac{8ci Oto-jfovfrjv, oÎT^y 8tj sxEtvoi A^-y^uaiv eivai ttjv ereaoïSTJv.
2. Platon, Lois, III, xv (p. 700 H. Esl.) : Ka^xi ^v eISoç t^^i eûyal 7:p6; Osoù;, ovofxa 8à G[xvoiexxXouvio. On voit dans Callimaque {Hymne à Zeus, 1) que l'hyraue est chanté Tcapà a;:ov8f,<Ji. Cf. Proclus, Chrestom.j chez Photius, Biblioth.y p. 320: 'O 8* xup^wç ufjivo; 7;p6ç xiOapav fJSsio Ittwtwv. K. F. Uermann, Lehrbuch d, Gr. Alt. y II, § 29, noie 6.
3. Ath., XIV, 24 : 'AXXà jjLrjv ol apyatoi Tcspi^aSov xai IO«ai xai y6[L0iç TOJÇTojv Oeùiv CjjLvouç à$£iv ariavTaç sv xaîç laitaieaiv.
4. Pausan., X, 7, 2 : *Ap/ai(^Taiov 8à ayaSviajjia ^cv^aGai {iLV7)fjLOvsiSou9'. xal c^' a> TCpÛTOv àOXa k'OEaav (à Delphes), àvai G[jivov Et; tov Oec^v.
C'est là que le talent des premiers aèdes de profession dut trouver l'occasion de se produire avec éclat, et c'est là aussi, par conséquent que la poésie, devenant plus hardie à mesure qu'elle se sentait plus admirée, prit véritablement son essor.
Quoi qu'il en soit d'ailleurs de cette histoire obscure, on ne peut douter qu'à la période des hymnes ne corresponde un développement considérable de l'esprit grec, et que l'influence de cette poésie primitive sur la poésie épique n'ait été fort grande, ce Ce sont les poètes Homère et Hésiode, dit Iléro- « dote, qui ont fait la théogonie grecque, en donce nant aux dieux leurs noms, en fixant les honneurs « et les attributs de chacun d'eux, en dépeignant « leurs formes*. » Le grand historien s'est trompé. L'honneur qu'il attribuait à Homère et à Hésiode revient incontestablement aux poètes des hymnes. Durant une période de temps que nous ne pouvons déterminer, ils ont chanté avec plus ou moins d'art et de talent les dieux de chaque cité, et, lorsqu'ils se mirent à voyager de sanctuaire en sanctuaire, ils contribuèrent à former, en les groupant, l'Olympe hellénique. Ce sont eux surtout qui ont popularisé les caractères, les attributs, les formes mêmes de ces dieux; ils ont attaché à leurs noms certaines épithètes qu'une vénération traditionnelle a conservées par la suite. De là vient qu'on rencontre en grand nombre dans la poésie épique des adjectifs archaïques, qui ne répondent plus ni au goût, ni aux habitudes de langage du temps, mais qui s'y maintiennent par la force de l'usage*; de là vient